LOGINLe lendemain matin, Léa se réveilla avant même que son réveil ne sonne.
Elle resta quelques secondes immobile, les yeux ouverts, à regarder le plafond de sa petite chambre.
Elle avait mal dormi.
Chaque fois qu'elle fermait les yeux, elle repensait à la soirée précédente.
À l'hôtel.
Aux lumières.
À la voix du père de Julien.
Et surtout à Julien.
Elle soupira avant de se redresser.
— Arrête de penser à lui...
Elle se leva, enfila un jean et un pull simple, puis rejoignit sa mère dans la cuisine.
L'appartement était petit, mais propre. La peinture du couloir commençait à s'abîmer et une vieille fenêtre laissait passer un courant d'air lorsqu'il faisait froid.
Sa mère préparait du café.
— Tu as bien dormi ?
Léa hésita.
— Oui.
Sa mère la regarda avec un petit sourire.
— Tu mens très mal.
— J'ai juste beaucoup pensé à hier soir.
— À ton travail ?
Léa attrapa une tasse.
— Oui... entre autres.
Elle ne parla pas de Julien.
Elle ne savait même pas pourquoi elle avait envie de garder cette rencontre pour elle.
Peut-être parce qu'elle avait peur que sa mère lui dise ce qu'elle pensait déjà elle-même.
Qu'un garçon comme Julien n'était pas pour elle.
Pendant ce temps, à plusieurs kilomètres de là, Julien était assis autour de la grande table du petit-déjeuner familial.
Devant lui se trouvait un repas qu'il n'avait pratiquement pas touché.
Son père lisait un journal économique.
Sa mère regardait son téléphone.
Tout semblait parfaitement normal.
Jusqu'à ce que son père pose son journal.
— Nous devons parler de la jeune femme d'hier soir.
Julien releva lentement les yeux.
— Léa ?
— Oui.
— Qu'est-ce qu'elle a ?
Son père posa calmement ses mains sur la table.
— Je veux que tu arrêtes de la voir.
Julien eut un petit rire incrédule.
— Je ne la vois même pas.
— Alors assure-toi que cela reste ainsi.
— Pourquoi ?
Son père le fixa.
— Parce que je connais ce genre de situation.
— Tu ne la connais même pas.
— Je n'ai pas besoin de la connaître.
Cette réponse énerva Julien.
— Justement. Tu ne sais rien d'elle.
Sa mère intervint doucement.
— Julien, ton père essaie seulement de te protéger.
— De quoi ? D'une fille qui travaille pour payer ses factures ?
Un silence tomba sur la pièce.
Son père se leva.
— Ce n'est pas une question d'argent.
Julien le regarda.
— Alors c'est quoi ?
Son père ne répondit pas immédiatement.
— Notre famille a une réputation.
Julien soupira.
— Voilà. On y est.
Il repoussa sa chaise.
— J'en ai assez que tout dans ma vie soit décidé en fonction de notre nom.
— Julien !
Mais il était déjà parti.
Quelques heures plus tard, Julien se retrouva seul dans sa voiture.
Il aurait pu aller travailler.
Il aurait pu rejoindre ses amis.
Il aurait même pu oublier Léa.
Mais il n'en avait aucune envie.
Il prit son téléphone.
Il n'avait pas son numéro.
Il ne savait même pas où elle habitait exactement.
Pourtant, il connaissait l'endroit où elle travaillait la veille.
Après quelques minutes d'hésitation, il prit la direction de l'hôtel.
Il se gara à quelques rues de là et entra dans le café situé en face.
Il ne savait pas combien de temps il allait attendre.
Peut-être qu'elle ne reviendrait jamais.
Une heure passa.
Puis deux.
Finalement, il la vit.
Léa marchait sur le trottoir, un sac sur l'épaule.
Julien se leva immédiatement.
— Léa !
Elle se retourna.
Lorsqu'elle le vit, elle resta immobile.
Puis un sourire apparut sur son visage.
— Qu'est-ce que tu fais ici ?
— J'attendais.
— Depuis combien de temps ?
Julien regarda sa montre.
— Ça dépend.
— De quoi ?
— Est-ce que tu vas me reprocher d'avoir attendu trop longtemps ?
Elle rit.
— Peut-être.
Ils se retrouvèrent face à face.
Cette fois, il n'y avait ni réception luxueuse, ni invités, ni famille pour les observer.
Juste eux.
— Tu veux prendre un café ? demanda Julien.
Léa hésita.
— Je ne peux pas rester longtemps.
— Dix minutes.
— Quinze.
— Marché conclu.
Ils entrèrent dans le café.
Léa choisit le café le moins cher de la carte.
Julien le remarqua mais ne fit aucun commentaire.
Il ne voulait surtout pas lui donner l'impression qu'il avait pitié d'elle.
Ils parlèrent pendant près d'une heure.
Léa lui raconta qu'elle avait grandi dans un quartier modeste, qu'elle avait arrêté certaines études pour aider sa mère et qu'elle enchaînait les petits emplois.
Julien, lui, parla beaucoup moins de sa famille.
Mais Léa finit par lui poser la question.
— Tu es vraiment aussi riche qu'on le dit ?
Julien sourit.
— Je ne sais pas ce qu'on dit.
— Que ta famille possède des entreprises, des hôtels et je ne sais quoi encore.
— C'est vrai.
— Et toi ?
— Moi quoi ?
— Tu possèdes quoi ?
Il réfléchit.
— Une voiture.
Léa éclata de rire.
— Une seule ?
— Pour l'instant.
— Tu es bizarre.
— Pourquoi ?
— Parce que tu pourrais avoir tout ce que tu veux.
Julien baissa les yeux.
— Justement.
Léa comprit qu'il y avait quelque chose derrière cette réponse.
— Tu n'es pas heureux ?
Il resta silencieux quelques secondes.
— Je ne sais pas.
Cette fois, Léa ne plaisanta pas.
Elle comprenait.
Elle avait toujours pensé que l'argent réglait tout.
Mais en regardant Julien, elle commençait à comprendre que ce n'était peut-être pas vrai.
Ils quittèrent le café après plusieurs heures.
Dans la rue, Julien demanda :
— Tu dois vraiment partir ?
— Oui.
— Alors donne-moi ton numéro.
Léa sourit.
— Pourquoi ?
— Pour éviter de devoir passer deux heures dans un café à t'attendre.
Elle hésita avant de lui donner son téléphone.
Julien enregistra son numéro.
Quelques secondes plus tard, le téléphone de Léa vibra.
Julien : « Maintenant tu as le mien. »
Elle sourit.
— Très malin.
— Je fais ce que je peux.
Ils marchèrent quelques minutes ensemble.
Puis Léa s'arrêta.
— Julien.
— Oui ?
— Ton père va encore être en colère.
— Probablement.
— Et tu vas quand même continuer à me parler ?
— Oui.
Elle le regarda longuement.
— Pourquoi ?
Julien prit quelques secondes avant de répondre.
— Parce qu'avec toi, je n'ai pas l'impression d'être le fils de quelqu'un.
Léa sentit son cœur se serrer.
Elle ne répondit pas.
Ils restèrent simplement là, dans le bruit de la ville.
Puis elle finit par sourire.
— À demain ?
Julien sourit à son tour.
— À demain.
Léa partit.
Quelques secondes plus tard, Julien reçut un message.
Léa : « Et ne me ramène pas de cadeau hors de prix. »
Il répondit :
« Promis. »
Mais aucun des deux ne savait encore que quelqu'un les observait.
De l'autre côté de la rue, une voiture noire était garée depuis plusieurs minutes.
À l'intérieur, le père de Julien regardait son fils s'éloigner.
Son visage était fermé.
Il avait espéré que Julien comprendrait.
Il venait maintenant de constater le contraire.
Il sortit son téléphone.
— Oui, dit-il à la personne au bout du fil. J'ai besoin que tu te renseignes sur une jeune femme.
Il regarda Léa disparaître au coin de la rue.
— Elle s'appelle Léa.
Il raccrocha.
Dans son esprit, une décision venait d'être prise.
Il ne laisserait pas cette relation commencer.
Et surtout, il ne laisserait pas son fils découvrir jusqu'où sa famille était prête à aller pour protéger son nom.
Pendant ce temps, Léa marchait seule vers son arrêt de bus.
Elle regarda son téléphone.
Un nouveau message de Julien venait d'arriver.
« Bonne soirée, Léa. »
Elle sourit.
Pour la première fois depuis longtemps, elle avait l'impression que quelque chose de beau pouvait arriver dans sa vie.
Elle ignorait simplement que, pour Julien, cette histoire risquait de coûter beaucoup plus cher qu'il ne l'imaginait.
Et que leur deuxième rencontre venait peut-être de déclencher une guerre entre deux mondes.
Les vitres continuaient d'exploser.Je me recroquevillai contre le sol, les mains sur ma tête.Mon compagnon était au-dessus de moi.— Ne bouge pas !Les policiers criaient des ordres.Des bruits de pas couraient dans la maison.Puis plusieurs coups retentirent à l'extérieur.Je serrai les yeux.— J'ai peur...Mon compagnon attrapa ma main.— Regarde-moi.Je levai les yeux.— Je suis là.— Ils ont ma mère.— On va la retrouver.— Et si...Il posa un doigt sur mes lèvres.— Ne pense pas à ça.Je hochai la tête, même si les larmes coulaient.Damien était accroupi près de la boîte métallique.Sébastien se trouvait à côté de lui.— Il faut sortir par l'arrière, dit Damien.Le policier secoua la tête.— Trop dangereux.— Alors ils vont nous encercler.Un bruit de moteur se fit entendre.Puis un deuxième.Le policier regarda par la fenêtre.— Ils sont nombreux.Mon compagnon se leva légèrement.— Qui sont-ils ?— On ne sait pas encore.Damien ouvrit la boîte.— Ils veulent ça.Il sortit les
Le téléphone resta allumé dans ma main.Je relus le message encore une fois.« Ton père n'est pas mort. »Je relevai lentement les yeux vers mon compagnon.Il ne bougeait plus.Son visage était devenu complètement blanc.— Ton père... murmurai-je.Il secoua la tête.— Non.— Tu viens de le voir sur la vidéo.— Ce n'est pas possible.Damien s'approcha.Il regarda l'écran.Puis il ferma les yeux.— Je savais qu'il finirait par revenir.Mon compagnon se tourna vers lui.— Tu savais ?— Pas qu'il était vivant.— Alors pourquoi tu dis ça ?Damien prit une profonde inspiration.— Parce que ton père n'a jamais été retrouvé après sa disparition.— Ma mère m'a dit qu'il était mort.Sa mère se trouvait toujours derrière nous.Elle ne disait rien.Mon compagnon la regarda.— Maman ?Elle baissa les yeux.— Je ne savais pas s'il était mort.Le silence fut terrible.— Tu m'as menti ?— Je voulais te protéger.— Encore cette excuse...Sa voix tremblait.— Toute ma vie, on m'a protégé en me mentant.
Damien était toujours figé devant l'ancienne gare.Je regardais la fenêtre où la silhouette venait de disparaître.— Qui était-ce ? demandai-je.Damien ne répondait pas.Mon compagnon s'approcha de lui.— Damien.Il leva lentement les yeux.— Je pensais qu'il était mort.— Qui ?Il avala difficilement sa salive.— Sébastien.Je fronçai les sourcils.— Qui est Sébastien ?Damien regarda mon compagnon.— Quelqu'un qui était là avant toi.Mon compagnon secoua la tête.— Je ne connais aucun Sébastien.— Tu ne t'en souviens pas.Cette phrase me donna immédiatement des frissons.— Encore quelqu'un dont il ne se souvient pas ?Damien hocha la tête.— Oui.Mon compagnon commença à s'énerver.— J'en ai assez de ne pas me souvenir !Il frappa du poing contre la voiture.— Tout le monde semble connaître mon passé sauf moi !Sa mère s'approcha de lui.— Je suis désolée.— Arrête de dire ça !Elle s'arrêta.Il respirait rapidement.Je posai mes mains sur son visage.— Regarde-moi.Il me regarda.—
La silhouette resta immobile dans l'encadrement de la porte.Personne ne bougeait.Je sentais le bras de mon compagnon autour de moi.Damien, lui, regardait l'homme avec une expression que je n'avais encore jamais vue sur son visage.De la peur.Une vraie peur.L'homme fit un pas en avant.La lumière provenant du couloir éclaira enfin son visage.Cheveux gris.Visage fermé.Regard froid.Antoine Morel.Le père de Nicolas.L'homme dont le nom revenait depuis plusieurs chapitres sans que nous sachions réellement jusqu'où son influence allait.Il sourit légèrement.— Bonsoir, Damien.Damien ne répondit pas.Le policier leva son arme.— Police ! Ne bougez plus !Antoine leva doucement les mains.— Je n'ai aucune arme.— À genoux !Il obéit.Mais son sourire ne disparut pas.Mon compagnon regardait son ancien ami.— C'est lui ?Damien hocha la tête.— Oui.— C'est lui qui a organisé tout ça ?Antoine répondit à sa place.— Pas exactement.Mon compagnon serra les poings.— Alors expliquez-v
Je regardais encore la photo.Damien était debout devant une vieille bâtisse que je ne reconnaissais pas.À côté de lui se trouvait une personne dont le visage était caché dans l'ombre.Le message était toujours affiché sur l'écran :« Tu connais déjà la personne qui se trouve à côté de moi. »Mon compagnon ne disait plus rien.Je le regardais.— Tu la reconnais ?Il secoua lentement la tête.— Je ne sais pas.— Regarde bien.Il agrandit la photo.La silhouette portait une veste sombre.Une montre au poignet.Et surtout...Une petite cicatrice sur la main.Mon compagnon pâlit.— Non...— Quoi ?Il approcha encore le téléphone de son visage.— Cette montre.Le policier s'approcha.— Vous connaissez cette montre ?Mon compagnon ne répondit pas tout de suite.Il regardait la photo comme si elle venait de faire remonter quelque chose qu'il avait essayé d'oublier.— Je l'ai déjà vue.Sa mère s'approcha.— Où ?Il leva les yeux vers elle.— Sur quelqu'un que je connaissais.— Qui ?Il resta
La voix résonnait encore dans l'entrepôt.« Ta mère t'attend. »Je regardai mon compagnon.Son visage avait changé.Il était devenu complètement pâle.— C'est vraiment elle ? demandai-je.Il ne répondit pas.Le policier fit signe à tout le monde de rester derrière lui.— Personne n'entre sans vérifier les lieux.Mais mon compagnon avançait déjà.Je lui attrapai le bras.— Attends.Il se tourna vers moi.— C'est ma mère.— Justement.Il me regarda quelques secondes.— Si elle est là, je dois la retrouver.Je hochai la tête.— Alors on la retrouve ensemble.Le policier soupira.— Très bien. Mais vous restez derrière nous.Nous entrâmes.L'intérieur de l'entrepôt était presque vide.Des vieilles machines se trouvaient contre les murs.Des cartons étaient empilés dans un coin.Une lumière blanche éclairait le fond.Puis nous entendîmes une voix.— Mathieu...Mon compagnon s'arrêta.Sa mère.— Maman ?— Je suis là.Il avança.— Ne bougez pas !Le policier leva la main.Nous avançâmes lente







