LOGINChapitre 7 : La colère d'un père (2)
Il ne l'a pas connue sous ce nom. À l'époque, elle utilisait un nom de scène, un pseudonyme italien qu'elle trouvait plus élégant pour ses concerts. Mais il a reconnu la photo dans le dossier, une petite photo d'identité en noir et blanc où l'on voyait une jeune femme blonde aux yeux clairs, un sourire timide aux lèvres.Le même sourire que Christiane.
Cette découverte l'a bouleversé. Il ne l'a dit à personne. Il a gardé ce secret enfoui au fond de lui, comme une braise qui couve sous la cendre. Mais il sait. Il sait que ses soupçons sont fondés. Il sait qui est vraiment Christiane Bennett.
Et c'est pour cela qu'il doit la protéger. Pas seulement parce qu'elle peut sauver Miguel. Mais parce qu'il a une dette envers elle. Une dette contractée il y a plus de vingt ans, auprès d'une femme qu'il a aimée et qu'il a perdue.
Xavier se lève brusquement. Le whisky lui monte un peu à la tête, mais il s'en moque. Il marche jusqu'à la bibliothèque et actionne un mécanisme dissimulé derrière une rangée de livres. Un compartiment secret s'ouvre, révélant un petit coffre-fort.
Il compose le code – la date de naissance de Miguel – et sort du coffre une enveloppe jaunie par le temps. Elle contient une photo, une seule. Une femme blonde, assise devant un piano à queue. Elle ne regarde pas l'objectif. Elle est penchée sur le clavier, absorbée par la musique, ses doigts effleurant les touches avec une grâce aérienne.
Célestine.
Il l'a rencontrée lors d'un gala de charité. Elle était la pianiste invitée, la vedette de la soirée. Lui était un jeune entrepreneur ambitieux, déjà riche, déjà puissant, mais encore capable de tomber amoureux.
Leur liaison avait été brève, intense, secrète. La famille de Xavier avait d'autres projets pour lui – un mariage arrangé avec Éléonore, l'héritière d'une autre dynastie industrielle. Mais pendant quelques mois, Xavier avait goûté à ce que pouvait être l'amour véritable. Un amour libre, passionné, qui ne tenait compte ni des conventions sociales ni des stratégies financières.
Et puis Célestine avait disparu. Du jour au lendemain, sans un mot d'explication. Xavier avait cherché à la retrouver, avait remué ciel et terre. En vain. Il avait fini par épouser Éléonore, par accomplir son devoir. Mais il n'avait jamais oublié la pianiste blonde.
Ce n'est que des années plus tard, en tombant sur le dossier de Christiane, qu'il a compris. Célestine était enceinte quand elle est partie. Enceinte de lui. Et Christiane n'est autre que l'enfant qu'ils ont conçu ensemble.
Sa fille.
Le mot lui brûle la poitrine. Il n'a jamais osé le prononcer à voix haute. Il n'a jamais osé révéler à Christiane la vérité sur ses origines. Comment le pourrait-il ? Comment lui expliquer qu'il l'a abandonnée avant même sa naissance, qu'il n'a jamais su qu'elle existait, qu'il a passé plus de vingt ans dans l'ignorance de sa propre paternité ?
Elle le haïrait. Elle le mépriserait. Et elle aurait raison.
Alors il se tait. Il garde le secret. Il se contente d'agir dans l'ombre, de lui offrir cette chance qu'il n'a pas su donner à sa mère.
Xavier replace la photo dans son enveloppe, referme le coffre et le compartiment secret. Il se rassied à son bureau, le visage grave.
Tout est en place. Le contrat est signé. Christiane a accepté le marché. Dans un mois, elle épousera Miguel.
Xavier espère que ce mariage arrangé sauvera son fils. Mais au fond de lui, il caresse un espoir plus secret, plus égoïste : que ce mariage lui permettra de réparer, un peu, les erreurs du passé. Qu'en protégeant Christiane, il pourra enfin honorer la mémoire de Célestine. Qu'en les rapprochant, elle et Miguel, il pourra créer une véritable famille, unie non par le sang mais par l'amour.
C'est un pari risqué. Un pari insensé, presque. Mais Xavier Perrin n'a jamais reculé devant le risque.
Il éteint les lumières de son bureau et se dirige vers la sortie. Dans le couloir, Mademoiselle Delorme, fidèle à son poste malgré l'heure tardive, le salue d'un signe de tête.
« Bonne soirée, monsieur Perrin. »
« Bonne soirée, mademoiselle Delorme. »
Il prend l'ascenseur jusqu'au parking souterrain. Sa voiture, une berline noire aux vitres teintées, l'attend dans son emplacement réservé. Il s'installe au volant et met le contact.
Avant de démarrer, il s'accorde un instant. Il songe à Miguel, qui doit être en train de ruminer sa colère dans son appartement. Il songe à Christiane, qui doit être chez elle, terrifiée par le marché qu'elle vient de conclure. Il songe à Célestine, disparue depuis si longtemps mais toujours présente dans son cœur.
« Ne m'en veux pas », murmure-t-il. « Je fais ce que je peux. Je fais ce que je peux. »
Puis il enclenche la vitesse et s'éloigne dans la nuit.
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La clinique des Cèdres est un bâtiment blanc posé sur une colline verdoyante, à l'écart du tumulte de la ville. C'est un établissement de luxe, fréquenté par les familles les plus aisées de la région, où l'on traite les patients comme des clients de marque et où les chambres ressemblent à des suites d'hôtel.
Juliette Mercier y est transférée trois jours après la signature du contrat. Un vendredi matin, sous un ciel bas et gris qui promet de la pluie pour l'après-midi.
Christiane assiste au transfert, assise à l'arrière de l'ambulance privée, la main de sa tante dans la sienne. Juliette est faible, très faible. L'opération est prévue dans une semaine, et d'ici là, elle doit reprendre des forces.
« Tu ne devrais pas t'inquiéter autant pour moi », murmure Juliette en lui caressant les doigts. « Je suis une vieille femme. J'ai eu une belle vie. »
« Tu n'es pas vieille. Et ta vie n'est pas finie. »
Juliette sourit faiblement. « Tu as toujours été tellement sérieuse, ma chérie. Tellement responsable. Parfois, j'aurais aimé que tu sois un peu plus insouciante. »
« L'insouciance est un luxe que je n'ai jamais pu me permettre. »
« Je sais. Et c'est ma faute. J'aurais dû t'offrir une vie meilleure. »
Christiane secoue la tête. « Tu m'as offert la meilleure vie possible. Tu m'as élevée, aimée, protégée. Tu as sacrifié ta carrière, tes rêves, pour moi. Je ne te remercierai jamais assez. »
Les yeux de Juliette s'embuent. « J'ai fait ce que n'importe quelle mère aurait fait. Parce que c'est ce que je suis, au fond. Ta mère. Pas celle qui t'a mise au monde, mais celle qui t'a vue grandir. »
Christiane sent l'émotion lui serrer la gorge. Elle embrasse le front de sa tante et lui promet de revenir le soir même.
Une semaine plus tard, l'opération est un succès. Le chirurgien, un homme au sourire rassurant et aux mains d'or, annonce à Christiane que Juliette est hors de danger. La convalescence sera longue, plusieurs mois, mais son cœur est désormais hors de danger.
Christiane pleure en apprenant la nouvelle. Elle pleure de soulagement, de gratitude, d'épuisement. Elle pleure toutes les larmes qu'elle a retenues depuis le début de cette épreuve.
Et puis elle se ressaisit. Elle s'essuie le visage, se redresse, et sort son téléphone.
Elle envoie un SMS à Xavier Perrin.
« L'opération s'est bien passée. Merci. Je suis prête à tenir ma part du contrat. »
La réponse arrive quelques minutes plus tard :
« Bien. Rendez-vous lundi matin pour organiser les fiançailles. »
Christiane range le téléphone. Fiançailles. Le mot sonne comme une sentence.
Elle se tourne vers la fenêtre de la chambre. Dehors, le ciel s'est enfin dégagé. Un rayon de soleil perce à travers les nuages et vient éclairer le visage endormi de Juliette.
Christiane sourit tristement.
« Je l'ai fait, tante Juliette. Tu es sauvée. Je ne regrette rien. »
Mais au fond d'elle-même, une petite voix murmure que les regrets viendront plus tard. Avec leur lot de souffrances, de complications et de chagrins.
Pour l'instant, elle a gagné. Le prix à payer, elle le découvrira bien assez tôt.
Chapitre 159 : Épilogue – Les cercles parfaitsUn an plus tard.L'automne avait paré le jardin de ses plus belles couleurs. Les érables flamboyaient d'or et de pourpre, les chrysanthèmes ouvraient leurs corolles généreuses dans les massifs, et les dernières roses de la saison embaumaient l'air d'un parfum entêtant et mélancolique.Sous la pergola, la table dominicale était dressée comme chaque semaine, avec la nappe blanche héritée de la mère de Xavier et les couverts en argent frappés aux armes de la famille Perrin.Mais aujourd'hui, un couvert supplémentaire avait été ajouté un minuscule couvert en argent miniature, posé à côté de l'assiette de Christiane, comme une promesse encore tenue secrète.Christiane apparut sur le seuil de la villa, et tous les regards convergèrent vers elle.Elle portait une robe de maternité en mousseline bleu pâle qui soulignait avec grâce la rondeur de son ventre.Ses cheveux, plus longs et plus brillants que jamais, cascadaient sur ses épaules, et son
Chapitre 158 : Les ailes du matinIls rentrèrent à la villa trois jours plus tard, les joues hâlées par le soleil, les cœurs gonflés de souvenirs précieux.Xavier les accueillit sur le perron, un sourire entendu aux lèvres, et Juliette, qui était venue passer quelques jours auprès de sa nièce, les serra tour à tour dans ses bras en s'exclamant sur leur mine radieuse.« Vous avez l'air d'avoir conquis le monde », remarqua-t-elle avec un clin d'œil complice à Christiane.« Nous avons conquis bien plus que cela », répondit Miguel en passant un bras autour de la taille de sa femme. « Nous avons conquis le droit d'être heureux. »Le déjeuner dominical qui suivit fut un moment de grâce simple. La table avait été dressée dans le jardin, sous la pergola de glycines que Christiane avait elle-même restaurée des mois auparavant, et les bougainvilliers en fleurs formaient un dais de pourpre et de fuchsia au-dessus de leurs têtes.Juliette, dont la santé s'était miraculeusement rétablie grâce au
Chapitre 157 : Le murmure des vaguesLe lendemain, ils prirent la route ensemble, sans destination précise.Miguel avait proposé cette escapade au réveil, alors qu'ils savouraient un petit-déjeuner tardif sur la terrasse, et Christiane avait accepté avec un empressement joyeux qui l'avait fait sourire.« Où allons-nous ? » avait-elle demandé en nouant un foulard léger autour de ses cheveux.« Là où le vent nous portera », avait-il répondu avec un clin d'œil.Ils roulèrent pendant des heures à travers la campagne, fenêtres baissées, laissant l'air chaud de l'été caresser leurs visages. Les champs de blé déroulaient leurs vagues dorées à perte de vue, ponctués çà et là de coquelicots écarlates et de bleuets timides. Des villages de pierre blonde surgissaient au détour des collines, avec leurs clochers romans et leurs places ombragées de platanes centenaires.Christiane, la tête renversée contre l'appui-tête, regardait défiler le paysage avec des yeux émerveillés.« J'ai l'impression d
Chapitre 156: La chambre nuptialeLa villa Perrin s'était parée de silence. Les derniers invités s'étaient retirés depuis longtemps, emportant avec eux les échos des rires et des musiques, et ne demeurait plus, sous la voûte étoilée de cette nuit de juin, que le souffle tiède d'un vent caressant les glycines endormies.Dans la chambre nuptiale, préparée avec un soin infini par les domestiques, des pétales de roses blanches et pourpres dessinaient un chemin vers le grand lit à baldaquin, tandis que des bougies parfumées à la vanille et au jasmin projetaient sur les murs des ombres dansantes.Christiane se tenait devant la fenêtre ouverte, les mains posées sur le rebord de pierre. Elle n'avait pas encore retiré sa robe, cette merveille de mousseline et de dentelle qu'une amie modiste avait cousue pour elle durant des semaines, chaque point portant l'empreinte d'une affection sincère.Le voile, déposé sur un fauteuil, scintillait faiblement dans la pénombre.Elle respirait lentement, le
Chapitre 155 : Le festin du cœurLe jardin de la villa s'était métamorphosé en un écrin de verdure et de lumières.De longues tables de bois brut avaient été dressées sous une tonnelle de glycines, recouvertes de nappes de lin blanc bordées de dentelle artisanale.Des bouquets champêtres, composés de lavande, de marguerites et d'épis de blé, décoraient les centres de table avec une élégance rustique.Des lanternes en papier de riz pendaient aux branches des arbres, attendant que la nuit tombe pour s'illuminer comme des étoiles captives.Des bougies parfumées à la fleur d'oranger brûlaient sur les rebords des fenêtres, mêlant leur fragrance à celle des roses du jardin.Christiane et Miguel prirent place au centre de la table principale, entourés de Xavier, Juliette, Éloïse et Darius.Les autres invités se répartirent autour d'eux dans un joyeux désordre, impatients de célébrer cette union si longtemps attendue.Le repas avait été confié aux cuisines de la meilleure auberge de la région
Chapitre 154 : Les vœux sous le ciel infiniLorsqu'ils sortirent de la chapelle, Christiane et Miguel furent accueillis par une volée de pétales de roses que les invités jetaient à pleines mains. Les pétales tourbillonnaient dans l'air tiède avant de se poser sur leurs épaules, leurs cheveux, le voile de la mariée qui flottait doucement au vent.Le soleil de midi baignait la colline d'une lumière dorée qui rendait tout irréel, comme suspendu dans un tableau de maître. Les champs de lavande ondulaient à perte de vue, exhalant un parfum entêtant qui se mêlait à celui des glycines et des roses. Des papillons blancs dansaient autour des jeunes mariés, ajoutant à la scène une touche de magie.« Regarde, murmura Christiane en désignant le ciel. Même les oiseaux nous saluent. »Une volée d'hirondelles passait à ce moment précis, leurs ailes fines découpant des arabesques dans l'azur. Miguel serra la main de son épouse.« Ce sont nos mères, j'en suis sûr. Elles sont venues nous bénir. »Ju
Chapitre 28: À l'ombre de l'exPenthouse de Madison Lombardie Minuit, cinq jours avant le mariage, elle ne dormait pas. Allongée sur son lit king-size, drapée dans un nuage de satin ivoire, elle faisait défiler son téléphone d'un pouce nerveux.La lueur bleutée de l'écran découpait son visage dans
Chapitre 6 : Le désespoir d'un pèreResté seul dans son bureau, Xavier Perrin reste immobile pendant de longues minutes. La confrontation avec son fils l'a épuisé, plus encore que les négociations les plus difficiles, plus que les conseils d'administration les plus houleux. Il y a une forme de fatig
Chapitre 5: Les unes du scandale (2) Darius a raison. Son père va le tuer. Ce n'est pas la première fois qu'il fait la une des tabloïds, mais cette fois, les photos sont particulièrement compromettantes. Il y a des limites à ce que le service juridique de Perrin Industries peut étouffer.Il devrai
Chapitre 4 : Les unes du scandale (1)À l'autre bout de la ville, dans une tour d'habitation ultrasécurisée qui surplombe les quartiers chics, une silhouette masculine émerge lentement du sommeil. La chambre est plongée dans la pénombre, rideaux occultants tirés sur les fenêtres, et l'air y est lo







