LOGINLiora Je ne sais pas comment il l’a su. Je n’ai jamais mentionné la date de ma naissance. Elle est pour moi un deuil, une fête volée par la guerre et le deuil. Pourtant, ce matin, lorsque je me suis éveillée dans mes appartements, il y avait une robe posée au pied du lit. Une robe d’un bleu profond, le bleu des bannières d’Eldoria, brodée de minuscules roses d’or. Le message était clair, et il m’a serré le cœur. Il se souvient. Il se souvient de tout, même des choses que je voudrais oublier. Helga est venue me préparer avec un soin particulier, tressant mes cheveux en une couronne sophistiquée, y entremêlant des fils d’or. La ceinture de chasteté, pour la première fois, n’était pas sur ma toilette. Un oubli volontaire de sa part, ou un ordre exprès du roi. Je me suis sentie étrangement nue sans ce poids familier contre mon sexe, comme si la cage avait été enlevée mais que l’oiseau avait oublié comment voler. Quand la nuit est tombée, un garde est venu me chercher pour me conduire,
Liora La nuit qui suit la tentative d’empoisonnement est un précipice. Les gardes ont été triplés, les cuisines passées au crible, les suspects interrogés dans les caves, leurs cris remontant par les conduits d’aération comme les plaintes des damnés. Mais dans la chambre du roi, il n’y a que le silence. Un silence si épais, si chargé de tout ce qui n’a pas été dit, qu’il en est presque matériel. Je suis assise au bord de son lit, dans la même posture que la nuit où j’ai recousu sa blessure. Il est debout face à la fenêtre, comme la nuit de la confession. L’orage, cette fois, n’est pas dans le ciel. Il est en nous. — Tu as failli mourir aujourd’hui, dit-il enfin, sans se retourner. Pour moi. Sa voix est différente. Elle a perdu sa superbe, son arrogance. Elle est râpeuse, incertaine. C’est la voix d’un homme qui se tient au bord d’un gouffre et qui regarde en bas. — Ne te méprends pas, dis-je, et ma propre voix sonne faux à mes oreilles. Sauver un otage, c’est protéger une monnaie
Liora La vie à la cour de Volcra est un marais stagnant où les ambitions et les jalousies pourrissent sous la surface brillante des révérences et des sourires. Je le sais depuis le premier jour. Mais ce n’est que ce soir, au cours du grand banquet donné en l’honneur d’un général victorieux, que j’en mesure véritablement la toxicité. La grande salle est un brasier de torches, de bruits et de couleurs, une débauche de viandes rôties et de vins épicés qui monte à la tête. Je suis assise à la droite du roi, ma place habituelle, le bijou d’argent de ma ceinture de chasteté froid contre ma peau sous ma robe d’apparat. Un petit rappel de ma condition. Je joue mon rôle de Trésor, distante, belle, inaccessible. Dorian boit. Il boit plus que de coutume, célébrant la victoire avec ses généraux, riant à des plaisanteries brutales que je ne partage pas. Je le surveille du coin de l’œil. Depuis la confession, depuis la danse, je suis devenue plus attentive à ses failles, aux micro-expressions qu
Haletante. Trempée de sueur. Le cœur battant si fort que je le sens dans mes tempes, dans mon cou, dans le bout de mes doigts. Ma joue repose sur sa poitrine, et j'entends son cœur à lui, ce galop jumeau qui ralentit peu à peu, qui s'apaise, qui retrouve un rythme presque normal. Ses bras m'enlacent. Ses mains parcourent mon dos, remontent le long de ma colonne vertébrale, s'attardent sur le tatouage au creux de mes reins, cette marque qui fait de moi sa chose et de lui mon esclave. Ses doigts suivent les contours du loup d'argent, de la rose d'or, des runes protectrices, et cette caresse post-coïtale est presque aussi intime que l'acte lui-même. Sa bouche dépose des baisers sur mes cheveux, sur mon front, sur mes paupières closes. Des baisers légers, des baisers papillons, des baisers de gratitude et d'émerveillement. Nous restons ainsi longtemps. Unis. Silencieux. Bercés par le crépitement des braseros qui s'éteignent doucement, leurs flammes se réduisant à des braises rougeoyan
C'est son nom que je hurle. Pas un titre, pas une insulte, pas une supplication. Son nom, comme une offrande, comme un trophée, comme une reddition. Il continue de me caresser pendant que je redescends, ses lèvres déposant des baisers apaisants sur mes cuisses tremblantes, sur mon ventre parcouru de frissons, remontant lentement le long de mon corps. Il s'attarde sur mes hanches, sur mes côtes, sur la courbe de mes seins encore frémissants. Il dépose un baiser au creux de ma gorge, là où le pouls bat encore à tout rompre, puis un autre sur mon menton, sur le coin de mes lèvres. Quand il arrive à ma hauteur, il me sourit. Ce n'est pas le sourire triomphant du vainqueur. C'est le sourire émerveillé d'un homme qui vient de recevoir un cadeau plus précieux que toutes les couronnes du monde. — Tu es magnifique quand tu jouis, murmure-t-il, et sa voix est une caresse. Je pourrais passer le reste de ma vie à te regarder, à te toucher, à te faire jouir. Rien d'autre n'aurait d'importance.
Il relève la tête, plonge son regard dans le mien. Ses yeux de glace sont devenus deux brasiers, deux abîmes incandescents où je me perds avec délice. Il prend ma main, la pose à plat sur son torse, là où son cœur bat à tout rompre, un galop furieux qui résonne contre ma paume. — Toi, dit-il simplement. Toi seule. Et cela me suffit. Mes ongles s'enfoncent dans sa chair, y laissant des croissants rouges, des stigmates temporaires qui s'effaceront demain mais que nous saurons avoir existé. Il ne grimace pas. Il sourit. Un sourire sauvage, presque douloureux, le sourire d'un homme qui découvre qu'il aime la brûlure autant que la caresse. Ses mains descendent le long de mon corps, glissent sur mes épaules, sur mes bras, sur la courbe de mes hanches. Il saisit le dernier voile, le voile de lune, ce carré de soie blanche qui est tout ce qui reste des sept voiles de ma danse. Il le tient entre ses doigts, hésite une seconde, comme s'il soupesait l'importance de ce geste. Puis, au lieu de
Il s'arrête, se tourne vers moi. Une lueur d'étonnement traverse ses yeux , il ne s'attendait pas à ce que je réclame ma part du cérémonial, à ce que je veuille apprendre, moi aussi, qui il est vraiment. — La règle numéro trois, Lyanna. Pose-moi une question, et je te ré
Lyanna Le lendemain soir, il entre dans la chambre à la même heure, avec la même ponctualité qu'un coucher de soleil. Les bougies sont allumées par dizaines, disposées sur les meubles, sur le manteau de la cheminée, sur les tables de chevet, et leur lumière dorée danse s
Il se retourne lentement. Ses yeux brillent d'une satisfaction discrète, presque imperceptible, mais il ne triomphe pas. Il ne sourit même pas. Il revient s'asseoir, reprend exactement la même position que précédemment, et seul son regard a changé — il est plus intense, plus concentré, comme s'il
LyannaMa voix s'étrangle, les larmes me montent aux yeux. Je ne voulais pas supplier. Les mots sont sortis tout seuls, arrachés par la terreur, par l'amour que je porte encore à Eryk, par la certitude absolue que Kael mettrait sa menace à exécution si je ne l'arrêtais pas







