INICIAR SESIÓNEllie Le temps s'étire comme du caramel fondu, comme de la mélasse en janvier, comme ces après-midi d'été où le soleil refuse de se coucher et où chaque seconde dure une éternité. Nous restons assis sur nos tabourets dans le garage silencieux, et le monde extérieur a cessé d'exister. Plus de voitures qui passent dans la rue. Plus de bruits de klaxon ou de sirènes au loin. Plus de Luis, plus de Marco, plus de Carlos. Rien que lui et moi, face à face, les yeux dans les yeux, à nous regarder comme deux aimants qui s'attirent sans pouvoir se toucher. Chaque seconde qui passe est une torture et une bénédiction. Une torture parce que son corps est à un mètre du mien et que ce mètre est un abîme, un océan, une distance insupportable que je voudrais abolir d'un geste. Une bénédiction parce que tant qu'il est là, à me regarder avec cette intensité qui me consume, je me sens vivante, je me sens exister, je me sens plus réelle que
Sa voix est rauque. Tendue. À peine maîtrisée. C'est la voix d'un homme qui se retient de toutes ses forces, qui lutte contre lui-même, qui mène une bataille intérieure dont je suis l'enjeu et le trophée. Je vois les muscles de son cou se contracter quand il déglutit, sa pomme d'Adam monter et descendre, ses doigts se crisper sur sa propre cuisse comme s'il luttait contre l'envie de revenir se poser sur la mienne. — J'ai pas dit que ça me dérangeait. Ma voix est plus assurée que je ne le suis au fond de moi. Plus provocante aussi. Il y a du défi dans mes mots, du consentement explicite, une invitation claire et nette à recommencer, à continuer, à ne pas s'arrêter. Parce que je ne veux pas qu'il s'excuse d'avoir posé sa main sur ma cuisse. Je ne veux pas qu'il regrette ce geste qui m'a fait frissonner de la tête aux pieds. Je veux qu'il recommence. Je veux qu'il pose sa main sur ma cuisse et qu'il la laisse là, qu'il la monte plus
Ellie Il dit chez moi et mon cerveau s'arrête de fonctionner. Complètement. Totalement. Définitivement. Les mots flottent dans l'air du garage comme des bulles de savon irisées, légères et fragiles et lourdes de sens. Chez moi. Ce soir. Trois mots qui claquent dans le silence comme un coup de feu, comme un drapeau qu'on plante, comme une porte qui s'ouvre sur un territoire inconnu et terrifiant et magnifique. Nous ne sommes plus dans le garage. Plus autour d'un café froid. Plus en train de parler de l'orphelinat et de la bague et du destin et de cette petite fille aux taches de rousseur qui refusait de pleurer sur les marches du perron. Il vient de m'inviter chez lui, ce soir, dans son antre, dans son repaire, dans son monde à lui, loin de mon studio pourri du quatrième étage sans ascenseur. Et cette invitation n'est pas une simple invitation. C'est une promesse. Une porte ouverte sur l'inconnu. Une main tendue vers que
James Je ne devrais pas parler de mon enfance. C'est une règle que j'ai gravée dans le marbre de mon cerveau le jour où j'ai pris la tête du clan, une règle de survie, une règle de pouvoir, une règle qui m'a gardé en vie pendant toutes ces années. Ne jamais rien révéler de personnel. Ne jamais donner d'armes à l'adversaire. Ne jamais montrer de faiblesse, de vulnérabilité, d'humanité. Chaque information qu'on livre est une cartouche qu'on offre à l'ennemi pour qu'il vous la tire dans le dos. Mais elle est là, assise en face de moi sur ce tabouret crasseux, les jambes croisées, les joues encore roses, et elle me regarde avec ses grands yeux marron qui ne demandent rien d'autre que la vérité. Ses yeux ne calculent pas, n'évaluent pas, ne cherchent pas une faille à exploiter. Et soudain, toutes mes règles de survie, toutes mes défenses, toutes mes murailles me semblent absurdes. Un château de cartes qui s'effondre au premier souffle. —
Je reste. C'est ma réponse. Je ne bouge pas de mon tabouret. Je ne repose pas ma tasse. Je ne détourne pas le regard. Je reste là, en face de lui, et mon silence à moi dit : "Je sais qui tu es, et je suis toujours là." Alors je change de sujet, parce que l'ambiance est en train de basculer dans quelque chose de trop grave, de trop lourd, et que je ne veux pas qu'il s'éloigne, pas maintenant, pas encore. Je veux qu'il reste ici, dans ce garage pourri, sur ce tabouret bancal, avec sa tasse ébréchée et son pull à col roulé et son regard qui me transperce l'âme. Je veux qu'il continue de me regarder comme si j'étais la seule chose au monde qui comptait. — Et sinon, t'as des hobbies ? La collection de timbres ? Le tricot ? Le macramé ? J'ai toujours voulu apprendre le macramé, mais j'ai jamais eu le temps, entre les vidanges et les flexibles de frein coupés. Je lance ça avec un sourire malicieux, une étincell
Ellie Le café refroidit entre mes mains et le silence s'installe, un silence qui n'est plus tendu comme hier soir mais presque confortable, presque intime, comme si nous étions deux vieux amis qui se retrouvent après des années de séparation et qui n'ont pas besoin de mots pour se comprendre. Mais je ne suis pas une vieille amie. Je suis une fille qu'il a sauvée d'une balle dans la tempe il y a moins de vingt-quatre heures, une fille qu'il a reconnue grâce à une bague en argent bon marché qu'elle porte depuis seize ans sans savoir d'où elle venait. Et lui, il n'est pas un ami du tout. Il est James Sinclair, chef du clan Sinclair, l'homme le plus dangereux de cette ville, probablement, et le silence, même confortable, même doux, même chargé de cette tension délicieuse qui crépite entre nous depuis qu'il est entré dans ce garage, me rend nerveuse. Alors je parle. Je parle pour combler le vide, pour le faire réagir, pour obtenir encore un p







