LOGINLOUISE
Carine: Quelqu’un s’est fait sérieusement baiser dans le bureau de Romain.
Liam: Dis‑moi que tu plaisantes. Rémi: Romain va les virer avant le déjeuner. Zéro chance qu’il laisse passer ça.Mon téléphone me brûlait la paume.
Carine: C’était Kassie et Greg.
— Quoi ?
Je criai ça par‑dessus l’épaule de Théo, qui pila presque aussitôt.Liam: Mec…
Thérèse: Je l’avais vu venir à des kilomètres. Elle faisait tomber des trucs “par accident” sur son bureau depuis novembre.— Tout va bien, madame ? demanda Théo.
— Tout va bien, Théo. Désolée pour le cri.
Rémi: Le LinkedIn de Kassie va devenir une ville fantôme.
Je fixai l’écran jusqu’à ce qu’il se brouille.
Loiuse …Vous les avez vus sortir ?
Carine: Vu Kassie sortir en tirant sur sa jupe. Greg deux minutes plus tard, à réajuster cravate et ceinture. C’était eux.L’air revint dans mes poumons d’un coup, comme après une apnée trop longue.
Le soulagement arriva d’abord. Brutal. Glacial. Presque douloureux.
Puis la honte suivit. Plus lente. Plus épaisse. Coincée sous mes côtes.Parce qu’il y a trente‑sept minutes, c’était moi.
Ma robe remontée jusqu’à la taille. Ma culotte dans la poche de Romain. Ses doigts si profondément en moi que j’avais oublié comment faire un bruit sans me mordre le bras.Il ne s’était pas arrêté quand j’avais tremblé.
Il avait observé mon visage comme s’il mémorisait l’angle exact qui me faisait céder.J’étais sortie sur des jambes qui n’étaient pas les miennes, priant pour ne rien laisser couler le long de mes cuisses en passant devant toute l’équipe marketing.
Et maintenant, l’étage pensait que c’était Kassie et Greg.
J’aurais dû me sentir chanceuse.
À la place, mon estomac se tordit si fort que j’en eus la nausée.
— Putain… c’est dingue.
— Dingue est un euphémisme. Romain va leur couper la tête.Je verrouillai l’écran et plaquai le téléphone contre mon ventre noué.
La voiture glissait dans le centre‑ville, les lumières se reflétant sur les vitres teintées comme de l’or liquide.
Demain, j’étais censée partir.
Nouvelle ville. Nouvelle vie. Une vie qui ne sentait pas son parfum, qui ne finissait pas avec ses dents sur mon pouls. Je me répétais que le chapitre était clos.La voiture ralentit.
— Ce n’est pas chez moi.
— M. Montclair a demandé que je vous conduise chez lui.
Mon cœur tomba quelque part sous le plancher.
La portière s’ouvrit avant que je ne puisse répondre.
Romain se tenait là, dans l’ombre, manteau ouvert sur le même costume anthracite.— Descends.
Ma bouche s’assécha.
— Va te faire foutre.Il attrapa mon poignet. Pas fort. Définitif. Et tira.
Je résistai. Il ne lâcha pas.Les portiers faisaient semblant de ne rien voir.
— En haut. À moins que tu préfères un spectacle public.
— Je ne vais nulle part avec toi, soufflai‑je, furieuse. Tu crois vraiment que tu peux me traiter comme ça ?
— Tu voulais quoi ? lança‑t‑il. Que tout le bureau sache qu’on a baisé sur mon bureau ? En haut. Maintenant.
Je le fixai.
Il m’entraîna à l’intérieur. J’étais trop en colère pour enregistrer quoi que ce soit.
Une minute plus tard, les portes de l’ascenseur se refermaient.
— Ne me touche pas, Romain.
Je retirai ma main. — Je te jure que je suis à deux doigts de péter un câble.Il sourit, clairement amusé.
— Je ne testerais pas ma chance. Mon contrôle tient à un fil.— Tu es un connard.
— On me l’a déjà dit.— Alors pourquoi m’amener ici ?
Les portes s’ouvrirent directement sur son appartement.
— Sors.
Il me tira à nouveau. Je trébuchai.
Mon Dieu.
Je savais que Romain Montclair avait des goûts chers.
Mais là… c’était autre chose.Murs dorés, plafonds vertigineux, arches en bois sombre reliant les pièces comme une cathédrale moderne. Un palais.
— Bienvenue chez moi.
— C’est… joli, mentis‑je, dents serrées.
Son regard resta accroché au mien.
— Ne me regarde pas comme ça.
Je redressai les épaules. — Comme quoi ?— Comme si tu voulais que je goûte chaque centimètre de ta peau.
Je fondis.
— Oui.
— Parce que c’est le cas, Lola. Je ne peux pas le cacher. Je n’essaierai même pas. Je n’ai même pas effleuré tout ce que j’ai envie de te faire.
Le désir me vola le cerveau.
— Tu ne devrais pas être un tel connard, murmurai‑je.
Ça ne sonnait pas convaincant. Même pour moi.— Tu me connais mal ?
Il porta ma main à ses lèvres, embrassa le bout de mes doigts.
Un frisson me remonta la nuque.— C’est bien ça, le problème. Je te connais.
Je retirai ma main. — Je ne suis pas ton jouet, Romain.— Qui a dit que tu l’étais ?
Il releva mon menton. — Lola ?Mes yeux se remplirent de larmes. Traîtres.
Son visage s’adoucit.
— Qu’est‑ce qu’il y a ?— Je devrais… partir.
Je me levai. — C’était vraiment… Je respirai. — …agréable de travailler pour vous.Il se leva brusquement.
— Lola, la nuit ne fait que commencer. Ne pars pas.— Ce n’est pas moi, Romain. Et ça…
Je fis un geste vers l’appartement. — Ce n’est pas ma vie. Je suis désolée si je t’ai donné une mauvaise impression.Je me dirigeai vers le salon. Il me suivit.
— Lola.
Je continuai. — Louise. — Ne fais pas ça.Il me rattrapa, me fit pivoter.
— Pardonne‑moi.
Il chercha ses mots. — Ça faisait longtemps que…— Que quoi ?
— Que je n’avais pas été avec quelqu’un comme toi.Je le regardai, me détestant de vouloir oublier demain et me perdre ce soir.
Il prit mon visage, m’embrassa doucement.
— Ne pars pas.Un autre baiser.
— S’il te plaît.Quelque chose avait changé. Le chasseur avait disparu.
— Je suis désolé, murmura‑t‑il. Je n’aurais pas dû…
Ses lèvres frôlèrent les miennes. Mes pieds quittèrent presque le sol.
— Demain, tu me quittes pour toujours.
— Ne dis pas ça.
Mes mains montèrent à son visage.— On ne peut pas passer la nuit ensemble ? Juste pour se dire au revoir correctement ?
Il murmura contre mes lèvres. — Je t’ai voulue pendant tant d’années, Lola.Son baiser s’approfondit, comme s’il essayait de me convaincre sans mots.
Puis, tout bas.
Presque une prière.— Donne‑moi une nuit. Avant que je le regrette toute ma vie.
LOUISETrois heures plus tard.On avait parlé et ri. On avait mangé, bu du champagne. On s’était allongés sur le tapis, à regarder la lune, à contempler les étoiles qui scintillaient au-dessus de nous, comme si elles avaient décidé de faire un peu de magie juste pour nous.– C’était la soirée parfaite.Je souris à mon cavalier, terriblement beau.– On devrait danser.Il se leva et me tendit la main. Je pris tout mon temps pour me relever.– On est sur un planning serré, dépêche-toi.Je ris et finis par me lever.– Ton fameux planning…Il me prit dans ses bras, et la chanson Turning Page de Sleeping At Last se mit à jouer.– Oh, cette chanson… murmurai-je en levant les yeux vers lui. C’est… tellement irréel…Comme dans une scène parfaite d’un film parfait, on dansait sous la lune, au bord du lac. Et moi, j’étais en train de retomber amoureuse de lui. Encore. Davantage, si c’était physiquement possible.– Lola, murmura-t-il.– Oui.Je lui souris.– Ce serait un honneur de pouvoir t’appe
LOUISEMes yeux se remplissent de larmes. Il est vraiment doué, ça, je ne peux pas le nier.— Eh bien. Je me mets sur la pointe des pieds pour l’embrasser sur ses grandes lèvres. — Tu as gagné. — J’ai gagné ? — C’est la chose la plus romantique qu’on m’ait jamais dite. — Pour l’instant seulement. Il me sourit malicieusement.— Tu m’avais bien dit que tu venais avec le grand jeu. — Voyons voir ce que ça donne. Il me prend la main et m’emmène sur la jetée. La couverture de pique-nique est rembourrée, des coussins sont éparpillés tout autour, et un immense panier en osier trône à côté. Il m’aide à m’asseoir, enlève ses chaussures et s’installe à mes côtés. Il sort son téléphone et fait défiler quelque chose.— J’ai préparé une playlist pour toi.— Hein ? Il me tend son téléphone et me montre l’écran Spotify :A-Game Date Songs for LolaJe ris aux éclats. — Tu es sérieux ?Ses sourcils se haussent. — Tu voulais du romantisme un peu kitsch, et me voilà en train de te le livrer. Il
LOUISECinq heures plus tard.L’hôtesse s’avance dans l’allée de l’avion. — “Nous préparons l’atterrissage, M. Montclair.” Elle sourit.— “Merci,” répond-il.Aucune idée depuis combien de temps nous volons ; il a pris mon téléphone et ma montre.— “Je peux voir ?” je tente d’ouvrir le store de la fenêtre et Romain le claque aussitôt.— “C’est une surprise.”— “Mais on est déjà arrivés, c’est le moment de la surprise.”— “Pas avant d’être sur place.” Il écarquille les yeux et sort un bandeau. Quoi ?Ha-ha, oh mon dieu.Honnêtement, c’est la chose la plus excitante qui me soit jamais arrivée : être emmenée à un lieu secret sur un jet privé pour un premier rendez-vous avec l’homme le plus sexy du monde. Je me sens comme une James Bond girl ou quelque chose comme ça.L’avion s’immobilise et Romain me met le bandeau.— “Sérieusement ?” je chuchote en le tenant sur mes yeux.— “Totalement.” Il me prend par la main et me guide dans l’allée.— “Je vais sûrement tomber dans les escaliers, tu s
LOUISEJe posai les mains sur mes hanches en balayant du regard mon dressing démesuré, rempli à ras bord de vêtements de créateurs, de chaussures sublimes et de sacs hors de prix. Il devait bien y avoir quelque chose de convenable pour un rendez-vous… La vraie question, c’était plutôt. Est-ce que ça m’irait encore.Nous étions jeudi, et le lendemain, Romain m’emmenait à notre tout premier rendez-vous. Il avait même organisé la venue de Camille pour le week-end afin qu’elle s’occupe des enfants. Deux nuits entières rien que tous les deux. Je n’avais jamais laissé les enfants aussi longtemps. J’étais à la fois surexcitée et nerveuse, au point d’avoir dû m’épiler moi-même faute de baby-sitter pour aller au salon.Bon. Je sortis une robe noire du cintre et la tins devant moi. Ça pouvait aller. Je la plaquai contre mon corps et me regardai dans le miroir. Manches trop serrées… Génial. Elles ne passeraient jamais par-dessus mon plâtre. Je la raccrochai. J
LOUISEMercredi soir.Le serveur arrive à notre table.— Puis-je prendre votre commande, s’il vous plaît ?Romain en a marre de cuisiner, et entre nous, nous en avons un peu assez de sa cuisine… alors nous sommes sortis dîner dès son retour du travail.— Qu’est-ce que tu veux, Léo ? demande-t-il.— Des pâtes.— Alors deux spaghetti bolognaise, s’il vous plaît, et moi, je prendrai le steak. Il se tourne vers moi. — Et toi, chérie ?— Une salade, s’il vous plaît. Je souris.— Merci, dit Romain. Le serveur disparaît et les jumeaux commencent à se chamailler.Romain sort son téléphone, ouvre Netflix et lance un film. Il le cale contre les salières, et aussitôt, les enfants se taisent pour regarder. Je souris en le voyant prendre ma main et y déposer un baiser léger.— Bonjour, dit une voix de femme.Nous levons les yeux et apercevons Isabella, debout devant nous.Oh non.Le visage de Romain se ferme.— Isabella.— J’avais prévu de venir te voir demain, mais je suppose que maintenant, c’es
ROMAINJe marchais sur le trottoir avec Théo, le soleil d’automne se reflétant sur les façades, et nous nous dirigions vers l’atelier de costumes à quelques pâtés de maisons. C’était plus rapide à pied, et puis ça me donnait l’occasion de discuter avec lui un peu.— Alors… Camille, dit Théo d’un ton qui se voulait léger.Je levai les yeux vers lui, surprise par la soudaineté de sa question. — Quoi à son sujet ?Il y avait quelque chose dans sa façon de me regarder, un mélange de curiosité et de gêne que je n’arrivais pas à déchiffrer. Camille et lui semblaient s’être rapprochés depuis que nous avions commencé à passer du temps ensemble, et je mentirais si je disais que je n’avais pas un peu de méfiance.— Ton mari… il est comment ?Je fis mine de réfléchir, un sourire amusé aux lèvres. — Je ne le connais pas vraiment. Il me semble un peu… ennuyeux, si tu veux mon avis.Théo hocha la tête, mais je sentis qu’il n’en resterait pas là. — Pourquoi tu demandes ?Il haussa les épaules, es







