LOGINUn soir, ils s’arrêtèrent dans une petite ville côtière, et Gabriel sortit son violon sur la plage déserte. Il joua pour elle, comme il l’avait fait tant de fois dans la cabane, comme il l’avait fait le soir du mariage. Les notes s’élevaient dans la nuit, se mêlaient au bruit des vagues, et Élise écoutait, les yeux fermés, le cœur gonflé d’un bonheur qu’elle n’aurait jamais cru possible.— Tu sais ce qui me rend la plus heureuse ? demanda-t-elle quand il eut fini.— Quoi ?— Que tout soit fini. La peur, les menaces, la prison dorée. Qu’on n’ait plus à se cacher. Qu’on soit libres. Vraiment libres.— On a toujours été libres, dit Gabriel. Même enfermés. Même menacés. Personne ne pouvait nous enlever ça.— Quoi donc ?— Notre amour. Notre capacité à nous battre. Notre certitude que rien ne pourrait jamais nous séparer.— Tu as raison. Mais c’est quand même mieux d’être libres pour de vrai.— Oui. C’est mieux.Le dernier jour de leur lune de miel, ils retournèrent à la cabane. Ils y étai
Puis Gabriel se leva à son tour. Il avait reposé sa veste, mais il tenait à la main un objet que personne n’avait encore remarqué : son violon.— Moi aussi, j’ai quelque chose à dire, annonça-t-il. Mais je vais le dire en musique.Il s’avança au centre de la piste, sous les lampions, et posa le violon sur son épaule. L’orchestre se tut, et le silence se fit. Il ferma les yeux, prit une inspiration, et commença à jouer.C’était le même air que dans la cabane, le premier soir où il avait joué pour Élise. Une mélodie simple, sans nom, qu’il avait inventée des années plus tôt et qui n’avait jamais été écrite nulle part. Une mélodie qui parlait de solitude, d’enfance, de dimanches après-midi dans une maison silencieuse. Qui parlait d’un père qui ne parlait pas, d’une mère qui souriait tristement, d’un grand-père mort dans une usine. Qui parlait d’Élise, de ce qu’elle avait changé, de ce qu’elle avait réparé.Les notes s’élevaient, pures, fragiles, et dansaient sous les étoiles. Personne ne
La fête avait lieu dans les jardins du manoir, sous les tilleuls centenaires que septembre commençait à peine à dorer. Les mêmes lampions multicolores que pour la fête de l’amitié zigzaguaient entre les branches, mais cette fois, ils étaient des centaines, formant une voûte de lumière sous le ciel étoilé. Les tables étaient dressées sur la pelouse, couvertes de nappes blanches, de vaisselle en porcelaine et de bouquets de roses trémières mêlées de pivoines, les préférées d’Élise. Un petit orchestre jouait des valses, des tangos, des airs de jazz qui faisaient danser les couples sur la piste improvisée.Au centre de la table d’honneur, Élise et Gabriel rayonnaient. Elle avait retiré son voile, mais gardé sa robe et la broche d’Hélène sur le cœur. Lui avait desserré sa cravate, abandonné sa veste sur le dossier de sa chaise, et riait aux éclats d’une histoire que racontait le vieux Lucien Morel, qui avait tenu à être là malgré ses quatre-vingt-sept ans.Les plats défilaient, les verres
— Aujourd’hui, je te promets de t’aimer. Pas seulement dans les jours heureux, mais aussi dans les jours difficiles. Pas seulement quand tout sera facile, mais aussi quand il faudra se battre. Je te promets d’être là, toujours, quoi qu’il arrive. De te protéger, de te soutenir, de te faire rire. Je te promets de vieillir avec toi. De revenir chaque année à la cabane, pour regarder les initiales qu’on a gravées. Je te promets d’être le père de nos enfants, le mari de ta vie, l’homme qui ne renoncera jamais.Sa voix se brisa sur les derniers mots, et il dut s’arrêter un instant, les yeux humides. Puis il sourit, et ajouta dans un souffle :— Je t’aime, Élise. Je t’aimerai toujours.Élise ne cherchait plus à retenir ses larmes. Elles coulaient librement sur ses joues, mais elle souriait. Elle souriait comme on sourit quand on est heureux, profondément heureux, sans retenue, sans peur.— Gabriel, dit-elle à son tour. Moi aussi, je me souviens de ce soir de septembre. Tu es arrivé sur ta m
Élise arriva devant l’autel, et Armand, avec une solennité pleine de tendresse, déposa la main de sa fille dans celle de Gabriel.— Prends soin d’elle, murmura-t-il.— Toute ma vie, répondit Gabriel.Armand hocha la tête, recula d’un pas, et alla s’asseoir à côté de Catherine, qui pleurait déjà sans retenue. Hélène lui tendit un mouchoir, sans cesser de pleurer elle-même.Le prêtre, un vieil homme à la voix douce qui avait baptisé Élise vingt-cinq ans plus tôt, ouvrit la cérémonie. Il parla de l’amour, du pardon, de la fidélité. Il parla du chemin parcouru, des épreuves surmontées, de la grâce qui se donne et qui se reçoit. Puis il se tourna vers Gabriel.— Gabriel Moreau, voulez-vous prendre pour épouse Élise Fortier, ici présente, et lui promettre fidélité, soutien et amour, pour le meilleur et pour le pire, jusqu’à ce que la mort vous sépare ?— Oui, je le veux.Sa voix était ferme, claire, sans l’ombre d’une hésitation.— Élise Fortier, voulez-vous prendre pour époux Gabriel Morea
La petite église du village n’avait jamais été aussi belle. Elle datait du XIIe siècle, avec ses murs de pierre blonde, ses vitraux anciens qui filtraient la lumière en éclats de rubis et de saphir, et son clocher trapu qui dominait les toits de tuiles. Pour l’occasion, on l’avait parée de fleurs – des roses trémières, bien sûr, celles du jardin d’Hélène, mêlées à des pivoines blanches et à des branchages de tilleul. Les bancs de bois ciré étaient couverts de rubans de soie, et un tapis de pétales de roses menait de la porte jusqu’à l’autel.À l’intérieur, l’assistance était déjà au complet. Les deux familles, mélangées pour la première fois dans un lieu public, occupaient les premiers rangs. Les Fortier d’un côté, les Moreau de l’autre – mais la frontière était floue, désormais, et l’on voyait des visages émus des deux côtés de l’allée centrale. Catherine et Hélène, côte à côte, se tenaient par la main. Rebecca, au deuxième rang, serrait contre elle un petit mouchoir brodé qu’elle n’







