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CHAPITRE 72 – Les parents ignorants

Author: L'encre
last update publish date: 2026-07-16 23:26:43

Alors il ne fit rien. Il ne posa pas de questions. Il ne chercha pas à savoir qui était ce Gabriel Moreau, d’où il venait, qui étaient ses parents. Il laissa sa fille tranquille, comme il le lui avait promis. Elle était libre. Elle avait toujours été libre. Et si elle avait choisi un mécanicien, c’était son droit, après tout. Les temps avaient changé. Les barrières sociales n’étaient plus ce qu’elles étaient. Un mécanicien pouvait devenir un gendre acceptable, pourvu qu’il fût travailleur, honn
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  • Aimer Sans Nom   CHAPITRE 203 – La découverte d’Armand

    — Je sais. Mais je ne veux pas me faire trop d’espoir. Il peut changer d’avis demain.— Peut-être. Mais peut-être pas. Peut-être qu’il est en train de vaciller.Il y eut un silence, puis la voix d’Élise reprit, plus basse, plus intense.— Rebecca, il faut que je te dise quelque chose. Quelque chose que je n’ai pas osé te dire avant.— Quoi donc ?— La photo que ma mère m’a donnée. Celle des trois hommes devant l’atelier. Vincent Delorme est au milieu. Il a un bras autour des épaules de mon père, et l’autre autour des épaules d’Étienne Moreau. Et il sourit. Il sourit comme s’il savait déjà ce qui allait arriver.— Qu’est-ce que tu veux dire ?— Je veux dire que cette photo, c’est une preuve. La preuve que Vincent Delorme était là, qu’il connaissait les deux hommes, qu’il les manipulait. Si on arrive à la montrer à mon père, à lui faire dire qui est cet homme, à lui faire admettre ce qu’il a fait...— Tu crois que ça suffirait ?— Non. Mais c’est un début. Avec la lettre que ton comptab

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    — Oui. Vraiment.— Ça se voit. Dans chaque mot. Chaque phrase.— Alors pourquoi tu ne peux pas accepter ?— Parce qu’accepter, ce serait reconnaître que j’ai eu tort. Que j’ai passé trente ans à haïr un innocent.— Ce n’est pas une faiblesse de reconnaître ses torts. C’est du courage.Armand releva la tête, regarda sa fille. Il y avait dans ses yeux quelque chose qui ressemblait à de la reddition.— Je ne sais pas si j’aurai ce courage, dit-il.— Moi, je crois que si. Sinon, tu ne serais pas là ce soir. Sinon, tu n’aurais pas gardé cette lettre au lieu de la détruire.Armand hocha la tête, lentement. Il ne dit plus rien. Il tourna les talons, sortit de la chambre, et redescendit l’escalier.Élise resta seule, le cœur battant. Elle ne savait pas si cette visite était une victoire ou une défaite. Mais elle savait que son père avait lu les mots de Gabriel, et qu’il ne les avait pas détruits. C’était un début. Un fragile début. Mais un début quand même.***Armand n’était pas monté se cou

  • Aimer Sans Nom   CHAPITRE 201 – La lettre clandestine

    Mais Armand n’était pas dupe. Il savait que sa fille n’était pas aussi isolée qu’il l’aurait voulu. Il voyait les visites de Rebecca, les plateaux que Catherine montait à des heures indues, les chuchotements dans les couloirs. Il avait engagé un homme, un ancien policier reconverti dans la sécurité privée, pour surveiller discrètement les allées et venues autour du manoir. Et cet homme, un soir, intercepta une lettre.Ce n’était pas une lettre d’Élise. C’était une lettre de Gabriel, que Rebecca avait glissée dans un livre qu’elle apportait à son amie. Le livre était un roman de Proust, À l’ombre des jeunes filles en fleurs, que Catherine avait demandé à Rebecca de lui procurer – « pour distraire Élise », avait-elle dit. La lettre était cachée entre les pages 142 et 143, pliée en huit, minuscule. L’homme de main d’Armand la trouva en feuilletant le livre, l’ouvrit, la lut, et la porta immédiatement à son employeur.Armand la lut dans son bureau, debout devant la fenêtre, à la lumière d

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    — Je l’ai gardée. Pendant trente ans. Je ne sais pas pourquoi. Peut-être pour me souvenir. Peut-être pour ne pas oublier ce que le silence peut faire.Élise leva les yeux vers sa mère, et pour la première fois depuis des semaines, elle la vit vraiment. Pas la mère effacée, silencieuse, soumise. La femme qui avait souffert, qui avait douté, qui avait résisté à sa manière, dans l’ombre, sans que personne ne le sache.— Merci, maman, murmura-t-elle.— De quoi ?— De ne plus te taire.Catherine s’assit sur le lit, prit la main de sa fille, et elles restèrent là, dans la pénombre, la photo posée entre elles comme une preuve, comme une arme, comme une promesse. La promesse que le silence était brisé. Que la vérité finirait par éclater. Et que rien, jamais, ne serait plus comme avant.***Depuis que le téléphone d’Élise avait été confisqué, les mots étaient devenus leur seule monnaie d’échange. Des mots écrits à la main, sur du papier ordinaire, pliés en minuscules carrés que Rebecca transpo

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    Elle se souvenait de la façon dont Vincent regardait Armand. Pas comme un associé regarde un associé. Pas comme un consultant regarde un client. Il le regardait avec une sorte de fascination, de convoitise presque, comme s’il voulait posséder quelque chose qu’Armand avait. Sa force. Sa réussite. Sa femme, peut-être. Ou peut-être les trois à la fois.Elle n’avait jamais aimé cette façon de regarder. Elle en avait parlé à Armand, une fois, timidement, en choisissant ses mots.— Tu ne trouves pas que Vincent est un peu trop... présent ?— Trop présent ? Il travaille avec nous. C’est normal qu’il soit présent.— Je ne sais pas. Il y a quelque chose dans son regard. Une façon de te fixer qui me met mal à l’aise.Armand avait ri, de ce rire condescendant qu’il avait parfois quand il jugeait les inquiétudes de sa femme futiles ou exagérées.— Tu es jalouse, ma chérie. C’est touchant, mais c’est ridicule.— Je ne suis pas jalouse. Je suis inquiète.— Il n’y a pas de quoi s’inquiéter. Vincent

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