Mag-log inElle est mécanicienne, naïve et fauchée. Lui est PDG le jour, parrain de la mafia la nuit. Quand James sauve Ellie d'une exécution sommaire dans un garage souterrain, ce n'est pas par pitié : c'est la bague en forme de rose autour de son cou qui le ramène vingt ans en arrière, à l'orphelinat et à cette petite fille qui lui avait offert son jouet préféré. Il l'attire dans son monde sans lui révéler qui il est vraiment. Mais quand elle découvre la vérité, il est trop tard : elle est déjà sa prisonnière, sa protégée… et bientôt l'amour interdit qui le consume. Car sous les regards hostiles de Charlotte et de Pippa, sous les balles des familles rivales, un autre secret menace de tout faire exploser : Ellie n'est pas une inconnue. Elle est la fille biologique perdue des Sullivan. Et si James est amoureux d'elle, c'est peut-être parce qu'il n'a jamais été leur fils.
view moreEllie
Je suis allongée sur le dos sur une planche à roulettes usée dont les roulettes avant grincent à chaque mouvement, les bras levés vers le ventre tiède de la voiture, une Audi RS7 noire qui semble encore respirer après avoir avalé les kilomètres, et la musique crache d'une vieille radio posée sur une caisse à outils , du rock, des guitares saturées, une batterie qui frappe comme un deuxième cœur logé sous mon sternum, et je chante faux, délibérément faux, parce que personne ne m'entend ici dans ce sous-sol de béton et d'ombre, et parce que c'est la seule liberté que je m'accorde dans cette vie de labeur silencieux et d'invisibilité consentie.
La graisse dégouline le long de mon avant-bras droit, juste sous la déchirure de ma combinaison, une déchirure ancienne que je n'ai jamais pris le temps de recoudre faute d'aiguille et de fil et de temps tout court, et je sens chaque goutte distinctement, chacune avec sa propre température, sa propre viscosité, sa propre trajectoire sur ma peau : la première est chaude, presque brûlante, et elle coule lentement vers le creux de mon coude où la peau est plus fine et plus translucide et laisse voir le réseau bleu de mes veines, la deuxième est plus tiède et elle glisse le long de la face interne de mon avant-bras vers mon poignet où elle stagne un instant avant de disparaître sous le bord de mon gant, la troisième est déjà presque froide et elle perle au sommet de ma main avant de tomber dans le vide.
Une autre goutte, plus grosse, plus lente, glisse le long de ma nuque et disparaît dans le tissu rêche de mon col où elle s'imbibe dans le coton déjà trempé de sueur, et une troisième stagne dans le creux de ma clavicule gauche, là où l'os affleure sous la peau, et je sens son poids minuscule mais réel, comme une présence, comme un rappel que mon corps est vivant et chaud et vulnérable.
Mes collègues rigolent dans mon dos, leurs voix résonnent sous les voûtes de béton armé, rebondissent contre les murs suintants d'humidité où la peinture s'écaille par plaques entières, contre les piliers de métal rouillé, contre les vitres des voitures garées en rang serré, et je vois leurs pieds près de ma tête , les baskets éculées de Luis dont la semelle est décollée sur le côté gauche et qui claque à chaque pas, le mocassin brun de Marco taché d'huile sur le cou-de-pied et éraflé sur le bout, la chaussure de sécurité de Carlos avec son embout en acier luisant sous la lumière jaune des néons fatigués qui clignotent toutes les trois secondes comme un cœur qui s'éteint.
– T'as pas peur qu'un client te voie ?
C'est Marco, sa voix est faussement inquiète, faussement paternelle, comme un père qui taquine sa fille en sachant pertinemment qu'elle n'a peur de rien, et il sait que je ne crains rien en effet parce que la nuit est mon alliée et les ombres sont mes complices et les clients ne descendent jamais avant trois heures du matin, jamais, pas une seule fois en deux ans de travail ici.
Je retire ma lampe torche de ma bouche pour répondre, le plastique noir est chaud, humide de ma salive, imprégné du goût du métal et de la poussière, et je l'essuie d'un revers de main en étalant la graisse sur ma joue gauche où elle forme une tache noire qui descend de ma pommette vers ma mâchoire.
– À deux heures du matin ? Y a que les fantômes.
Je ris et mon ventre vibre et la voiture au-dessus de moi ronronne comme une bête apprivoisée – une Audi RS7 noire de six cents chevaux avec un moteur V8 biturbo qui respire encore la chaleur de la route après avoir roulé, le métal du châssis est tiède sous mes doigts, presque brûlant par endroits près du pot d'échappement, et les soupapes claquent doucement en refroidissant dans un crépitement régulier qui ressemble à une conversation secrète entre l'acier et l'air.
Je ferme les yeux une seconde, une seule, pas plus, parce que le danger ne dort jamais et que je ne peux pas me permettre de relâcher mon attention ne serait-ce qu'un instant, mais cette seconde suffit à faire monter en moi une vague de fatigue profonde, viscérale, celle qui s'accumule nuit après nuit depuis deux ans sans vacances ni week-ends ni arrêt.
J'aime, cette odeur d'essence et de métal chaud, ce mélange d'hydrocarbures et de sueur, de caoutchouc brûlé et de cambouis, une odeur âcre, entêtante, presque animale, qui imprègne mes vêtements jusque dans leurs fibres les plus profondes, qui imprègne mes cheveux que je lave à l'eau froide faute d'eau chaude, qui imprègne ma peau sous mes ongles et dans les sillons de mes paumes et jusque dans les replis de mes coudes, une odeur qui me suit jusque dans mon studio du quatrième étage sans ascenseur, jusque dans mes draps que je change toutes les trois semaines, jusque dans mes rêves où je répare des voitures dans des garages infinis sous des ciels d'essence.
C'est la seule caresse que je connais, la seule qui ne me quitte jamais, la seule qui ne me trahit pas, la seule qui ne me fait pas mal à la fin.
Sous ma combinaison, ma peau est moite, la chaleur du moteur encore tiède me pénètre par le dos à travers le tissu fin, par les omoplates où la pression du métal est plus forte, par la nuque où mes cheveux collent en mèches lourdes, et je sens chaque vertèbre se détendre l'une après l'autre de la base du crâne jusqu'au bas du dos, chaque muscle fondre dans cette chaleur comme de la cire, et mon corps tout entier est une surface réceptive, une carte tendre offerte aux vibrations du monde, et je sens chaque pulsation du sol qui monte à travers la planche à roulettes, chaque frémissement de l'acier du châssis qui vibre encore de la route, chaque battement de mon propre cœur ce tambour obstiné qui refuse de s'arrêter même quand tout le reste s'éteint.
Mes cheveux sont collés à mes tempes par la sueur, des mèches brunes épaisses qui sentent l'huile et l'effort, et une mèche me tombe dans l'œil droit, je souffle pour l'écarter et mon souffle remonte contre ma joue, tiède, familier, chargé de l'odeur de ma propre peau, et mon sein gauche pèse contre le métal froid de la civière, écrasé sous mon poids, et mon sein droit est libre, offert à l'air vicié du garage, et la pointe en est dure sous le tissu de ma combinaison parce que l'air est frais ici sous la voiture.
Je suis pauvre, je suis fatiguée, je suis seule, j'ai vingt-quatre ans et j'en parais trente à force de nuits blanches et de repas sautés et de soucis qui me rongent le ventre de l'intérieur, mon studio au quatrième étage sans ascenseur sent le moisi et la lessive bon marché et le désespoir, mon réfrigérateur contient un yaourt périmé depuis trois semaines et trois carottes molles qui commencent à noircir et une demi-bouteille d'eau plate, mon compte en banque affiche trois chiffres rouges que je regarde tous les matins en me demandant comment je vais payer le loyer du mois prochain, je n'ai pas de famille depuis que mes parents sont morts dans l'accident de voiture sur la route mouillée quand j'avais huit ans, pas de diplôme depuis que j'ai dû quitter la fac faute d'argent après un an à étudier la littérature anglaise en rêvant de devenir professeure, pas d'assurance maladie parce que les cotisations sont trop chères, pas de plan pour les années à venir parce que l'avenir est un luxe que je ne peux pas m'offrir.
Mais sous cette voiture, à plat dos sur une planche à roulettes bancale dont les roulettes arrière sont voilées, les bras couverts de cambouis jusqu'aux coudes et les oreilles pleines de rock et le corps bercé par les vibrations du moteur qui refroidit, je suis chez moi, je suis libre, je suis vivante, et c'est plus que ce que beaucoup peuvent dire, et c'est assez, ce soir, pour me faire sourire.
Je termine ma blague. Je le regarde avec un grand sourire, attendant sa réaction. J'attends un rire poli. J'attends un sourire forcé. J'attends même un grognement désapprobateur – ce serait déjà une réaction.Il ne rit pas.Son visage est impassible. Ses yeux me fixent sans expression. Il ne bouge pas. Il ne cligne même pas. Il ressemble à une statue. Un mort. Un homme de pierre.Le silence s'installe. Lourd. Gênant. J'entends la radio grésiller, Marco qui rit dehors, une mouche qui bourdonne.— Tu n'as pas compris ? je demande, la déception au bord des lèvres.— Si, j'ai compris.— Alors tu ne trouves pas ça drôle ?— Si.— Alors ris !Il ouvre la bouche. Il va dire quelque chose – une justification, une excuse, une explication sur pourquoi il ne rit pas, sur comment il a perdu l'habitude, sur comment on ne rit pas dans son monde, sur comment le rire est une arme qu'il a oublié de manier.
Je sors de dessous la voiture. Je me glisse sur la planche à roulettes, mes cheveux traînent dans la poussière, et je me relève en m'essuyant les mains sur ma combinaison. Mes cheveux sont en bataille – ils sont tombés de mon chignon il y a une heure, et je n'ai pas pris le temps de les rattacher. Mon visage est maculé de cambouis. J'ai une tache sur la joue, une autre sur le front, une troisième sur le menton. La sueur coule le long de mes tempes. Mes ongles sont noirs, incrustés de graisse que même le savon noir n'enlève pas. Ma combinaison est dégrafée jusqu'à la taille, laissant voir mon vieux t-shirt en dessous, trempé de sueur, qui colle à ma peau.J'ai chaud. Je suis fatiguée. Je suis heureuse.— Tu es mignon, je dis en le voyant fixer ses yeux sur moi.Il est toujours sur sa chaise en plastique blanche, les bras croisés, les jambes écartées. Il porte un jean et une chemise blanche , la chemise blanche qu'il a mise ce matin, pensant qu'on allai
Je vois tout ça à travers ses yeux. Soudain, mon garage me paraît minuscule. Pauvre. Délabré. Je vois les fissures dans le sol, les ampoules qui grésillent, les murs jaunis par la fumée. Les établis sont tachés, les outils sont usés, les fenêtres sont sales. J'ai honte. Pendant une longue seconde, j'ai honte. Mon ventre se noue. Mes mains deviennent moites.Puis je me rappelle que c'est mon royaume. Mon royaume à moi. Le seul endroit au monde où je suis complètement à ma place, complètement moi-même, sans avoir à jouer un rôle, sans avoir à faire semblant. Ici, personne ne me juge. Ici, mes mains noires sont une fierté, pas une honte. Ici, on ne mesure pas les gens à leur compte en banque mais à leur capacité à faire chanter un moteur.Je n'ai pas à avoir honte de ça.— Bienvenue dans mon garage, je dis en faisant le geste du propriétaire.Il ne répond pas. Il est trop occupé à regarder. Ses yeux... ses yeux deviennent curieux. Comme ceux d'un enfant qui découvre un endroit interdit.
EllieJe l'emmène à mon garage.La décision est venue comme ça, sans préméditation, sans calcul. Un matin, en buvant mon café, en le regardant enfiler sa veste, j'ai réalisé qu'il n'avait jamais vu l'endroit où je passe le plus clair de mon temps. L'endroit où je suis vraiment moi. Pas Ellie la petite amie de James Sinclair. Pas Ellie la femme qu'on suit dans la rue. Ellie la mécanicienne. Ellie celle qui sent le cambouis et qui sait faire parler un moteur rien qu'en l'écoutant.J'ai eu peur, une fraction de seconde. Peur de son regard sur mon monde. Peur qu'il le juge. Peur qu'il le trouve sale, bruyant, indigne de lui. Mais j'ai chassé cette peur. Parce que si je commence à avoir honte de qui je suis, alors notre histoire n'a aucun sens.— Viens, je lui dis en attrapant mes clés. On sort.— Où ça ?Sa voix est calme, mais je vois ses yeux s'allumer. Il n'aime pas les surprises. Il n'aime pas ne pas contrôler. Mais il a appris, avec moi, à lâcher un peu de lest. À me faire confiance.
Bienvenue dans Goodnovel monde de fiction. Si vous aimez ce roman, ou si vous êtes un idéaliste espérant explorer un monde parfait, et que vous souhaitez également devenir un auteur de roman original en ligne pour augmenter vos revenus, vous pouvez rejoindre notre famille pour lire ou créer différents types de livres, tels que le roman d'amour, la lecture épique, le roman de loup-garou, le roman fantastique, le roman historique et ainsi de suite. Si vous êtes un lecteur, vous pouvez choisir des romans de haute qualité ici. Si vous êtes un auteur, vous pouvez obtenir plus d'inspiration des autres pour créer des œuvres plus brillantes. De plus, vos œuvres sur notre plateforme attireront plus d'attention et gagneront plus d'adimiration des lecteurs.