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CHAPITRE 3

Author: RS WILD
last update Last Updated: 2025-12-03 20:17:48

Romy n’avait presque pas fermé l’œil. La phrase d’Emmelyne, glissée la veille entre deux dossiers, lui brûlait encore l’esprit : « Monsieur Wright veut un enfant. Il est prêt à tout. » Un sourire en coin, une intonation légère, et voilà : une bombe à retardement logée entre ses côtes.

À 7 h 42, elle poussa la lourde porte vitrée du cabinet.

L’odeur familière — parquet ciré, café brûlé, vieux cuirs juridiques — l’enveloppa comme une seconde peau. Emmelyne, déjà installée, tailleur anthracite impeccable, chignon tiré à la perfection, ne leva même pas les yeux de son écran. Juste un hochement de tête en guise de bonjour.

Romy, elle, remarqua tout de suite que Wright avait sorti l’artillerie lourde. Costume trois-pièces bleu nuit, chemise d’un blanc aveuglant, pochette rouge sang pliée au millimètre. Assis derrière son bureau en acajou, les doigts joints, il feignait la concentration. Mais ses yeux, trop mobiles, trop brillants, trahissaient une nervosité rare.

Elle n’eut pas le temps de poser son sac. La porte s’ouvrit à la volée, et Maître Cillars fit son entrée, costume rayé, mallette en crocodile, démarche de prédateur. L’avocat personnel de Wright. Quand il débarquait, c’était jamais pour un contrat de bail.

Emelyne, sans un mot, fit un petit geste discret vers la kitchenette : « Café. Tout de suite. » Romy fila, talons claquant sur le marbre, attrapa la cafetière italienne encore tiède, six gobelets en plastique (les vraies tasses, c’était pour les clients qui comptaient), et revint en vitesse.

En passant devant la salle d’attente, elle les vit.

Quatre filles. Vingt-cinq ans max. Alignées sur les fauteuils en cuir noir comme des candidates à un casting sordide. La brune aux cheveux de sirène et son tatouage cœur brisé, veines saillantes, encre encore rougeâtre. La blonde aux lèvres gonflées comme des saucisses, la rousse avec un piercing nasal, et la châtain au regard déjà usé jusqu’à la moelle. Toutes noyées sous des nuages de parfum sucré, celui qu’on vaporise quand on veut marquer les esprits — ou les estomacs.

Romy entra dans le bureau sans frapper, déposa le plateau sur la table basse.

Personne ne broncha. Ni Wright, ni Cillars, ni même la femme qui avait dû se glisser dans la pièce pendant qu’elle remplissait les tasses de café.

Tous trois étaient installés dans le coin “salon” du bureau, celui réservé aux clients importants : canapé en cuir pleine fleur, table basse en verre, dossiers empilés avec soin. Ils formaient un petit cercle fermé, compact, hermétique, un monde où elle n’existait pas.

Wright parlait à voix basse, penché légèrement vers Cillars, l’air concentré. Cillars prenait des notes dans son carnet en crocodile comme si chaque syllabe valait de l’or. Quant à la femme, une brune tirée à quatre épingles, elle observait la scène les jambes croisées, visage impassible, la posture de quelqu’un habitué à fréquenter le pouvoir.

Aucun d’eux ne leva les yeux vers Romy. Pas un battement de cils. Pas un signe qu’ils avaient remarqué sa présence.

Elle déposa le plateau sur la table basse. Le claquement léger du plastique sur le verre ne provoqua même pas un sursaut.

On aurait dit qu’elle était invisible.

Comme si elle n’était là que pour remplir l’air autour d’eux.

Elle faisait déjà demi-tour quand la voix de Wright, grave et tranchante, la cloua sur place :

— Romy.

Son prénom. Prononcé lentement, comme s’il le pesait.

— Dites à Mademoiselle Chevalier de venir.

Son cœur fit un bond. Il savait son nom.

Elle hocha la tête, incapable d’articuler un mot, et ressortit.

Pas un merci. Pas un regard. Rien.

Juste l’ordre sec, lancé comme on claque un doigt.

Dans le couloir, elle respira un bon coup. Ses mains tremblaient. Elle se força à sourire en poussant la porte de la salle d’attente.

Les quatre jeunes filles levèrent la tête vers elle en même temps, comme un seul mouvement synchronisé.

Romy se força à sourire, mais ses lèvres tremblaient légèrement, et elle sentit son sourire se figer avant même d’avoir vraiment commencé.

Leurs regards , celui de la brune, défiant et calculateur ; celui de la blonde, vide et las ; celui de la rousse, amusé et moqueur ; et celui de la châtain, presque compatissant la transpercèrent.

— Mademoiselle Chevalier ?

La tatouée se leva, théâtrale, menton relevé, regard noir. Elle passa devant Romy sans un merci, sans un regard, comme si elle était de l’air. Ses talons claquèrent jusqu’au bureau. La porte claqua.

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