LOGINEmelyne haussa les épaules, presque désolée et tout se regardant dans un petit miroir qu'elle sortit d'on ne sait ou lui répondit avec fermeté :
— Normal ? Non. Mais possible. Et dans ce monde-là, “possible”, ça veut dire que ça arrive tous les jours. Tu sais combien de femmes signent ce genre de contrat en Europe de l’Est ? Des milliers. Et ici, c’est juste plus cher parce que c’est plus propre. Et plus discret.
Elle se pencha, ses yeux plantés dans ceux de Romy. Un petit « mmmh » lui échappa, ce son qu’elle faisait quand tout s’imbriquait dans son esprit.
— Je vais te dire un truc que personne ne te dira jamais ici. Wright, il t’a remarquée. Pas comme une secrétaire. Pas comme une vacataire. Comme une femme. Je l’ai vu, l’autre jour, quand t’es passée avec les dossiers Bleecker. Il t’a suivie du regard jusqu’à ce que tu sortes. Deux secondes de trop. Chez lui, c’est une déclaration d’amour.
Romy eut un rire nerveux, presque un sanglot.
— Tu délires.
— Non. Je connais ce genre d’hommes depuis quinze ans. Il fait le tour de son petit catalogue, là, avec ses pouliches de vingt-trois ans refaites pour pas cher. Mais aucune ne tiendra la route. Trop vulgaires, trop évidentes, trop interchangeables. Toi, t’es différente. T’as une lumière qu’il n’a pas vue depuis longtemps chez une femme. Et crois-moi… ça l’obsède déjà.
Elle marqua une pause, laissant le silence peser entre elles.
— Et si tu dis non… il prendra la suivante. Puis la suivante. Et un jour, il aura son gosse. Et toi, tu seras toujours là à servir des cafés dans des gobelets en plastique, en te demandant pourquoi t’as pas osé quand t’en avais l’occasion.
Romy ferma les yeux. Elle revoyait la porte qui claque, la fille qui passe sans la voir, et le regard de Wright qui, lui, l’avait vue. Vraiment vue.
Elle rouvrit les yeux, la voix rauque :
— Et si je dis oui… qu’est-ce qui me garantit qu’il ne me prendra pas le bébé et qu’il ne me jettera pas après ?
Emelyne sourit, un sourire sans joie.
— Rien. Absolument rien. C’est ça, le jeu. Mais au moins, tu joueras avec les bonnes cartes. Et moi… je serai là pour t’aider à les abattre.
Derrière la porte, un éclat de voix. La fille au tatouage ressortit, les yeux rouges, le menton tremblant. Elle passa devant elles comme un fantôme, ses talons ne claquant plus.
Emelyne murmura, presque tendre :
— Une de moins.
Puis, plus bas encore, comme une confidence entre sœurs :
— Réfléchis bien, Romy. Parce que quand il aura choisi… il ne reviendra pas en arrière. Et toi non plus.
L’interphone d’Emelyne sonna. Elle appuya nonchalamment sur le bouton.
— Faites entrer Mademoiselle Polka.
— Bien, monsieur !
Emelyne tourna aussitôt la tête vers Romy, l’air de celle qui donne un dernier conseil avant la guerre.
— Allez, au travail. Moi, j’ai des rapports à taper, et toi, tu dois te faire remarquer.
Romy resta figée. Ses pensées se chevauchaient, tout se mélangeait dans sa tête. Un nœud, un brouillard, un vertige. Puis elle finit par souffler un :
— N’importe quoi…
Un murmure qui fit sursauter Emelyne. Cette dernière la pointa aussitôt du doigt, menaçante et amusée :
— Je ne dis jamais n’importe quoi, vilaine.
Un sourire malicieux étira ses lèvres avant qu’elle ne se lève pour aller chercher la blonde qui arrivait, déhanchée comme un mannequin en plein casting.
Romy ouvrit la porte et laissa passer la jeune fille. Wright leva la tête, et un court instant, leurs regards se croisèrent. Juste assez longtemps pour qu’elle sente ses oreilles chauffer et son visage s’empourprer. Elle soupira, tentant de chasser les bêtises d’Emelyne de son esprit. Son cerveau était déjà parti dans tous les sens.
On toussota. Elle se retourna. Wright, visage sévère, la fixait droit dans les yeux. Elle fronça les sourcils, un peu perdue.
— La porte.
Le ton grave, presque grondé, lui fit sursauter. Elle rougit encore plus.
— Heu… oui, pardon.
Elle referma la porte en vitesse, puis aperçut Emelyne derrière son écran, en train de rire doucement, une main sur la bouche pour étouffer son amusement.
— Fonce, ma fille ! De toute façon, je vais être claire avec toi : aucune ne fera l’affaire. Monsieur Wright — et tu as vu, j’ai dit Monsieur Wright — est un homme très difficile. J’imagine qu’il choisira sa mère porteuse comme il choisit une pierre précieuse : au millimètre près. Et voilà ce qu’il attend d’elle… même s’il ne la gardera pas, du moins c’est ce qu’il pense.
Elle secoua la tête, un rictus au coin des lèvres.
— Une pierre, tu sais ce que c’est pour lui ? Pas un bijou qu’on porte par amour, non. C’est un investissement. Un placement. Il regarde la pureté, le poids, l’éclat sous différentes lumières… et il vire tout ce qui a la moindre imperfection. Une inclusion ? Dehors. Une irrégularité ? Dehors. Une pierre trop commune ? Dehors aussi. Il ne veut que du rare. Du durable. Du “parfait”.
Elle planta son regard dans celui de Romy, comme pour vérifier qu’elle suivait.
— Maintenant, pose-toi la question : parmi toutes ces gamines qui défilent… tu crois vraiment qu’il va trouver sa pierre précieuse ? C’est du plastique, du toc, de la camelote de marché. Ça brille, mais ça tient pas. Ça fait illusion cinq minutes et ça se fissure au premier choc. Et lui… il déteste le toc.
Romy déglutit, mal à l’aise.
— Et moi, alors ? Je suis quoi dans ton histoire ?
Le sourire d’Emelyne devint plus doux. Moins serpent. Plus… lucide.
— Toi, t’es le diamant brut. Pas poli, pas taillé. Pas encore mis en vitrine. Tu te caches au fond d’une mine, et lui… il commence seulement à te repérer. C’est ça qui me fait peur et qui me fait rire en même temps : tu corresponds à ce qu’il cherche, et tu corresponds à ce qu’il ne voulait surtout pas trouver.
Elle soupira, presque lasse.
— Et crois-moi… quand ce genre d’homme met la main sur un diamant brut… il ne le lâche plus. Même s’il s’imagine au début qu’il va juste l’acheter, l’utiliser et le ranger dans un coffre.
Romy sentit son ventre se serrer.
— Et s’il me détruit au passage ?
Emelyne hocha la tête lentement, comme si elle attendait exactement cette question.
— C’est ça le problème, ma belle. Les diamants… ça se taille. Et parfois, ça fait mal. Très mal. Mais ils ne cassent pas.
Elle se pencha vers elle.
— T’es pas une pierre fragile. Et il le sait déjà. C’est pour ça que tu as plus de chance que toutes les autres réunies.
Le trajet vers la soirée de gala s’étire dans une atmosphère glaciale, seulement troublée par le ronronnement feutré du moteur de la Bentley. Je suis assise à l'extrémité de la banquette en cuir, drapée dans une robe en soie vert émeraude dont les reflets sombres rappellent la profondeur des bois la nuit. Le tissu, pourtant fluide, semble peser une tonne sur mes épaules, comme si chaque fil de soie avait été trempé dans du plomb. Caleb me scrute du regard. Ce n'est pas le regard d'un homme admirant une femme, mais celui d'un collectionneur vérifiant l'état d'une pièce rare avant une exposition. Il n'y a aucune chaleur dans ses prunelles, juste une évaluation technique, froide et implacable.— Pourquoi m'infliger ça ? je demande enfin, ma voix trahissant une fragilité que je déteste.Mes doigts lissent nerveusement la soie sur mes hanches, un geste répétitif pour occuper mon angoisse. Je sais qu'il déteste la nervosité, il la considère comme une faille.— Tu sais que je déteste ces mon
— Le temps est le seul luxe que je ne peux pas m’offrir, réplique-t-il froidement en se versant un verre de whisky ambré. L’urgence au bureau va me prendre tout mon temps. Je veux que tout soit prêt pour que, dès que j’ai une fenêtre de tir, nous puissions passer à la phase de conception. Tu savais ce que tu signais.— Je pensais que nous avions... une connexion, je tente, ma voix tremblante de colère et de déception. À Amsterdam, c’était différent.Caleb pose son verre avec un bruit sec sur la table de verre. Il s’approche à nouveau, cette fois plus menaçant. Il m’attrape par la taille et me plaque doucement mais fermement contre lui.— Amsterdam était une parenthèse, Romy. Une délicieuse distraction. Mais ici, c’est le monde réel. Et dans mon monde, les sentiments sont des variables que je ne peux pas me permettre d’inclure dans l’équation. Tu es ici pour me donner un héritier. C’est ta seule fonction.Ses mots sont des poignards. Je sens les larmes monter, mais je refuse de les lai
ROMYLe vrombissement sourd des réacteurs du jet privé de Caleb est le seul son qui remplit l’habitacle luxueux. À travers le hublot, les lumières de Paris défilent comme des traînées de diamants jetées sur un velours noir. Mais pour moi, ces lumières ressemblent à des barreaux.Amsterdam semble déjà appartenir à une autre vie. Là-bas, sous le ciel gris et près des canaux, j’avais presque oublié les termes du contrat. J’avais presque oublié que ma main dans la sienne n’était pas un geste d’affection, mais une marque de propriété. Le retour est brutal. L’urgence dont il a parlé au restaurant a transformé l’homme prévenant en une machine de guerre.Caleb est assis en face de moi, les yeux rivés sur sa tablette. La lueur bleue de l’écran accentue la dureté de ses traits, rendant son visage aussi froid que le marbre de ses bureaux. Il n’a pas décroché un mot depuis que nous avons quitté l’hôtel. Ses doigts tapotent nerveusement contre le cuir du fauteuil.— Caleb ? je murmure, ma voix étr
RomyJ’ai choisi une robe-pull en cachemire gris perle, col roulé, manches longues, qui tombe juste au-dessus des genoux. Des bottes en cuir noir à talons plats – pas question de me tordre une cheville aujourd’hui. Mes cheveux sont lâchés, légèrement ondulés par l’humidité de la douche, et j’ai mis un rouge à lèvres nude. Rien de trop voyant. Rien qui crie « regardez-moi ». Juste… présentable. Oubliée, la nuit dernière. Oubliée, la gifle. Oubliée, la façon dont il m’a prise contre le mur, le sang sur mes cuisses, ses promesses murmurées à mon oreille. C’est mieux comme ça. C’est plus sûr.Lorsque je sors de la chambre, il est déjà là, dans sa chambre. Il a pris sa douche dans sa propre chambre ; ses cheveux sont encore mouillés, quelques gouttes glissent le long de sa tempe et viennent mourir dans le col de sa chemise bleu nuit. Ça lui donne un air encore plus… troublant. Plus vivant. Plus dangereux. Décidément, je ne m’arrange pas. Avant de lui proposer mon corps, j’étais amoureuse d
CalebJe referme la porte de la salle de bain derrière moi sans un bruit. Le couloir est silencieux, seulement troublé par le lointain murmure de l’eau qui continue de couler dans la baignoire. Je m’appuie une seconde contre le mur, les yeux fermés, et je laisse échapper un souffle long, presque douloureux.Elle est là-dedans. Nue, rougie, encore tremblante de ce que je viens de lui faire. Et moi, je suis ici, le cœur battant trop fort, la queue encore à moitié dure dans mon pantalon malgré l’orgasme qui m’a traversé comme un train de marchandises. Je devrais être satisfait. Calme. Maître de moi, comme toujours.Mais je ne le suis pas.Je passe une main dans mes cheveux, tire dessus jusqu’à ce que ça fasse mal. Ça m’aide à réfléchir. À remettre de l’ordre.Je l’ai baisée comme un animal. Sans douceur, sans préliminaires, sans même lui laisser le temps de respirer. Elle saignait, elle pleurait presque, elle murmurait entre deux gémissements qu’elle avait ses règles… et moi, je l’ai pri
RomyLe silence retombe, lourd, poisseux, seulement troublé par nos respirations encore saccadées. Je reste collée contre le mur, les jambes flageolantes, le sang et son sperme coulant lentement le long de mes cuisses. Mon corps tremble, mélange de choc, de plaisir résiduel et d’épuisement. Caleb s’est écarté, a rajusté sa chemise d’un geste précis, presque mécanique, comme si rien ne s’était passé. Il me regarde, calme, attentif, presque tendre – et c’est ça qui me terrifie le plus.Je glisse lentement le long du mur, mes genoux cèdent. Je m’assois par terre, dos au plâtre froid, robe relevée, cuisses ouvertes, incapable de me relever tout de suite. Mon souffle est court, mes mains tremblent sur mes genoux. Je fixe le sol, incapable de croiser son regard.Il s’accroupit devant moi, lentement, sans brusquerie. Ses doigts effleurent ma joue, repoussent une mèche de cheveux collée par la sueur.— Tu comptes rester là toute la nuit ? demande-t-il d’une voix basse, presque douce.Je ne ré







