LOGINLioraL'été touche à sa fin, mais les nuits de Volcra restent chaudes, oppressantes, chargées de l'odeur de la pierre chauffée à blanc par le soleil de la journée. Ce soir, pourtant, un vent léger s'est levé, un vent des cimes qui porte en lui la promesse de l'automne, des premières neiges, du renouveau. Il agite les tentures de ma chambre, fait vaciller la flamme des bougies, caresse ma peau moite.Dorian est venu me chercher alors que la lune était déjà haute. Il n'a pas dit un mot, m'a juste tendu la main avec ce regard que je lui connais maintenant, ce regard qui dit « suis-moi, j'ai quelque chose à te montrer ». J'ai pris sa main, comme toujours. Je la prendrais même si elle me conduisait en enfer.Il m'emmène par des escaliers dérobés, des passages secrets que seuls les rois de Volcra connaissent, à travers les entrailles de la citadelle, puis plus haut, toujours plus haut. Nous grimpons pendant ce qui me semble une éternité, mes jambes me brûlent, mon souffle se fait court, mai
Le portrait d'une femme.Elle est jeune, d'une beauté saisissante. Des cheveux de jais, des yeux d'un vert profond, un sourire triste. Elle porte une robe de soie bleue, brodée de motifs que je ne connais pas, et ses mains sont posées sur ses genoux dans une attitude de patience résignée. Il y a dans son regard une douceur brisée, une lumière qui s'éteint.— Ma mère, dit Dorian.Sa voix est un filet rauque, méconnaissable. Il lâche ma main, s'approche du portrait, le contemple avec une dévotion douloureuse.— Elle s'appelait Isara. Elle était princesse de Lysandra, un royaume du sud que mon père a conquis quand il était jeune. Il l'a prise pour épouse après avoir tué toute sa famille. Comme je t'ai prise.La comparaison est un coup de poignard. Je ne dis rien. Je m'approche, me tenant à ses côtés, partageant son silence.— Elle était douce, continue-t-il. Trop douce pour cette cour de loups. Mon père l'aimait, à sa manière. C'est-à-dire qu'il la possédait, qu'il la gardait jalousement
Il se retire, emportant ses instruments, nous laissant seuls. Dorian m'aide à me relever. Mes jambes sont flageolantes. Il m'enveloppe dans une couverture de fourrure, me porte jusqu'à son lit, m'allonge avec une douceur infinie.— Tu as été courageuse, dit-il.— J'ai eu de l'aide.Il s'allonge à côté de moi, me serrant contre lui, évitant soigneusement de toucher le bas de mon dos. Sa main caresse mes cheveux, mon visage, ma nuque.— Cette marque signifie que tu es sous ma protection, dit-il. Mais elle signifie aussi autre chose. Quelque chose que je n'ai jamais dit à personne.Il prend une inspiration, et sa voix n'est plus qu'un murmure rauque, vulnérable.— Elle signifie que tu es à moi... et que je suis à toi. Irrévocablement, des deux côtés.Je ferme les yeux, et je sens les larmes couler le long de mes tempes, se perdre dans mes cheveux. Je ne sais pas si ce sont des larmes de douleur, de soulagement ou de terreur. Peut-être les trois. Il vient de me donner une arme plus puissa
Le vieux tatoueur s'appelle Maître Theron. Il a les mains les plus calmes que j'aie jamais vues, malgré son âge, et une voix douce, apaisante, qui contraste avec l'étrangeté de son art. Il m'explique le processus avec patience. Le tatouage se fera à l'encre magique, une encre mêlée de poussière d'argent et d'essences alchimiques qui brillera légèrement dans l'obscurité. La douleur sera intense, prévient-il, surtout à l'endroit choisi. Le creux des reins, juste au-dessus des fesses. Un endroit intime, caché, que seuls les amants verront.— C'est toi qui as choisi l'emplacement ? demandé-je à Dorian en le fusillant du regard.Il esquisse un sourire en coin, le premier depuis des jours.— C'est un endroit stratégique. Facile à cacher, difficile à falsifier.Le vieux tatoueur se retire discrètement derrière un paravent pendant que je me prépare. Dorian, lui, ne bouge pas. Je lui tourne le dos, défais ma tunique que je laisse glisser à mes pieds. Nue, je m'allonge à plat ventre sur le diva
LioraLe complot éclate au grand jour une semaine après le bal masqué.Le seigneur Vorath, de sa voix grave et solennelle, a demandé une audience privée avec le roi. Il est venu accompagné du comte Tarekh et de la douairière Sylva, formant un front uni de velours noir et de regards accusateurs. Ils avaient des preuves, ont-ils dit. Des témoignages de serviteurs. Une lettre interceptée, codée, qui prouvait que la Favorite entretenait une correspondance secrète avec la résistance d'Eldoria. Ils exigeaient un procès pour trahison, et la peine de mort.Dorian les a écoutés en silence, assis sur son trône de pierre noire, son visage un masque de marbre plus impénétrable que celui du bal. Puis il a parlé, et sa voix était celle du Fléau du Nord, celle qui fait trembler les armées et plier les rois.— J'ai moi-même examiné ces preuves, a-t-il dit. La lettre est un faux grossier, rédigé par un scribe qui ignore jusqu'à la forme des lettres eldoriennes. Les serviteurs ont avoué, après un inter
Je me retourne enfin, et nos regards se croisent derrière nos masques.Il porte un masque de loup, comme moi. Mais le sien est d'or, frappé des armoiries royales, et des rubis rouges comme des gouttes de sang ornent les oreilles de la bête. Ses yeux, derrière le métal précieux, ne sont pas de glace. Ils sont de feu. Un feu qui me consume d'un seul regard.Il ne dit rien. Il ne demande rien. Il se contente de danser avec moi. Nos corps se frôlent, s'aimantent, se repoussent, se retrouvent. Le rythme des tambours s'accélère, et notre danse avec lui. C'est un combat, une parade nuptiale, un dialogue silencieux où chaque mouvement est une question et chaque réponse, un abandon.Il me fait tournoyer, et le monde autour de nous disparaît. Il n'y a plus de cour, plus de complots, plus de guerre, plus de sang. Il n'y a que ce bal, cette musique, cette nuit. Il n'y a que cet homme masqué et cette femme masquée, qui ne sont ni roi ni captive, mais juste deux âmes qui se reconnaissent dans la fo
Lyanna Cela fait maintenant neuf nuits que le cérémonial a commencé. Neuf nuits que Kael entre dans cette chambre à la même heure, avec la même ponctualité implacable, pour cartographier une nouvelle parcelle de mon corps avant de s'allonger près de mo
Ses doigts s'arrêtent sur ma clavicule, tracent la courbe de l'os, suivent le bord de ma nuisette là où la dentelle rencontre ma peau. Ils s'insinuent sous le tissu, à peine, juste le bout des doigts, juste assez pour que je sente leur chaleur directement sur ma peau nue. Dans le miroir, je voi
Il ne me touche pas. Pas encore. Ses mains restent le long de son corps, ses doigts immobiles, sa bouche à distance de ma nuque. Seul son reflet dans le miroir me touche, ses yeux d'orage qui croisent les miens dans la surface argentée, sa présence derrière moi qui me domine sans me toucher. —
Eryk blêmit. Ses mains retombent de mon visage comme des oiseaux morts. Il me regarde comme s'il ne me reconnaissait plus, comme si une étrangère avait pris la place de la femme qu'il aimait, usurpant ses traits, sa voix, son odeur. — Alors je t'aurai perdue pour toujours, murmure-t-il d'une vo







