Home / Romance / ATTRACTIONS 3 / Chapitre 3 — Le manuel oublié

Share

Chapitre 3 — Le manuel oublié

Author: Déesse
last update publish date: 2026-08-23 06:24:46

Lina

J'avais préparé mon coup pendant trois jours. Trois jours entiers à réfléchir au moment idéal, à l'angle parfait, à la phrase qui ferait mouche. Chloé m'avait regardée faire avec un mélange d'amusement et d'inquiétude, comme si elle assistait à l'élaboration d'un braquage.

— Tu vas vraiment faire ça ? m'avait-elle demandé la veille, en me voyant ranger soigneusement mon sac en laissant exprès le manuel d'anatomie sur mon bureau.

— Faire quoi ?

— Lina, je te connais. Tu mijotes un truc.

— Je ne mijote rien. J'organise.

Elle avait secoué la tête.

— Tu vas te brûler, ma pauvre.

— C'est le risque à prendre pour se réchauffer.

Elle n'avait pas insisté. Elle savait que c'était inutile. Quand j'ai une idée en tête, personne ne peut m'en faire démordre. Et mon idée, ce matin-là, c'était simple : arriver en cours sans mon manuel, et être obligée de me rapprocher de lui pour suivre le cours sur le sien.

Je m'étais levée tôt. Trop tôt. J'avais longuement hésité devant ma penderie, jetant plusieurs tenues sur mon lit avant d'arrêter mon choix. Ce serait le chemisier blanc, celui qui devient transparent sous la lumière des néons quand on ne met pas de veste. Et pas de soutien à armatures. Juste une brassière fine, à peine visible, qui laissait deviner plus qu'elle ne cachait. La jupe noire, encore elle. Et des bottines, pour le contraste.

Je voulais qu'il comprenne que je n'étais pas là par hasard. Je voulais qu'il voie que j'avais pensé à lui en m'habillant. Que chaque détail, du parfum à la coiffure, était un message à son attention.

Je suis arrivée en avance. Toujours au premier rang. Cette fois, j'ai posé mes affaires sur la table avec soin, en évitant soigneusement de sortir un livre quelconque. J'avais juste mon cahier, mon stylo, et mon téléphone. Rien d'autre. Rien qui puisse me sauver de ce qui allait suivre.

Il est entré.

J'ai levé les yeux vers lui, sans sourire, le regard franc. Il a balayé la salle du regard, a hoché la tête vers quelques étudiants, puis s'est installé à son bureau. Il a ouvert son sac, en a sorti ses notes, son propre manuel, qu'il a posé ouvert devant lui.

— Bonjour à tous. Aujourd'hui, nous allons aborder le système vasculaire. Je vous invite à suivre sur le chapitre 7 de votre manuel.

Je n'ai pas bougé. J'ai laissé passer quelques secondes, juste pour savourer l'instant. Autour de moi, les étudiants ont sorti leurs livres, le bruit des pages se mêlant aux chuchotements. Moi, j'ai ouvert mon cahier, tranquillement, comme si de rien n'était.

Il a commencé à parler. Sa voix grave résonnait dans l'amphi, et moi, je faisais semblant de prendre des notes. J'écrivais des phrases entières, des mots qui n'avaient aucun sens, juste pour avoir l'air concentrée. Puis, au bout d'un quart d'heure, j'ai levé la main.

Il s'est arrêté au milieu d'une phrase.

— Oui, Mademoiselle Arnaud ?

Il avait dit mon nom avec une légère hésitation, comme s'il se préparait mentalement à une nouvelle joute. J'ai souri intérieurement.

— Excusez-moi, j'ai oublié mon manuel. Vous pouvez me prêter le vôtre ?

Il m'a regardée. Un long regard, lourd de sous-entendus. Puis il a souri, un sourire presque imperceptible.

— Je suis sûr que vous n'avez pas oublié, Mademoiselle Arnaud. Je dirais plutôt que vous l'avez fait exprès.

Quelques rires étouffés ont parcouru la salle. Moi, je n'ai pas cillé.

— Et pourquoi je ferais exprès d'oublier mon manuel ?

Il a soutenu mon regard.

— Je ne sais pas. Peut-être pour venir vous asseoir à côté de moi ?

Cette fois, j'ai senti mes joues chauffer. Il venait de me piéger, et il le faisait avec une élégance déconcertante. J'ai répondu du tac au tac :

— Peut-être. Mais vous ne me laissez pas le choix, puisque je n'ai pas de livre.

Il a hoché la tête, faussement désolé.

— Dans ce cas, venez vous installer ici. Je vous autorise à suivre sur le mien.

Je me suis levée. Lentement. Consciencieusement. J'ai senti tous les regards braqués sur moi pendant que je parcourais les quelques mètres qui me séparaient de son bureau. J'ai contourné la table, et je me suis penchée au-dessus de son manuel, à côté de lui. Mon bras a frôlé son épaule. Son parfum m'a envahi. Ce mélange de bois et de musc qui m'avait obsédée pendant des jours.

— Merci, ai-je murmuré.

Il n'a pas répondu. Il s'est contenté de me tourner le livre vers moi, sans me regarder. J'ai senti son épaule effleurer la mienne, et j'ai dû faire un effort surhumain pour ne pas poser ma main sur sa cuisse.

— Où en étiez-vous ? ai-je demandé en feignant l'innocence.

Il a pointé du doigt une ligne sur la page. Ses doigts étaient longs, fins, parfaitement manucurés. J'ai eu envie de les prendre dans ma bouche. Là. Devant tout le monde.

— On parle de la vascularisation de la cuisse, a-t-il dit d'une voix plus basse.

J'ai senti un frisson remonter le long de ma colonne vertébrale. Ce mot, dans sa bouche, prenait une toute autre dimension. Vascularisation. Cuisse. C'était comme s'il me parlait à l'oreille, comme s'il était en train de me décrire ce qu'il ferait de ses mains si on était seuls.

— Et la face interne de la cuisse, c'est une zone très… vascularisée, j'imagine ? ai-je demandé en baissant légèrement la voix.

Il a tourné la tête vers moi. Nos visages étaient à une distance dangereuse. Je voyais les ridules au coin de ses yeux, la courbe de ses lèvres, cette tension invisible qui émanait de lui.

— Très, a-t-il répondu.

Un instant. Un silence. Puis il s'est reculé, comme s'il se brûlait.

— Regagnez votre place, Mademoiselle Arnaud. Vous pourrez suivre sur le manuel de votre voisine.

J'ai hoché la tête, docile en apparence. Mais en regagnant ma place, je savais que j'avais gagné une bataille. Pas la guerre, non. Mais une bataille. Je l'avais senti vaciller. J'avais vu ses doigts se crisper sur la page. J'avais vu sa respiration s'accélérer. J'avais vu, dans le bleu de ses yeux, cette lueur qu'il essayait de noyer sous la bienséance.

Ce soir-là, en rentrant chez moi, je me suis allongée sur mon lit et j'ai fermé les yeux. J'ai repensé à son souffle sur mon visage, à la chaleur de sa jambe contre la mienne, à sa voix qui disait « très » en me regardant. Et j'ai glissé une main sous ma culotte, lentement, en murmurant son prénom.

Romain.

Je n'ai jamais aussi bien dormi de ma vie.

Continue to read this book for free
Scan code to download App

Latest chapter

  • ATTRACTIONS 3   Chapitre 112 : La promesse de liberté

    LysandraLe collier, ce cercle de fer, autour de mon cou, depuis si longtemps, depuis toujours, je ne le sens plus, je ne le vois plus, il fait partie de moi, comme une cicatrice, comme une marque, comme une chaîne, ce soir, il est là, devant moi, Valdren, agenouillé, devant moi, ses mains, qui tiennent une clé, petite, dorée, elle brille, dans la lumière des bougies, il la regarde, puis il me regarde, ses yeux, ces yeux gris, pleins de quelque chose, de tendresse, de peur, d'espoir, d'amour, peut-être, si un roi peut aimer.— Je vais l'enlever.Sa voix, basse, solennelle, je ne bouge pas, je ne comprends pas, l'enlever, enlever quoi, le collier, le fer, la marque, la chaîne, la servitude, il veut me libérer, il veut me rendre ma liberté, cette chose que je n'ai jamais eue, cette chose que je ne connais pas, cette chose qui me fait peur, plus peur que la mort, plus peur que tout.— Je vais briser ton collier, te rendre libre, tu pourras

  • ATTRACTIONS 3   Chapitre 111 : La bête blessée

    Lysandra Les tambours, je les entends avant de voir quoi que ce soit, ce roulement sourd, ce battement de guerre, ce son qui fait trembler les vitres, je suis dans ma chambre, je regarde par la fenêtre, la cour s'emplit, des chevaux, des soldats, des bannières, et lui, au centre, sur son cheval noir, je le vois de loin, sa silhouette, immense, inoubliable, mais quelque chose ne va pas, quelque chose cloche, il penche, légèrement, vers la gauche, sa main presse son flanc, du sang, je le vois, même d'ici, ce rouge sombre, cette tache qui s'étale, qui grandit, qui coule entre ses doigts. Je descends, les escaliers, quatre à quatre, mes pieds nus claquent sur la pierre, je ne sens rien, ni le froid, ni la douleur, rien, que cette urgence, cette peur, cette chose qui me serre la gorge, j'arrive dans la cour, la foule s'écarte, les soldats baissent les yeux, je marche, vers lui, il est descendu de cheval, il tient à peine debout, deux gardes l

  • ATTRACTIONS 3   Chapitre 110 : Le duel de possessivité

    Lysandra La lumière entre à flots par les hautes fenêtres, une lumière blanche, dure, qui découpe le sol en rectangles brûlants, je suis debout près de la table, mes doigts posés sur le bois ciré, et je sens la chaleur du soleil sur ma nuque, une chaleur qui devrait être agréable, qui ne l'est pas, parce que lui est là, l'émissaire, cet homme venu du Sud, avec ses yeux de miel et sa bouche trop rouge, ses manières trop douces, ses mains trop blanches, il est debout devant le trône, il parle, sa voix coule comme de l'huile, chaque mot est une caresse, chaque phrase est un piège. — Mon seigneur, mon maître, le prince Aldric de Varème, a entendu parler de la favorite, il a entendu parler de sa beauté, de son esprit, de sa grâce, il demande qu'elle lui soit envoyée, pour une saison, un échange, une courtoisie entre nos deux royaumes, il offre en retour trois cents chevaux, des épices, de l'or, et l'assurance d'une alliance éternelle.

  • ATTRACTIONS 3   Chapitre 109 : L'initiation à deux

    Ce n'est pas une question. Je hoche la tête. Oui. Je suis en colère. Plus que ça. Je suis furieuse. Je suis une chose. Une chose qu'on teste. Une chose qu'on empoisonne pour voir si elle va survivre. — Je comprends. Mais écoute-moi. La reine ne fait rien sans raison. Si elle a fait ça, c'est qu'elle avait une raison. Une raison politique. Elle voulait savoir si tu étais une alliée ou une ennemie. Si tu étais loyale à moi ou à quelqu'un d'autre. Si tu pouvais être utilisée. Elle a testé ta loyauté. Et tu as réussi. Tu as prouvé que tu es digne. Digne de moi. Digne de cette place. Digne de ce royaume. — Digne. Le mot sort de ma bouche comme un crachat. Digne. Je suis digne. Comme un chien qui a rapporté la balle. Comme un faucon qui a tué la proie. Comme une chose qui a passé le test. Il me regarde. Je vois quelque chose dans ses yeux. De la fierté? De la satisfaction? Je ne sais pas. Je ne sais plus.

  • ATTRACTIONS 3   Chapitre 108 : La fureur du roi

    Lysandra La porte claque. Un bruit sec, violent, qui fait trembler les murs. Je sursaute. Mon corps est encore faible, encore douloureux, mais je me redresse sur mes coudes. Je sais ce qui se passe. Je le sens. Cette tension dans l'air, cette électricité qui précède les orages, cette odeur de sang qui monte déjà. Valdren est là. Et il n'est pas seul. Des voix. Des cris. Je les entends à travers les murs, à travers les portes, à travers cette épaisseur de pierre qui devrait étouffer les sons. La voix de Valdren, grave, hurlante, cette voix que je ne lui connaissais pas, cette voix de bête blessée. Et une autre voix. Plus aiguë. Plus froide. Une voix de femme. La reine. La reine est là. Dans mes appartements. La reine est venue. Je me lève. Mes jambes tremblent. Ma tête tourne. Mais je me lève. Je trouve une robe, une chose simple, une tunique de lin qui traîne sur un fauteuil. Je l'enfile. Je noue la ceinture. Je marche ver

  • ATTRACTIONS 3   Chapitre 107 : Le poison

    LysandraLe goût est étrange. Ce n'est pas le goût habituel du vin, cette robe rouge qui tapisse la langue, ce velours liquide qui descend dans la gorge. Non. Il y a autre chose. Une amertume, là, au fond, une petite note métallique qui s'accroche au palais et qui ne part pas. Je repose la coupe. Mes doigts tremblent. Pas de peur. De froid. Ou de quelque chose. Je ne sais pas. La chambre est chaude pourtant. Les bougies brûlent. Le feu crépite dans l'âtre. Mais je tremble.Mon ventre se serre. Une crampe. Une petite crampe d'abord, presque rien, cette crampe qu'on a quand on a trop mangé ou trop ri. Puis une autre. Plus forte. Plus longue. Elle me plie en deux. Ma coupe tombe. Le vin se répand sur le tapis, une flaque rouge sombre qui s'étale comme une blessure. Je tombe à genoux. Mes mains trouvent mon ventre, mes doigts s'enfoncent dans ma chair, comme si je pouvais arrêter ce qui se passe à l'intérieur, comme si je pouvais repousser cette chose qui me dévore.La sueur perle à mon f

More Chapters
Explore and read good novels for free
Free access to a vast number of good novels on GoodNovel app. Download the books you like and read anywhere & anytime.
Read books for free on the app
SCAN CODE TO READ ON APP
DMCA.com Protection Status