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CHAPITRE 4

Author: RS WILD
last update Last Updated: 2025-12-03 20:24:57

À peine la porte en verre refermée, Emelyne, toujours à son bureau, leva les yeux au ciel et lâcha, amusée et cynique :

— Next.

Puis elle éclata d’un rire étouffé, presque nerveux, en secouant la tête.

— Des gamines qui louent leur ventre…

Elle se leva, alla fermer la porte de la salle d’attente d’un coup sec.

— Ça ne te fait pas honte, à toi ?

Romy resta plantée là, plateau vide encore dans les mains, le cœur battant à tout rompre.

Emelyne la détailla, un sourcil levé.

— Alors ? Tu trouves pas ?

— Je sais pas si elles ont besoin d’argent…

— Bah toi aussi, t’as besoin d’argent.

Emelyne croisa les bras, sarcastique.

— Pourquoi tu proposes pas tes services ? Monsieur Wright paie bien, à ce qu’on dit. Et puis…

Elle fit mine de réfléchir, fausse innocence.

— Ça te ferait une expérience. Et avoue que tu l’aimes bien, toi, le patron !

Romy rougit violemment, serra le plateau comme une bouée.

— T’es sérieuse, là ?

— Oh, allez, Romy…

Emelyne s’assit sur le coin du bureau, joueuse.

— T’es jeune, t’es en bonne santé, t’as des hanches larges… Franchement, avec le prix qu’il doit mettre, tu pourrais te payer un an de loyer d’avance. Ou alors…

Elle fit une pause, théâtrale.

— …tu pourrais enfin quitter ta boîte d’intérim.

Romy secouait la tête, les joues en feu.

— Non. Jamais. Je lui donnerai pas…

Sa voix se brisa.

— Pas mon enfant.

Emelyne sauta du bureau, soudain sérieuse. Elle lui attrapa le poignet, voix basse, urgente :

— Écoute-moi bien. Je déconne même plus, là. Wright, il est au bord du pétage de câble. Ce mec veut un héritier comme d’autres veulent une greffe de cœur. Un trophée, un nom à coller sur un dossier, un truc à montrer à ses actionnaires pour prouver qu’il est encore “dans la course”. Et quand un homme comme lui décide qu’il lui faut un enfant… il ne recule devant rien. Rien.

Elle la fixa d’un air dur.

— Et toi… t’es jeune, belle, fertile. Le combo parfait. Tu veux pas lui donner ton gamin ? Ok. Mais qui te dit qu’au bout de neuf mois, il ne voudra pas carrément de toi avec le package complet ? Hein ? Tu crois que t’es à l’abri ?

Romy avala difficilement sa salive.

— Et s’il ne veut toujours pas de moi ?

Emelyne éclata d’un rire sec, presque cruel.

— Dans ce cas… tu feras comme toutes les autres. Tu diras que ton bébé est né mort. Tu fermes la parenthèse, tu passes à autre chose. Personne n’ira vérifier. Fin de l’histoire.

Romy blêmit.

— Mais t’es monstrueuse !

— Oh arrête. Monstrueuse ? Non. Réaliste. J’aurais ton âge, j’te jure que j’aurais sauté dessus depuis longtemps. Une grossesse bien payée, un appart réglé, et une vie tranquille derrière. Toi tu paniques… moi j’appelle ça une opportunité.

Romy sentit ses jambes fléchir. Elle posa le plateau sur le coin du bureau d’Emelyne comme on pose une arme chargée : lentement, pour éviter que ça explose.

Emelyne la regardait avec cette expression qu’elle prenait parfois, mi-maternelle, mi-serpent : un mélange de tendresse et de calcul froid. Elle baissa encore la voix, presque un murmure, comme si les murs eux-mêmes pouvaient répéter.

— Écoute, ma grande. Je te dis ça parce que je t’aime bien. Vraiment. T’es pas comme les autres vacataire qui passent ici en pleurnichant pour un café renversé ou une photocopie mal agrafée. Toi, t’as du cran. Mais le cran, ça ne paie pas le loyer.

Elle jeta un œil vers la porte close du bureau de Wright, derrière laquelle on entendait vaguement la voix grave de Cillars et un rire aigu — trop aigu — de la fille au tatouage.

— Tu crois que ces gamines, là-dedans, sont des monstres ? Non. Elles sont juste fauchées. Ou paumées. Ou les deux. Elles ont vu l’annonce sur un site douteux : cent cinquante mille euros pour neuf mois de location d’utérus. Sans questions, sans paperasse, sans jugement. Wright a tout prévu : clinique privée en Roumanie, suivi anonyme, contrat blindé. Il veut un gosse, mais il veut surtout pas d’une mère qui reviendra pleurnicher dix ans plus tard avec un avocat.

Romy serrait les poings si fort que ses ongles entraient dans sa peau.

— Et toi… tu trouves ça normal ?

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