Mag-log inGabriel resta silencieux un long moment, les yeux fixés sur le sol. Puis il releva la tête, et dans son regard, il y avait une gratitude immense, une émotion qu’il ne cherchait pas à cacher.— Pourquoi vous faites ça ? demanda-t-il.— Parce que je répare mes erreurs. Parce que j’apprends à être un père. Parce que c’est la seule chose juste à faire.— Et mon père ? Il est au courant ?— Oui. Je lui en ai parlé hier soir. Il m’a dit : « Fais-le. Mon fils le mérite. »— Il a dit ça ?— Mot pour mot.Gabriel sourit, secoua la tête, incrédule.— Alors d’accord. J’accepte. Mais à une condition.— Laquelle ?— Que vous travailliez avec moi. Pas seulement l’argent. Que vous veniez ici, de temps en temps, pour voir comment ça avance. Pour me donner des conseils.Armand le regarda, surpris, puis éclata de rire.— Tu veux que je mette les mains dans le cambouis ?— Pourquoi pas ? Vous disiez que vous aviez commencé comme ça.— C’était il y a quarante ans. Je ne sais même plus tenir une clé à mol
Armand arriva quelques minutes plus tard, à pied, vêtu d’un simple pantalon de toile et d’une veste de travail – lui qui ne portait jamais autre chose que des costumes. Il avait l’air presque gêné, comme un homme qui s’aventure en terrain inconnu, mais il souriait.— Tu es matinal, dit Gabriel en descendant de sa moto.— Je n’ai pas beaucoup dormi. Trop de choses dans la tête.— Bonnes ou mauvaises ?— Bonnes. Très bonnes.Ils entrèrent dans le garage. L’odeur familière de l’huile de vidange et de la limaille de fer les enveloppa. Les outils étaient rangés sur les établis, les ponts élévateurs étaient vides, et la vieille radio grésillait dans un coin. Gabriel prépara du café, le servit dans deux gobelets ébréchés, et ils s’assirent sur les chaises en métal, près de la machine à café.— Voilà, dit Armand après un long silence. Je suis venu te parler.— Je vous écoute.— Armand. Appelle-moi Armand. Je crois qu’on a dépassé le stade du vouvoiement, non ?— D’accord. Armand.Armand but u
Un silence absolu s’abattit sur la place. Même les oiseaux semblaient s’être tus.— Alors aujourd’hui, reprit Armand, je vous demande à vous aussi de lui pardonner. De lui rendre, dans vos cœurs, la place qu’il n’aurait jamais dû perdre. De le regarder non plus comme un coupable, mais comme une victime. Et de m’aider, tous ensemble, à réparer ce qui peut encore l’être.Il se tut, baissa la tête, et le silence dura encore quelques secondes. Puis quelqu’un, dans la foule, cria : « Bravo, monsieur Fortier ! » Et un autre : « Vive Étienne Moreau ! » Et les applaudissements reprirent, plus forts, plus nourris, roulant comme une vague sur la place ensoleillée.Étienne, qui n’avait rien dit jusque-là, s’avança à son tour. Il ne savait pas parler aux foules. Il n’avait jamais su. Mais il prit une longue inspiration, et il dit simplement :— Merci. Merci à tous. Merci à Armand. Aujourd’hui, je ne suis plus en colère. Aujourd’hui, je suis libre.Et ces mots, si simples, si vrais, déclenchèrent
Rebecca sursauta sur sa chaise, secoua la tête, murmura « non, non, ce n’est pas nécessaire ». Mais Armand insista.— C’est elle qui a mené l’enquête, reprit-il. Elle qui a retrouvé les preuves, les témoins, les documents. Elle qui a été menacée, agressée, blessée, et qui n’a jamais reculé. Sans elle, la vérité serait restée enfouie à jamais. Mademoiselle Delcourt, je vous dois tout. Nous vous devons tout.Rebecca se leva, les joues rouges, les yeux brillants, et fit un petit signe de la main, comme pour dire « ce n’est rien, ce n’est pas moi, c’est nous tous ». Mais les applaudissements redoublèrent, et elle dut se rasseoir, vaincue par l’émotion.Le reste de la conférence de presse se déroula dans une atmosphère de recueillement presque solennel. Les journalistes posèrent leurs questions, Armand et Étienne y répondirent, calmement, honnêtement, sans rien cacher. Ils racontèrent tout. L’amitié, l’ambition, l’arrivée de Vincent, la manipulation, le procès, la ruine. Et la réconciliati
La salle de conférence de l’hôtel de ville était comble. Les journalistes étaient venus de toute la région, et même au-delà – Nice, Marseille, Lyon, Paris. L’affaire Fortier-Moreau, qui avait fait les gros titres trente ans plus tôt, resurgissait soudain des limbes judiciaires, et tout le monde voulait savoir ce qui s’était passé. Comment un innocent avait-il pu être condamné ? Comment le vrai coupable avait-il échappé à la justice pendant trois décennies ? Et pourquoi, aujourd’hui, les deux ennemis d’hier se tenaient-ils côte à côte devant les caméras ?Armand Fortier s’avança vers le micro, vêtu d’un costume sombre qui lui donnait l’air grave et solennel. Il avait les traits tirés par des nuits sans sommeil, mais il se tenait droit, les épaules dégagées, le regard clair. À sa droite se tenait Étienne Moreau, silencieux, les mains croisées devant lui. À sa gauche, Catherine, Hélène, Élise, Gabriel, et Rebecca, assis au premier rang, le visage tendu par l’émotion.— Mesdames, messieur
Ils entrèrent, s’entassèrent dans le petit salon, s’assirent sur le canapé, sur les chaises, sur le rebord de la fenêtre. Et Armand prit la parole.— Mademoiselle Delcourt, dit-il d’une voix solennelle. Rebecca.— Monsieur Fortier.— Non. Armand. Appelez-moi Armand.— Armand, répéta-t-elle avec un sourire.— Je vous dois des excuses. Je vous ai menacée, intimidée, j’ai essayé de vous bannir de cette maison. Et vous, malgré tout, vous avez continué. Vous avez cherché, fouillé, déniché des preuves que personne n’avait trouvées en trente ans. Vous avez retrouvé des témoins, rassemblé des documents, monté un dossier en béton. Sans vous, je serais encore enfermé dans mon bureau, à ruminer ma haine.— Sans vous, renchérit Étienne, je serais encore debout devant mon mur, à regarder le ciel en me demandant ce que j’avais fait de mal.— Sans vous, dit Catherine, je n’aurais jamais osé parler à mon mari, lui dire la vérité.— Sans vous, ajouta Hélène, je n’aurais jamais rencontré Catherine, je







