LOGINJe vois le visage de Déesse se fermer, je la vois refuser, je la vois chercher encore, et c'est alors que la chose arrive, la chose que Selve craignait, la chose que j'attendais depuis le premier jour.
La marque monte.
C'est imperceptible au début, un tremblement dans les mains de la vieille femme, un battement qui s'accélère sur sa gorge, puis ses yeux changent, le gris perle tourne au blanc total, et Selve fait un dernier effort, un ef
J'entends ses pas descendre l'échelle de la cale.Ils s'arrêtent à distance, à l'endroit exact où il s'arrête chaque fois, assez près pour être là, assez loin pour ne pas m'imposer sa présence, et il ne dit rien, parce qu'il ne dit jamais rien depuis l'île, il attend, il encaisse, et je sais, je le sais avec ma magie d'empathie qui me montre tout malgré moi, que son silence n'est pas de l'indifférence, que ses nuits sont aussi sans sommeil que les miennes, qu'il revit le geste chaque fois qu'il ferme les yeux, qu'il porte le poids de cette vieille femme dans ses bras comme il portera toujours le poids de tous les morts qu'il a dû donner.C'est précisément cela qui me met en fureur.Ce n'est pas qu'il ne souffre pas, c'est qu'il souffre et qu'il le referait, c'est qu'il a décidé que la mort de Selve était un prix acceptable
Je vois le visage de Déesse se fermer, je la vois refuser, je la vois chercher encore, et c'est alors que la chose arrive, la chose que Selve craignait, la chose que j'attendais depuis le premier jour.La marque monte.C'est imperceptible au début, un tremblement dans les mains de la vieille femme, un battement qui s'accélère sur sa gorge, puis ses yeux changent, le gris perle tourne au blanc total, et Selve fait un dernier effort, un effort qui contracte tout son corps frêle, et elle crie, de sa vraie voix, de la voix de l'herboriste d'autrefois.— MAINTENANT, FAITES-LE MAINTENANT, JE NE PEUX PLUS.Et Déesse ne bouge pas.Je la vois, ma reine, mon amour, je la vois paralysée entre son serment de guérir et la femme qui hurle, je la vois lever les mains pour tenter encore une fois l'impossible, et je vois la marque, moi, je vois la faim se déverser dans les yeux blancs
Nous courons.Nous courons à travers l'esplanade d'os tandis que l'île gémit sous nos pieds, tandis que les vertèbres-colonnes tremblent, tandis qu'un son monte du sol, un son qui n'est pas un son, une aspiration, un bruit de soif infinie, et je sens la faim courir derrière nous comme une meute, et je sais que la vieille femme là-bas, dans son palais de crâne, est en train de retenir son propre monstre à bout de bras pour nous laisser fuir, et que cette pitié-là, cette dernière pitié, est en train de nous sauver la vie.Nous atteignons le vaisseau, nous sautons à bord, les marins larguent les amarres avant même que j'aie fini de hurler l'ordre, et quand je me retourne vers l'île qui s'éloigne, je la vois, debout au bord de la plage d'os, toute petite dans sa robe blanche, et elle nous regarde partir, et elle lève une main frêle, et elle
Elle revient vers nous, et elle fait alors la chose que ni le Saigneur ni aucun des autres n'avaient faite, elle tombe à genoux devant moi, cette femme immortelle, cette dévoreuse de royaume, elle tombe à genoux et elle joint ses mains frêles comme une suppliante, et ses yeux gris perle se lèvent vers moi et ils sont remplis de larmes qui ne coulent pas, parce qu'elle n'a peut-être plus assez de vie en elle pour pleurer vraiment.— Tuez-moi, dit-elle simplement, je vous en supplie, je vous en conjure, j'ai tout essayé, le poison, la noyade, le feu, les lames, rien ne prend sur moi, la marque me reconstruit toujours, elle me fait boire la vie de tout ce qui m'entoure pour me réparer, même quand je ne veux pas, surtout quand je ne veux pas, alors tuez-moi, trouvez le moyen, vous qui avez brisé la marque du Saigneur, trouvez le moyen de briser la mienne, ou trouvez le moyen de me briser moi, j
Le sentier débouche sur une esplanade circulaire, pavée de plaques osseuses ajustées avec un soin d'orfèvre, et au centre de cette esplanade s'élève un palais qui n'est pas un palais, une demeure faite d'un seul crâne gigantesque, le crâne d'une créature qui devait mesurer cent mètres de long de son vivant, et dont la gueule ouverte forme une entrée, dont les orbites immenses servent de fenêtres, et devant cette gueule, sur un trône d'os entrelacés qui est presque banal dans ce décor, une femme est assise et nous attend.Je m'attendais à un monstre.La carte, les récits d'Aldrik, le nom même, la Mangeuse d'Os, tout cela m'avait préparé à une ogresse, à une créature difforme, à une hydre tapie dans un charnier.La femme assise sur le trône d'os est frêle.Elle est petite
Il va de bord en bord, son épée décrivant des arcs incessants, tranchant les formes qui s'approchent trop près, protégeant le vaisseau avec cette endurance qui n'appartient qu'à lui, pendant que je maintiens le cap, les deux mains plaquées sur la proue, toute ma volonté tendue vers l'est, vers le courant de la Veine que je sens à peine sous la coque, fragile comme un fil dans une tempête.Les heures passent, ou les jours, je ne sais plus, parce que dans la brume le temps perd sa mesure et seule la fatigue compte.Les Restes n'attaquent pas vraiment, c'est le pire, ils implorent, ils supplient, ils racontent leurs morts, ils récitent les noms de ceux qu'ils ont laissés, et chaque voix est une lame tournée dans une plaie, parce que je sais que j'ai causé cela, que ces lambeaux d'âmes sont le prix de ma chute, que cette mer entière est un cimetière dont je suis l'architecte.— Pardonnez-moi, murmuré-je entre mes dents serrées, sans relâcher le cap, pardonnez-moi, je ne peux pas vous pren
DéesseJ'ouvre les yeux.Le plafond est noir. Pas noir comme la nuit dehors, non ,noir comme une pierre polie depuis des siècles, veinée de reflets bleutés qui coulent lentement, comme des souvenirs liquides qui auraient oublié leur propre sens. Je fixe ces veines pendant un long moment. Elles boug
DéesseIl n'entre pas par la porte.Il n'entre par rien.Un battement de cils. Une respiration. Une seconde où je regarde le mur et la seconde suivante où je regarde autre chose et soudain il est là.Debout au milieu de ma chambre.Comme s'il avait toujours été là. Comme si c'était moi qui venais d
Déesse Sa réponse est immédiate. Presque blessée.— Je les envie.Le mot résonne dans la petite pièce. L'envie. La Silencieuse envie les simples, ceux qui ne savent pas, ceux qui ne voient pas, ceux qui n'ont pas à porter le poids de ce qu'ils savent.— Pourquoi suis-je ici, moi ?Je repose le pai
Déesse Elle recule d'un pas. Son ombre glisse sur le mur de pierre , trop grande, trop déformée, une ombre qui n'appartient pas à un corps humain.— Repose-toi. Demain, des gens viendront te voir. Des gens qui te connaissent mieux que tu ne te connais toi-même.— Attends ...— Des gens qui t'ont a







