LOGIN
Léa n'avait jamais aimé les endroits luxueux.
Ils lui rappelaient tout ce qu'elle n'avait pas.
Ce soir-là pourtant, elle se trouvait devant l'entrée d'un immense hôtel parisien, vêtue d'une simple robe noire qu'une amie lui avait prêtée. Elle avait passé presque une heure à essayer de se convaincre qu'elle avait sa place ici.
Mais dès qu'elle franchit les portes vitrées, elle sentit son malaise revenir.
Elle n'était pas venue pour profiter de la soirée.
Elle travaillait.
Sa mère avait besoin d'argent et Léa avait accepté quelques heures de service pour pouvoir payer une partie des factures du mois. Chaque euro comptait. Elle avait donc appris à ne pas se plaindre, à accepter les petits boulots et à sourire même lorsqu'elle était épuisée.
À l'intérieur, les lustres illuminaient une immense salle remplie de personnes élégantes.
Des hommes en costume discutaient affaires autour de verres de champagne. Des femmes portaient des robes magnifiques et des bijoux qui valaient probablement plusieurs années de salaire de Léa.
Elle baissa les yeux et continua de travailler.
Elle préférait ne pas attirer l'attention.
Pourtant, quelqu'un finit par remarquer sa présence.
Julien.
Vingt-quatre ans, costume sombre, cheveux bruns soigneusement coiffés et regard calme. Il était entouré de personnes importantes, mais semblait profondément ennuyé.
C'était le fils de la famille qui organisait la soirée.
Léa ne savait presque rien de lui.
Elle savait seulement qu'il était riche.
Très riche.
Son père dirigeait plusieurs entreprises et son nom était connu dans les milieux d'affaires. Julien avait grandi dans un univers où les problèmes d'argent n'existaient pas.
Léa, elle, connaissait parfaitement ces problèmes.
Deux mondes qui n'auraient probablement jamais dû se rencontrer.
Alors qu'elle déposait un plateau sur une table, Julien passa près d'elle.
— Excusez-moi.
Léa se retourna.
— Oui ?
— Vous travaillez ici ?
Elle sourit légèrement.
— Seulement ce soir.
Julien regarda son badge.
— Léa.
Elle acquiesça.
— C'est ça.
Il regarda autour de lui avant de revenir vers elle.
— Vous n'avez pas l'air de beaucoup apprécier cette soirée.
Léa haussa les épaules.
— Vous non plus.
Un sourire apparut sur le visage de Julien.
— C'est vrai.
Pendant quelques secondes, ils restèrent silencieux.
Léa aurait normalement dû retourner travailler, mais quelque chose dans son regard la mettait à l'aise.
— Vous êtes toujours aussi sérieux ? demanda-t-elle.
— Seulement quand mon père est dans la même pièce.
Elle rit doucement.
— Alors vous êtes mal parti.
Julien sourit.
Pour la première fois depuis le début de la soirée, il semblait réellement heureux.
Ils discutèrent quelques minutes. De choses simples. De Paris, de musique, de leurs habitudes.
Léa fut surprise de découvrir que Julien n'était pas exactement celui qu'elle imaginait.
Il n'était pas arrogant.
Il semblait même plutôt solitaire.
Mais une voix interrompit leur conversation.
— Julien !
Le sourire du jeune homme disparut immédiatement.
Un homme d'une cinquantaine d'années venait de s'approcher. Costume impeccable, regard froid.
Son père.
Son regard passa de Julien à Léa.
Son expression changea immédiatement.
— Que fais-tu avec elle ?
Julien fronça les sourcils.
— On discutait simplement.
— Alors retourne auprès des invités.
Le ton ne laissait aucune place à la discussion.
Léa baissa les yeux.
Elle connaissait ce regard.
Le regard de quelqu'un qui avait déjà décidé qu'elle ne valait pas grand-chose.
Elle serra légèrement le plateau qu'elle tenait entre ses mains.
Julien, lui, ne bougea pas.
— Elle s'appelle Léa.
Son père le fixa sévèrement.
— Je me fiche de son prénom.
Un silence lourd s'installa.
Léa sentit ses joues chauffer.
Elle ne voulait pas être responsable d'une dispute familiale.
— Ce n'est pas grave, dit-elle doucement. Je dois retourner travailler.
Elle s'éloigna avant que Julien puisse répondre.
Durant le reste de la soirée, elle évita soigneusement de croiser son regard.
Pourtant, chaque fois qu'elle levait les yeux, elle avait l'impression de sentir les siens sur elle.
Lorsqu'elle termina enfin son service, il était presque minuit.
Elle récupéra son manteau et sortit par une porte située à l'arrière de l'hôtel.
L'air froid lui fit du bien.
Elle inspira profondément.
Cette soirée était terminée.
Du moins, c'est ce qu'elle croyait.
— Léa !
Elle se retourna.
Julien courait vers elle.
Il s'arrêta à quelques mètres d'elle, légèrement essoufflé.
— Pourquoi tu es partie comme ça ?
— Parce que je ne voulais pas avoir de problèmes avec ton père.
— Ce n'est pas ton problème.
Léa eut un petit sourire triste.
— Peut-être pas aujourd'hui.
Elle marqua une pause.
— Mais quelque chose me dit que ça le deviendra.
Julien resta silencieux.
Il regarda la rue déserte, puis revint vers elle.
— Tu rentres comment ?
— En bus.
Il regarda l'heure.
— À cette heure-ci ?
— Je n'ai pas vraiment le choix.
Julien hésita.
— Je peux te ramener.
Léa secoua immédiatement la tête.
— Non.
— Pourquoi ?
— Parce que je ne veux rien te devoir.
Cette phrase surprit Julien.
— Je ne te demande rien en échange.
— Je sais. Mais ce n'est pas une question d'argent.
Il comprit alors quelque chose.
Léa ne voulait pas être sauvée.
Elle voulait simplement pouvoir se débrouiller seule.
— D'accord, répondit-il.
Elle commença à partir.
— Léa ?
Elle se retourna.
— Oui ?
— Est-ce que je peux te revoir ?
Elle resta silencieuse.
Elle savait que cela compliquerait probablement les choses.
Elle savait aussi que son père n'approuverait jamais.
Mais elle repensa à leur conversation.
À son sourire.
À cette étrange sensation qu'elle avait ressentie pendant quelques minutes, comme si elle connaissait Julien depuis beaucoup plus longtemps.
— Peut-être.
Julien sourit.
— C'est déjà mieux que non.
Elle sourit à son tour avant de s'éloigner.
Julien resta immobile sur le trottoir jusqu'à ce qu'elle disparaisse au bout de la rue.
Il venait de rencontrer quelqu'un qui ne connaissait ni son compte bancaire, ni ses propriétés, ni le nom de sa famille.
Quelqu'un qui lui avait parlé comme à un homme ordinaire.
Et cela le troublait davantage qu'il ne voulait l'admettre.
Pendant ce temps, Léa attendait son bus.
Elle regarda une dernière fois l'hôtel derrière elle.
Elle ignorait encore que cette rencontre allait bouleverser sa vie.
Elle ignorait également que, quelques mètres plus loin, son histoire avec Julien était déjà devenue un sujet de conversation dans la famille de celui-ci.
Son père venait de retourner dans la salle.
Et il avait une seule phrase en tête :
« Cette fille doit rester loin de mon fils. »
La soirée était terminée.
Mais leur histoire, elle, ne faisait que commencer.
Les vitres continuaient d'exploser.Je me recroquevillai contre le sol, les mains sur ma tête.Mon compagnon était au-dessus de moi.— Ne bouge pas !Les policiers criaient des ordres.Des bruits de pas couraient dans la maison.Puis plusieurs coups retentirent à l'extérieur.Je serrai les yeux.— J'ai peur...Mon compagnon attrapa ma main.— Regarde-moi.Je levai les yeux.— Je suis là.— Ils ont ma mère.— On va la retrouver.— Et si...Il posa un doigt sur mes lèvres.— Ne pense pas à ça.Je hochai la tête, même si les larmes coulaient.Damien était accroupi près de la boîte métallique.Sébastien se trouvait à côté de lui.— Il faut sortir par l'arrière, dit Damien.Le policier secoua la tête.— Trop dangereux.— Alors ils vont nous encercler.Un bruit de moteur se fit entendre.Puis un deuxième.Le policier regarda par la fenêtre.— Ils sont nombreux.Mon compagnon se leva légèrement.— Qui sont-ils ?— On ne sait pas encore.Damien ouvrit la boîte.— Ils veulent ça.Il sortit les
Le téléphone resta allumé dans ma main.Je relus le message encore une fois.« Ton père n'est pas mort. »Je relevai lentement les yeux vers mon compagnon.Il ne bougeait plus.Son visage était devenu complètement blanc.— Ton père... murmurai-je.Il secoua la tête.— Non.— Tu viens de le voir sur la vidéo.— Ce n'est pas possible.Damien s'approcha.Il regarda l'écran.Puis il ferma les yeux.— Je savais qu'il finirait par revenir.Mon compagnon se tourna vers lui.— Tu savais ?— Pas qu'il était vivant.— Alors pourquoi tu dis ça ?Damien prit une profonde inspiration.— Parce que ton père n'a jamais été retrouvé après sa disparition.— Ma mère m'a dit qu'il était mort.Sa mère se trouvait toujours derrière nous.Elle ne disait rien.Mon compagnon la regarda.— Maman ?Elle baissa les yeux.— Je ne savais pas s'il était mort.Le silence fut terrible.— Tu m'as menti ?— Je voulais te protéger.— Encore cette excuse...Sa voix tremblait.— Toute ma vie, on m'a protégé en me mentant.
Damien était toujours figé devant l'ancienne gare.Je regardais la fenêtre où la silhouette venait de disparaître.— Qui était-ce ? demandai-je.Damien ne répondait pas.Mon compagnon s'approcha de lui.— Damien.Il leva lentement les yeux.— Je pensais qu'il était mort.— Qui ?Il avala difficilement sa salive.— Sébastien.Je fronçai les sourcils.— Qui est Sébastien ?Damien regarda mon compagnon.— Quelqu'un qui était là avant toi.Mon compagnon secoua la tête.— Je ne connais aucun Sébastien.— Tu ne t'en souviens pas.Cette phrase me donna immédiatement des frissons.— Encore quelqu'un dont il ne se souvient pas ?Damien hocha la tête.— Oui.Mon compagnon commença à s'énerver.— J'en ai assez de ne pas me souvenir !Il frappa du poing contre la voiture.— Tout le monde semble connaître mon passé sauf moi !Sa mère s'approcha de lui.— Je suis désolée.— Arrête de dire ça !Elle s'arrêta.Il respirait rapidement.Je posai mes mains sur son visage.— Regarde-moi.Il me regarda.—
La silhouette resta immobile dans l'encadrement de la porte.Personne ne bougeait.Je sentais le bras de mon compagnon autour de moi.Damien, lui, regardait l'homme avec une expression que je n'avais encore jamais vue sur son visage.De la peur.Une vraie peur.L'homme fit un pas en avant.La lumière provenant du couloir éclaira enfin son visage.Cheveux gris.Visage fermé.Regard froid.Antoine Morel.Le père de Nicolas.L'homme dont le nom revenait depuis plusieurs chapitres sans que nous sachions réellement jusqu'où son influence allait.Il sourit légèrement.— Bonsoir, Damien.Damien ne répondit pas.Le policier leva son arme.— Police ! Ne bougez plus !Antoine leva doucement les mains.— Je n'ai aucune arme.— À genoux !Il obéit.Mais son sourire ne disparut pas.Mon compagnon regardait son ancien ami.— C'est lui ?Damien hocha la tête.— Oui.— C'est lui qui a organisé tout ça ?Antoine répondit à sa place.— Pas exactement.Mon compagnon serra les poings.— Alors expliquez-v
Je regardais encore la photo.Damien était debout devant une vieille bâtisse que je ne reconnaissais pas.À côté de lui se trouvait une personne dont le visage était caché dans l'ombre.Le message était toujours affiché sur l'écran :« Tu connais déjà la personne qui se trouve à côté de moi. »Mon compagnon ne disait plus rien.Je le regardais.— Tu la reconnais ?Il secoua lentement la tête.— Je ne sais pas.— Regarde bien.Il agrandit la photo.La silhouette portait une veste sombre.Une montre au poignet.Et surtout...Une petite cicatrice sur la main.Mon compagnon pâlit.— Non...— Quoi ?Il approcha encore le téléphone de son visage.— Cette montre.Le policier s'approcha.— Vous connaissez cette montre ?Mon compagnon ne répondit pas tout de suite.Il regardait la photo comme si elle venait de faire remonter quelque chose qu'il avait essayé d'oublier.— Je l'ai déjà vue.Sa mère s'approcha.— Où ?Il leva les yeux vers elle.— Sur quelqu'un que je connaissais.— Qui ?Il resta
La voix résonnait encore dans l'entrepôt.« Ta mère t'attend. »Je regardai mon compagnon.Son visage avait changé.Il était devenu complètement pâle.— C'est vraiment elle ? demandai-je.Il ne répondit pas.Le policier fit signe à tout le monde de rester derrière lui.— Personne n'entre sans vérifier les lieux.Mais mon compagnon avançait déjà.Je lui attrapai le bras.— Attends.Il se tourna vers moi.— C'est ma mère.— Justement.Il me regarda quelques secondes.— Si elle est là, je dois la retrouver.Je hochai la tête.— Alors on la retrouve ensemble.Le policier soupira.— Très bien. Mais vous restez derrière nous.Nous entrâmes.L'intérieur de l'entrepôt était presque vide.Des vieilles machines se trouvaient contre les murs.Des cartons étaient empilés dans un coin.Une lumière blanche éclairait le fond.Puis nous entendîmes une voix.— Mathieu...Mon compagnon s'arrêta.Sa mère.— Maman ?— Je suis là.Il avança.— Ne bougez pas !Le policier leva la main.Nous avançâmes lente







