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Chapitre 4 — Questions gênantes

Author: Déesse
last update publish date: 2026-08-23 06:26:09

Lina

Il y a des questions qu'on pose pour comprendre. Et d'autres qu'on pose pour déstabiliser. Moi, je suis passée maîtresse dans l'art des secondes. J'aime voir les gens se tortiller sur leur chaise, chercher leurs mots, prier pour que le sol s'ouvre sous leurs pieds. Et aujourd'hui, j'avais décidé de m'attaquer à plus fort que moi.

L'homme le plus inébranlable de l'université.

Romain Hartman.

Le cours portait sur le système nerveux périphérique. Un domaine passionnant, soit dit en passant, surtout quand on sait comment poser les bonnes questions. J'étais arrivée en avance, comme toujours. Premier rang, comme toujours. Jupe noire, chemisier blanc, lèvres légèrement rosées, cheveux détachés. Tout était calculé. Chaque détail de ma tenue, chaque battement de cils, chaque mouvement de mon stylo sur le papier.

Il est entré à neuf heures pile. Blouse blanche ouverte, t-shirt gris à col rond, barbe de deux jours. Ses yeux ont balayé la salle, m'ont trouvée, se sont posés sur moi une seconde, puis ont glissé ailleurs. Il commençait à m'éviter, je le sentais. Mais c'était trop tard. Le piège était déjà refermé.

— Aujourd'hui, nous allons aborder l'innervation du périnée et des organes pelviens, a-t-il annoncé en écrivant le titre au tableau.

Un murmure a parcouru l'amphi. Des rires étouffés, des regards gênés. C'était le genre de sujet qui mettait tout le monde mal à l'aise, sauf moi. Moi, je me suis penchée en avant, le menton dans la main, avec un sourire faussement studieux.

Il a commencé son exposé. Et il était bon. Vraiment bon. Il parlait avec aisance, sans notes, en ponctuant ses phrases de gestes précis. Il expliquait la différence entre le système sympathique et parasympathique, la répartition des nerfs, les zones réflexes. C'était clair, net, précis.

Mais moi, je n'écoutais pas pour apprendre. J'écoutais pour trouver la faille. Et elle est venue plus vite que prévu.

— Le nerf pudendal est le principal nerf sensitif de la région périnéale, a-t-il dit. Il innerve la peau, les organes génitaux externes, et les sphincters. C'est lui qui transmet les sensations de cette zone.

J'ai levé la main, bien haut, avec un sourire angélique.

Il a hésité. Je l'ai vu consulter mentalement ses options. M'ignorer ? Impossible, je levais la main depuis cinq secondes. Me donner la parole ? Il savait que ça finirait mal. Il a fini par céder.

— Oui, Mademoiselle Arnaud ?

J'ai baissé la main, j'ai croisé les jambes, et j'ai posé LA question.

— Pourriez-vous nous donner plus de précisions sur l'innervation exacte du clitoris ?

Un silence de mort est tombé sur l'amphi. Même les mecs du fond, qui ne rataient jamais une occasion de ricaner, sont restés bouche bée. Chloé m'a lancé un regard assassin, l'air de dire « tu es en train de signer ton arrêt de mort ». Et lui ?

Il m'a regardée droit dans les yeux. Longuement. Sans ciller. Puis il a répondu, d'une voix parfaitement calme :

— Le clitoris est innervé par les branches terminales du nerf pudendal, en particulier le nerf dorsal du clitoris. C'est une zone extrêmement sensible, riche en terminaisons nerveuses, et dont l'innervation est comparable à celle du gland pénien.

Il a fait une pause, le temps que l'information pénètre dans les cerveaux surchauffés de l'assemblée.

— Des questions plus pertinentes ? a-t-il ajouté en balayant la salle du regard.

J'aurais pu m'arrêter là. J'aurais dû. Mais c'est plus fort que moi. J'aime le danger. J'aime le feu. J'aime le voir se consumer sous mes assauts.

— Et la sensibilité de cette zone varie-t-elle d'une personne à l'autre ? ai-je demandé, le plus sérieusement du monde.

Il a posé ses deux mains sur le bureau, s'est penché légèrement vers moi, et a dit :

— Oui, Mademoiselle Arnaud. Et si un jour vous avez besoin de travaux pratiques pour approfondir la question, je vous conseille de vous adresser à un laboratoire spécialisé.

Cette fois, les rires ont fusé. Même Chloé a craqué, malgré son air réprobateur. Moi, j'ai encaissé le coup, le sourire aux lèvres. Il m'avait renvoyée dans les cordes, sans jamais perdre son calme. C'était brillant. Et c'était exactement ce que je cherchais.

À la fin du cours, j'ai attendu que les autres sortent. Chloé m'a avertie :

— Lina, arrête. Sérieusement. Il va finir par le signaler.

— Il ne fera rien. Il aime trop ça.

— Tu crois ?

— Je le sais.

Elle est partie en secouant la tête. Je me suis approchée du bureau, le cœur battant, le ventre noué. Il rangeait ses affaires, sans me regarder.

— Monsieur Hartman ? ai-je dit en m'approchant un peu trop près.

Il n'a pas relevé la tête.

— Mademoiselle Arnaud. Si vous avez d'autres questions, je vous conseille de les poser en cours. Pas en privé.

— Qui parle de privé ? Je voulais juste vous remercier pour vos explications. Très… claires.

Il a levé les yeux. Son regard était d'acier.

— Vous êtes une excellente actrice, Mademoiselle Arnaud. Mais vous jouez avec des choses qui vous dépassent.

J'ai incliné la tête, faussement innocente.

— Vraiment ? Pourtant, j'ai l'impression de très bien maîtriser le sujet.

Il a souri, un sourire sans chaleur.

— C'est ce que vous croyez. Rentrez chez vous. Et réfléchissez à ce que vous voulez vraiment.

Je n'ai pas bougé. Il a fini de ranger son sac, a passé la bandoulière sur son épaule, et s'est dirigé vers la porte. Au moment de sortir, il s'est arrêté, sans se retourner.

— Et mettez une veste, demain. Il fait froid.

Il est sorti.

Je suis restée plantée là, le souffle court, les jambes en coton. Il venait de me remettre à ma place avec une froideur qui m'avait transpercée. Mais au lieu de me décourager, ça m'avait électrisée.

Il avait remarqué ma tenue. Il avait vu mon chemisier trop léger. Il y avait pensé. Et il me l'avait dit, à sa manière, sans jamais franchir la ligne.

Ce mec était en train de me rendre folle.

Et j'adorais ça.

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