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ATTRACTIONS 1
ATTRACTIONS 1
Author: Déesse

Chapitre 1 : L'Ultimatum

Author: Déesse
last update publish date: 2026-05-02 06:45:49

Lyanna

La fumée monte encore des faubourgs de Valcourt quand je pénètre dans la salle du conseil. L'odeur âcre du bois brûlé s'infiltre par les fenêtres mal calfeutrées, se mêle à la sueur froide des ministres, à la peur qui suinte des murs de pierre depuis vingt et un jours. Vingt et un jours que les bannières noires au loup d'argent flottent devant nos remparts. Vingt et un jours que je m'endors le ventre creux par solidarité avec mon peuple.

Mon père est effondré au bout de la table. Ses mains tremblent sur le bois usé. Il n'a pas dormi depuis une semaine. Je le sais parce que moi non plus. Les cernes sous mes yeux sont aussi creusés que les joues des enfants que j'ai vus hier dans la cour du temple, silencieux, résignés, les yeux trop grands dans leurs visages amaigris. Le chancelier Orvyn évite mon regard.

— Princesse Lyanna, prenez place, murmure-t-il.

Je ne m'assois pas. Mon corps tout entier est tendu comme la corde d'un arc.

— Combien de jours nous reste-t-il ?

Mon père lève les yeux. Ils sont rouges, bordés de larmes sèches.

— Aucun. Le roi Kael a envoyé un émissaire ce matin.

Mon cœur s'arrête. Une seconde. Deux. Puis repart, cognant contre mes côtes comme un poing désespéré.

— Une proposition de paix, continue Orvyn en déroulant un parchemin. Immédiate. Sans conditions de tribut ni d'occupation militaire.

Je sens le piège avant même qu'il n'ouvre la bouche. Je le sens dans le silence trop lourd, dans la main de mon père qui se crispe, dans la goutte de sueur qui perle sur la tempe du chancelier.

— En échange de quoi ?

— Votre main, princesse.

Ma main. Mon corps. Ma vie entière.

La salle tangue. Je secoue la tête, incrédule, furieuse, mon sang brûlant dans mes veines.

— Il assiège mon royaume, il affame mon peuple, il bombarde mes faubourgs et il ose demander ma main ? Dites-lui que je refuse. Dites-lui que je préfère mourir les armes à la main.

Je sors en claquant la porte, les joues en feu, la gorge nouée. Mes pas résonnent sur les dalles glacées. Je cours vers mes appartements, vers la seule personne capable d'apaiser cette rage qui me consume. Vers Eryk.

Mais je ne l'atteins pas.

Devant ma porte, un homme m'attend. Un soldat de Kael. Immense. Une cicatrice ancienne barre son visage. Il ne porte pas d'armure, juste une tunique noire aux armoiries du loup. Dans sa main gantée, un pli plus petit, plus discret que le message officiel.

— De la part de Sa Majesté.

Je devrais déchirer ce parchemin. Le piétiner. Lui jeter mon refus au visage. Mais mes doigts se referment sur le papier malgré moi. Je le déplie. L'écriture est précise, aristocratique, chaque lettre tracée avec une maîtrise absolue.

Un mot de toi, et j'épargne ton peuple. Un refus, et je rase Valcourt. Chaque pierre. Chaque tour. Chaque souvenir. Tu as trois jours pour choisir. Après cela, il n'y aura plus de choix du tout.

— Kael

Je relève les yeux. Ma voix tremble, mais c'est de rage.

— Votre roi écrit-il toujours à ses victimes avant de les broyer ?

L'homme ne cille pas.

— Sa Majesté écrit rarement. Quand il le fait, c'est qu'il est déjà certain de la réponse.

Il s'incline et disparaît dans l'escalier. Je m'adosse au mur glacé, le cœur cognant, le parchemin froissé dans mon poing serré.

Et soudain, je me souviens.

Six mois plus tôt. Le sommet des royaumes voisins. Une salle bondée de diplomates et de princes. Kael était là, adossé à un pilier, silencieux, en retrait. Je ne lui avais pas adressé la parole. Mais je l'avais senti. Son regard sur moi. Lourd, insistant, magnétique. Un regard qui s'attardait sur ma nuque quand je tournais la tête, sur mes lèvres quand je parlais, sur mes mains quand je gesticulais. Un regard qui m'avait troublée bien plus que je ne voulais l'admettre. Je me souviens d'avoir senti mes joues s'échauffer sans raison, ma respiration devenir plus courte, mes doigts se serrer sur ma coupe. Je me souviens d'avoir fui cette salle, le cœur battant, parce que quelque chose en moi avait répondu à ce regard silencieux. Quelque chose d'animal, d'instinctif, que j'avais immédiatement étouffé sous ma fierté.

Le messager l'a confirmé tout à l'heure à Orvyn, dans un murmure que j'ai surpris en partant :

Il ne vous regardait pas comme un ennemi, princesse. Il vous dévorait des yeux.

Il me dévorait des yeux.

Et maintenant, il veut le reste.

Ma peau frissonne à cette pensée. Pas seulement de peur. De quelque chose d'autre, d'inavouable, que je refuse de nommer. Quelque chose qui ressemble à une curiosité dangereuse, une fascination horrifiée. Comment seraient ses mains sur moi, ces mains qui tiennent une armée dans leur paume ? Comment serait son souffle contre ma nuque, ce souffle qui décide du sort des royaumes ? Mon ventre se contracte et je déteste cette sensation, je la repousse de toutes mes forces, mais elle est là, insidieuse, tenace comme une braise sous la cendre.

Trois jours. J'ai trois jours pour choisir entre mon peuple et ma liberté. Entre mon devoir et mon cœur. Entre la haine et quelque chose que je refuse encore de comprendre.

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