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Chapitre 2 — La traque commence

Author: Déesse
last update publish date: 2026-08-23 06:22:49

Lina

La deuxième fois que je l'ai vu, j'avais mis ma jupe noire. Celle qui me fait des jambes interminables, celle qui remonte un peu trop quand je m'assois, celle qui attire les regards même quand je ne le veux pas. Là, je le voulais. Et pas pour les autres. Pour lui.

Je suis entrée dans l'amphi avec dix minutes d'avance. Volontairement. La salle était presque vide, à part quelques étudiants trop sérieux qui relisaient leurs cours en buvant leur café. Chloé n'était pas encore arrivée. J'ai descendu les marches sans hésiter, direction le premier rang.

— T'es sûre ? m'a demandé une voix derrière moi.

C'était Sarah, une fille de la promo, toujours assise au fond, toujours les mêmes jeans, toujours les mêmes baskets. Elle me regardait comme si je commettais un crime.

— Sûre de quoi ?

— De t'asseoir là. Le prof va te voir en entier.

— C'est justement le but.

Elle a haussé les épaules, l'air de penser que j'étais cinglée. Elle n'avait pas tort. Mais elle ne savait pas ce que je savais. Que le premier rang n'est pas une position d'étudiante. C'est une position de chasseuse. On y est trop proche, trop exposée, trop visible. Et c'est exactement ce que je voulais. Qu'il me voie. Qu'il ne puisse pas m'ignorer.

Il est arrivé quelques minutes plus tard. Toujours la même démarche tranquille. Toujours la blouse blanche ouverte sur un t-shirt sombre. Aujourd'hui, c'était un bleu marine, moulant à souhait. J'ai baissé les yeux sur son torse une demi-seconde, juste assez pour me faire une idée de ce qui se cachait dessous. Pas de graisse, pas de mollesse. Un corps entretenu, ferme, carré.

Je me suis installée confortablement, jambes croisées, dos bien droit. Il a posé ses affaires sur le bureau, puis il a levé les yeux vers la salle. Et il m'a vue.

Il a hésité.

Un micro-instant, à peine perceptible, mais je l'ai vu. Son regard s'est arrêté sur moi, a glissé sur ma jupe, sur mes jambes nues, puis est remonté vers mon visage. Il a cligné des yeux, une fois. Puis il a détourné le regard et s'est tourné vers le tableau.

J'ai souri intérieurement.

— Bonjour à tous, a-t-il dit.

Sa voix était pareille. Grave. Calme. Mais ce matin, j'ai cru déceler une infime tension. Un truc presque imperceptible, mais présent. Il se taisait une fraction de seconde de plus entre ses phrases. Il ne regardait pas le premier rang.

Le cours a commencé. Il parlait des fascias, des membranes, du tissu conjonctif. Des trucs que je connaissais déjà, que j'avais révisés la veille sans m'en rendre compte, juste pour impressionner au cas où il me poserait une question. J'avais même relu ce chapitre sur l'innervation du périnée. Oui, je sais, je suis pathétique. Mais j'aime bien être préparée.

Je me suis penchée pour attraper mon stylo dans mon sac. En me penchant, j'ai senti mon chemisier s'entrouvrir légèrement, offrant une vue plus ou moins dégagée sur le haut de ma poitrine. Pas trop. Juste assez pour qu'un homme attentionné le remarque. Et putain, il est attentionné.

Il s'est arrêté de parler une seconde. Juste une. Puis il a continué, en resserrant les doigts sur la craie. Ses phalanges ont blanchi.

Je n'ai rien dit. J'ai juste noté quelque chose sur mon cahier, l'air faussement concentrée, pendant que mon cerveau hurlait de joie. Il avait regardé. Il avait vu. Et surtout, il avait réagi.

À la fin du cours, j'ai traîné volontairement. J'ai rangé mes affaires lentement, très lentement, en prenant soin de laisser traîner un cahier, un stylo, un surligneur. Chloé m'attendait en haut des marches, impatiente.

— Lina, on va être en retard.

— Vas-y, je te rejoins.

— Sérieux ?

— Sérieux. Faut que je pose une question au prof.

Elle a levé les yeux au ciel, mais elle est partie. Je me suis approchée du bureau, le cœur battant à tout rompre. Il rangeait ses notes, les doigts rapides, l'air pressé.

— Monsieur Hartman ?

Il a relevé la tête. Et là, nos regards se sont croisés pour de bon. Pas un regard furtif de loin. Un vrai. Un direct. De ceux qui durent une seconde de trop.

— Oui, Mademoiselle Arnaud ?

Il se souvenait de mon nom. Déjà. J'ai dégusté cette information comme un bonbon.

— J'ai une question sur le cours.

Il a posé ses papiers, les mains à plat sur le bureau, comme pour se donner une contenance.

— Je vous écoute.

Je me suis approchée d'un pas. Puis d'un autre. Je me suis penchée légèrement au-dessus du bureau, juste assez pour que son regard descende malgré lui vers mon décolleté.

— Vous avez parlé des fascias superficiels. Mais qu'est-ce qui les distingue exactement des fascias profonds, en termes de sensation ?

Il a soutenu mon regard. Pas un regard de professeur. Un regard d'homme. Un regard qui disait : « Je sais exactement ce que tu fais. » Mais il a répondu calmement, d'une voix posée, comme si la question était parfaitement innocente.

— Les fascias superficiels sont plus innervés, plus sensibles. Ils transmettent des sensations plus fines, plus… agréables, dans certains contextes.

J'ai incliné la tête, faussement innocente.

— Agréables comment ?

Il a serré la mâchoire. Juste un instant. Puis il a souri, un sourire poli, presque froid.

— Vous savez très bien comment, Mademoiselle Arnaud.

Et il a baissé les yeux sur ses notes, mettant fin à la conversation sans me laisser le temps de répondre.

Je suis restée là, debout devant son bureau, le souffle court. Il m'avait remise à ma place. En douceur, avec élégance, mais fermement. Et putain, ça ne faisait qu'attiser le feu. J'adore quand on me résiste. J'adore quand on me défie. Ça donne encore plus de saveur à la victoire.

Je suis sortie de l'amphi avec l'impression de flotter. Chloé m'attendait dans le couloir, les bras croisés, l'air suspicieux.

— Alors ? Il a répondu à ta question ?

— Oui.

— Et c'était quoi, ta question ?

J'ai souri, narquoise.

— L'innervation des fascias superficiels.

— T'es chiante, Lina.

— C'est pour ça que tu m'aimes.

Elle a ri, et on est parties en cours. Mais mon esprit était resté dans cet amphi, planté devant ce bureau, face à ce regard bleu acier qui me défiait en silence. Il avait gagné cette manche. Il m'avait remballée sans brutalité, avec une assurance qui m'avait coupé le souffle.

Il ne savait pas encore que je ne m'arrêterais pas là.

Il ne savait pas que la traque ne faisait que commencer.

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