Share

Chapitre 7

Author: KellyKarly
last update Petsa ng paglalathala: 2025-09-14 20:58:04

Chapitre 7 : La colère d'un père (2)

Il ne l'a pas connue sous ce nom. À l'époque, elle utilisait un nom de scène, un pseudonyme italien qu'elle trouvait plus élégant pour ses concerts. Mais il a reconnu la photo dans le dossier, une petite photo d'identité en noir et blanc où l'on voyait une jeune femme blonde aux yeux clairs, un sourire timide aux lèvres.

Le même sourire que Christiane.

Cette découverte l'a bouleversé. Il ne l'a dit à personne. Il a gardé ce secret enfoui au fond de lui, comme une braise qui couve sous la cendre. Mais il sait. Il sait que ses soupçons sont fondés. Il sait qui est vraiment Christiane Bennett.

Et c'est pour cela qu'il doit la protéger. Pas seulement parce qu'elle peut sauver Miguel. Mais parce qu'il a une dette envers elle. Une dette contractée il y a plus de vingt ans, auprès d'une femme qu'il a aimée et qu'il a perdue.

Xavier se lève brusquement. Le whisky lui monte un peu à la tête, mais il s'en moque. Il marche jusqu'à la bibliothèque et actionne un mécanisme dissimulé derrière une rangée de livres. Un compartiment secret s'ouvre, révélant un petit coffre-fort.

Il compose le code – la date de naissance de Miguel – et sort du coffre une enveloppe jaunie par le temps. Elle contient une photo, une seule. Une femme blonde, assise devant un piano à queue. Elle ne regarde pas l'objectif. Elle est penchée sur le clavier, absorbée par la musique, ses doigts effleurant les touches avec une grâce aérienne.

Célestine.

Il l'a rencontrée lors d'un gala de charité. Elle était la pianiste invitée, la vedette de la soirée. Lui était un jeune entrepreneur ambitieux, déjà riche, déjà puissant, mais encore capable de tomber amoureux.

Leur liaison avait été brève, intense, secrète. La famille de Xavier avait d'autres projets pour lui – un mariage arrangé avec Éléonore, l'héritière d'une autre dynastie industrielle. Mais pendant quelques mois, Xavier avait goûté à ce que pouvait être l'amour véritable. Un amour libre, passionné, qui ne tenait compte ni des conventions sociales ni des stratégies financières.

Et puis Célestine avait disparu. Du jour au lendemain, sans un mot d'explication. Xavier avait cherché à la retrouver, avait remué ciel et terre. En vain. Il avait fini par épouser Éléonore, par accomplir son devoir. Mais il n'avait jamais oublié la pianiste blonde.

Ce n'est que des années plus tard, en tombant sur le dossier de Christiane, qu'il a compris. Célestine était enceinte quand elle est partie. Enceinte de lui. Et Christiane n'est autre que l'enfant qu'ils ont conçu ensemble.

Sa fille.

Le mot lui brûle la poitrine. Il n'a jamais osé le prononcer à voix haute. Il n'a jamais osé révéler à Christiane la vérité sur ses origines. Comment le pourrait-il ? Comment lui expliquer qu'il l'a abandonnée avant même sa naissance, qu'il n'a jamais su qu'elle existait, qu'il a passé plus de vingt ans dans l'ignorance de sa propre paternité ?

Elle le haïrait. Elle le mépriserait. Et elle aurait raison.

Alors il se tait. Il garde le secret. Il se contente d'agir dans l'ombre, de lui offrir cette chance qu'il n'a pas su donner à sa mère.

Xavier replace la photo dans son enveloppe, referme le coffre et le compartiment secret. Il se rassied à son bureau, le visage grave.

Tout est en place. Le contrat est signé. Christiane a accepté le marché. Dans un mois, elle épousera Miguel.

Xavier espère que ce mariage arrangé sauvera son fils. Mais au fond de lui, il caresse un espoir plus secret, plus égoïste : que ce mariage lui permettra de réparer, un peu, les erreurs du passé. Qu'en protégeant Christiane, il pourra enfin honorer la mémoire de Célestine. Qu'en les rapprochant, elle et Miguel, il pourra créer une véritable famille, unie non par le sang mais par l'amour.

C'est un pari risqué. Un pari insensé, presque. Mais Xavier Perrin n'a jamais reculé devant le risque.

Il éteint les lumières de son bureau et se dirige vers la sortie. Dans le couloir, Mademoiselle Delorme, fidèle à son poste malgré l'heure tardive, le salue d'un signe de tête.

« Bonne soirée, monsieur Perrin. »

« Bonne soirée, mademoiselle Delorme. »

Il prend l'ascenseur jusqu'au parking souterrain. Sa voiture, une berline noire aux vitres teintées, l'attend dans son emplacement réservé. Il s'installe au volant et met le contact.

Avant de démarrer, il s'accorde un instant. Il songe à Miguel, qui doit être en train de ruminer sa colère dans son appartement. Il songe à Christiane, qui doit être chez elle, terrifiée par le marché qu'elle vient de conclure. Il songe à Célestine, disparue depuis si longtemps mais toujours présente dans son cœur.

« Ne m'en veux pas », murmure-t-il. « Je fais ce que je peux. Je fais ce que je peux. »

Puis il enclenche la vitesse et s'éloigne dans la nuit.

---

La clinique des Cèdres est un bâtiment blanc posé sur une colline verdoyante, à l'écart du tumulte de la ville. C'est un établissement de luxe, fréquenté par les familles les plus aisées de la région, où l'on traite les patients comme des clients de marque et où les chambres ressemblent à des suites d'hôtel.

Juliette Mercier y est transférée trois jours après la signature du contrat. Un vendredi matin, sous un ciel bas et gris qui promet de la pluie pour l'après-midi.

Christiane assiste au transfert, assise à l'arrière de l'ambulance privée, la main de sa tante dans la sienne. Juliette est faible, très faible. L'opération est prévue dans une semaine, et d'ici là, elle doit reprendre des forces.

« Tu ne devrais pas t'inquiéter autant pour moi », murmure Juliette en lui caressant les doigts. « Je suis une vieille femme. J'ai eu une belle vie. »

« Tu n'es pas vieille. Et ta vie n'est pas finie. »

Juliette sourit faiblement. « Tu as toujours été tellement sérieuse, ma chérie. Tellement responsable. Parfois, j'aurais aimé que tu sois un peu plus insouciante. »

« L'insouciance est un luxe que je n'ai jamais pu me permettre. »

« Je sais. Et c'est ma faute. J'aurais dû t'offrir une vie meilleure. »

Christiane secoue la tête. « Tu m'as offert la meilleure vie possible. Tu m'as élevée, aimée, protégée. Tu as sacrifié ta carrière, tes rêves, pour moi. Je ne te remercierai jamais assez. »

Les yeux de Juliette s'embuent. « J'ai fait ce que n'importe quelle mère aurait fait. Parce que c'est ce que je suis, au fond. Ta mère. Pas celle qui t'a mise au monde, mais celle qui t'a vue grandir. »

Christiane sent l'émotion lui serrer la gorge. Elle embrasse le front de sa tante et lui promet de revenir le soir même.

Une semaine plus tard, l'opération est un succès. Le chirurgien, un homme au sourire rassurant et aux mains d'or, annonce à Christiane que Juliette est hors de danger. La convalescence sera longue, plusieurs mois, mais son cœur est désormais hors de danger.

Christiane pleure en apprenant la nouvelle. Elle pleure de soulagement, de gratitude, d'épuisement. Elle pleure toutes les larmes qu'elle a retenues depuis le début de cette épreuve.

Et puis elle se ressaisit. Elle s'essuie le visage, se redresse, et sort son téléphone.

Elle envoie un SMS à Xavier Perrin.

« L'opération s'est bien passée. Merci. Je suis prête à tenir ma part du contrat. »

La réponse arrive quelques minutes plus tard :

« Bien. Rendez-vous lundi matin pour organiser les fiançailles. »

Christiane range le téléphone. Fiançailles. Le mot sonne comme une sentence.

Elle se tourne vers la fenêtre de la chambre. Dehors, le ciel s'est enfin dégagé. Un rayon de soleil perce à travers les nuages et vient éclairer le visage endormi de Juliette.

Christiane sourit tristement.

« Je l'ai fait, tante Juliette. Tu es sauvée. Je ne regrette rien. »

Mais au fond d'elle-même, une petite voix murmure que les regrets viendront plus tard. Avec leur lot de souffrances, de complications et de chagrins.

Pour l'instant, elle a gagné. Le prix à payer, elle le découvrira bien assez tôt.

Patuloy na basahin ang aklat na ito nang libre
I-scan ang code upang i-download ang App

Pinakabagong kabanata

  • Amour Fortuite    Chapitre 50

    Chapitre 50: L'éclat de rireVilla des Perrin à quelques soirs plus tard. Le crépuscule de décembre enveloppait la villa d'une lumière mauve, froide et silencieuse. Les journées raccourcissaient, le givre ourlait les pelouses à la tombée du jour, et les cèdres centenaires étiraient leurs ombres décharnées sur les allées désertes. Christiane rentrait de la Tour, fourbue mais apaisée par l'odeur de feu de bois qui flottait dans le hall.Depuis quelques jours, elle avait pris l'habitude de passer par le petit salon avant de monter dans sa chambre.Un détour discret, presque superstitieux, pour vérifier si la tasse de thé au jasmin apparaîtrait de nouveau sur la table basse.Ce soir-là, elle n'eut pas besoin d'aller jusque-là.En traversant la galerie qui menait à l'escalier, elle perçut un son.Un son si inhabituel, si étranger à la pesanteur de cette maison, qu'elle s'arrêta net. Cela venait de la bibliothèque, dont la porte était restée entrouverte. Une lumière tamisée filtrait par

  • Amour Fortuite    Chapitre 49

    Chapitre 49: Dîner en solitaireLa nuit était tombée depuis longtemps sur les collines. Un vent d'est s'était levé, faisant gémir les cèdres centenaires et claquer doucement les persiennes de l'aile Ouest. Dans la cuisine de la villa, Christiane Bennett non, Christiane Perrin, elle ne s'habituait pas à ce nom nouait un tablier de toile écrue autour de sa taille, les gestes empreints d'une détermination tranquille.Les domestiques étaient rentrés chez eux depuis une heure. Madame Hawthorne elle-même avait éteint les lumières des communs et s'était retirée dans ses appartements. Pour la première fois depuis son arrivée dans cette maison, la grande demeure était à elle. Ce silence n'était plus hostile ; il était simplement vide, et ce vide, elle pouvait peut-être le remplir.Elle avait passé l'après-midi à ruminer le dîner de la veille. L'humiliation publique, les piques de Madison, le mutisme de Miguel. À un moment, elle avait failli appeler Ernest pour vider son cœur dans la serre, ma

  • Amour Fortuite    Chapitre 48

    Chapitre 48 : Plus forte que jamais.Quelques minutes après, les domestiques arrivent. En rang comme des servantes à l'église catholique. Elles n'étaient pas venues seules. Elles étaient accompagnées.Par un dessert.Sans même le voir, Christiane Bennett avait la bouche amère. Mais elle garde sa dignité et patiente encore. Juste un peu. Pour que cette soirée s'achève.Xavier reporta son attention sur le dessert que les domestiques apportaient, une pièce montée au chocolat qui n'eut aucun mal à capter les regards. Les conversations reprirent, hachées et nerveuses, chacun s'efforçant de noyer la tension dans des banalités sur le temps et les vacances de Noël.Christiane, elle, ne toucha pas au dessert. Elle fixait la nappe, le cœur battant encore, les mains moites sous la table.Elle avait tenu tête. Elle avait répondu sans s'effondrer, sans pleurer, sans donner à Madison le spectacle de sa défaite. Mais l'humiliation était là, brûlante. On avait publiquement rappelé ses origines, on

  • Amour Fortuite    Chapitre 47

    Chapitre 47 : L'humiliation publiqueVilla des Perrin à la salle à manger, le vendredi soir suivant. Le dîner familial hebdomadaire, imposé par Xavier Perrin avec la même rigidité qu'une réunion du conseil d'administration, battait son plein dans la grande salle à manger de la villa. Les lustres de cristal, allumés pour l'occasion, jetaient sur la table une lumière d'apparat qui soulignait le contraste entre le luxe du décor et la tension palpable qui y régnait.La table avait été dressée pour huit convives.Xavier présidait à une extrémité, le dos droit, le visage impassible, observant l'assemblée avec une attention de maître de cérémonie.À sa droite siégeait Christiane, dans une robe droite bleu marine qu'elle avait achetée quelques jours plus tôt pour ne pas déparer un vêtement simple, élégant sans ostentation, qui soulignait sa taille fine et la pâleur lumineuse de sa peau. À la gauche de Xavier, Miguel, affalé sur sa chaise, les doigts jouant avec le pied de son verre de vin,

  • Amour Fortuite    Chapitre 46

    Chapitre 46: Rocaille du parcMiguel ne l'avait jamais vue rire. Il ne l'avait jamais vue autrement que raide et muette, les épaules crispées, le regard fuyant, dans la salle à manger ou le bureau de son père. Il l'avait crue terne. Effacée. Une souris grise, comme disait Madison. Une présence négligeable.Mais cette femme-là, dans le jardin, n'avait rien d'effacé. Elle était… vivante. Radieuse, presque.Il plissa les yeux, agacé par sa propre fascination. Il n'était pas censé la trouver belle. Il n'était pas censé la regarder du tout. Elle n'était qu'une pièce rapportée, un pion dans le jeu de son père, une obligation contractuelle. Rien de plus.Et pourtant, il ne parvenait pas à détourner le regard.Ernest tendit une binette à Christiane, et elle la prit avec des gestes précis, presque experts. Elle se pencha sur le massif, ses doigts agiles dégageant la terre autour d'un rosier ancien. Le vieux jardinier lui dit quelque chose, et elle rit de nouveau, ce même rire limpide qui vrill

  • Amour Fortuite    Chapitre 45

    Chapitre 45 : Les mains dans la terreUne semaine plus tard. Octobre s'achevait dans un flamboiement d'or et de cuivre. Les érables du parc s'embrasaient, les pelouses se jonchaient de feuilles pourpres, et l'air vif du matin portait des odeurs de terre humide, de champignons et de fumée lointaine.C'était la saison où la nature se préparait au sommeil, mais dans la serre victorienne, quelque chose renaissait.Christiane avait pris l'habitude de s'y rendre chaque matin avant le petit-déjeuner, et chaque soir après son retour de la Tour. Ses mains, qui maniaient le clavier et les dossiers toute la journée, retrouvaient avec un soulagement presque charnel le contact de la terre, des outils, des feuilles fragiles.Les ampoules de la première semaine s'étaient transformées en cals. Ses ongles, qu'elle avait toujours portés nets et propres, étaient désormais soulignés d'un liséré brun qu'aucune brosse ne parvenait à effacer tout à fait.Ernest était toujours là. Fidèle comme une horloge, i

  • Amour Fortuite    Chapitre 29

    Chapitre 29 : L'ex enflamme la toile Appartement de Christiane Le lendemain matin, 7 heures et 30 minutes , le réveil sonna avec une brutalité mécanique. Christiane émergea du sommeil en sursaut, la tête lourde, les paupières collées. Elle avait mal dormi, comme presque toutes les nuits depuis l

  • Amour Fortuite    Chapitres 28

    Chapitre 28: À l'ombre de l'exPenthouse de Madison Lombardie Minuit, cinq jours avant le mariage, elle ne dormait pas. Allongée sur son lit king-size, drapée dans un nuage de satin ivoire, elle faisait défiler son téléphone d'un pouce nerveux.La lueur bleutée de l'écran découpait son visage dans

  • Amour Fortuite    Chapitres 26

    Chapitre 26: Dans l'appartement de ChristianeChristiane sortit des essayages et vit que Miguel l'avait abandonné. Elle ne laissa pas son. geste diminuer sa paix intérieure. Elle avait sur elle, la carte bancaire que monsieur Perrin lui avait confié en cas de besoin. Elle regla sagement les frais d

  • Amour Fortuite    Chapitres 25

    Chapitre 25 :Une heure plus tard dans le bar Ambré.Le Bar Ambré était leur refuge depuis toujours. Un établissement feutré du quartier des affaires, aux banquettes de cuir havane et aux murs tapissés de photographies en noir et blanc. À cette heure de la journée, la clientèle était clairsemée : q

Higit pang Kabanata
Galugarin at basahin ang magagandang nobela
Libreng basahin ang magagandang nobela sa GoodNovel app. I-download ang mga librong gusto mo at basahin kahit saan at anumang oras.
Libreng basahin ang mga aklat sa app
I-scan ang code para mabasa sa App
DMCA.com Protection Status