MasukJulien passa une grande partie de la nuit à tourner dans sa chambre.
Il n'arrivait pas à dormir.
Chaque fois qu'il fermait les yeux, il revoyait le visage de Léa lorsqu'il lui avait parlé de leurs familles.
Elle lui avait demandé de ne jamais lui mentir.
Et il lui avait promis.
Mais il savait déjà qu'il lui manquait une partie de la vérité.
Au petit matin, il descendit dans le bureau de son père.
La porte était fermée.
Julien frappa.
Aucune réponse.
Il frappa une seconde fois.
Toujours rien.
Il ouvrit finalement la porte.
Le bureau était vide.
Sur le grand bureau en bois, plusieurs dossiers étaient ouverts.
Julien s'approcha.
Il aperçut immédiatement un nom.
Morel.
Le nom de famille de Léa.
Son cœur se mit à battre plus vite.
Il ouvrit le dossier.
Des documents vieux de presque vingt ans.
Des contrats.
Des relevés bancaires.
Des photographies.
Et surtout, un document portant deux signatures.
Celle de son grand-père.
Et celle du père de Léa.
Julien parcourut les premières pages.
Il comprit rapidement qu'une entreprise avait été créée par les deux familles.
Mais quelque chose ne correspondait pas.
Les documents indiquaient que l'entreprise avait été revendue quelques mois avant sa faillite.
Et la vente avait été signée par son grand-père.
Julien fronça les sourcils.
Pourquoi son père lui avait-il raconté que l'entreprise avait simplement fait faillite ?
Il continua de chercher.
Au fond du dossier, il trouva une enveloppe.
À l'intérieur se trouvait une vieille photographie.
Deux hommes se tenaient devant un bâtiment.
Son grand-père et le père de Léa.
Au dos, une date.
Et une phrase écrite à la main :
« Si quelque chose m'arrive, ne faites confiance à personne. »
Julien sentit un frisson lui parcourir le dos.
Soudain, la porte s'ouvrit.
Camille apparut.
— Qu'est-ce que tu fais ici ?
Julien se retourna.
— Je cherche la vérité.
Elle regarda le dossier.
Son expression changea.
— Tu n'aurais pas dû trouver ça.
— Pourquoi ?
Camille entra et referma la porte derrière elle.
— Parce que papa ne veut pas que tu connaisses toute l'histoire.
— Alors raconte-la-moi.
Elle hésita.
— Je n'ai pas toutes les réponses.
— Mais tu sais quelque chose.
Camille soupira.
— Oui.
Elle s'assit.
— À l'époque, notre grand-père avait des dettes. Beaucoup plus importantes que ce que la famille a raconté.
Julien resta silencieux.
— L'entreprise de la famille de Léa possédait quelque chose dont notre famille avait besoin. Ton grand-père a proposé un partenariat.
— Et ensuite ?
— Les choses ont mal tourné.
— Comment ?
Camille regarda le dossier.
— Il y a eu une opération financière. L'entreprise a été vendue. La famille de Léa a perdu presque tout.
Julien serra les poings.
— Et notre famille s'est enrichie ?
Camille ne répondit pas.
Ce silence suffisait.
Julien referma brutalement le dossier.
— Ils ont détruit sa famille.
— Julien...
— Et maintenant ils veulent m'empêcher de la voir ?
Camille baissa les yeux.
— Papa a peur que tu découvres certaines choses.
— Quelles choses ?
Elle hésita.
— Il existe un dernier document.
— Où ?
— Je ne sais pas.
Julien la fixa.
— Camille.
— Je te jure que je ne sais pas.
Elle se leva.
— Mais si tu veux vraiment savoir, cherche dans les archives de l'ancienne entreprise.
Puis elle quitta la pièce.
Julien resta seul.
Il regarda le dossier.
Une seule pensée lui traversait l'esprit.
Il devait protéger Léa de ce passé.
Mais surtout, il devait savoir pourquoi leurs familles avaient été séparées.
---
Dans l'après-midi, Julien retrouva Léa.
Ils s'étaient donné rendez-vous dans un petit parc.
Lorsqu'elle arriva, il remarqua immédiatement son sourire.
Elle s'approcha.
— Salut.
— Salut.
Elle le regarda attentivement.
— Tu as l'air fatigué.
— Je n'ai presque pas dormi.
— Pourquoi ?
Julien hésita.
Il aurait pu tout lui raconter.
Mais il ne voulait pas lui faire peur.
— J'ai beaucoup réfléchi à nous.
Léa s'approcha.
— Et ?
— Je ne veux pas que ma famille décide à notre place.
Elle le regarda dans les yeux.
— Moi non plus.
Julien prit doucement sa main.
— Mais il y a quelque chose que je dois découvrir.
— Quoi ?
— Ce qui s'est vraiment passé entre nos familles.
Léa resta silencieuse.
— Tu crois que mon père avait quelque chose à voir avec ça ?
— Je ne sais pas.
— Tu penses qu'il est encore en vie ?
Julien sentit son cœur se serrer.
— Je ne sais pas non plus.
Léa baissa les yeux.
Elle avait grandi avec l'absence de son père comme une question sans réponse.
— Toute ma vie, ma mère a refusé de parler de lui.
Julien serra légèrement sa main.
— Alors peut-être qu'on doit chercher ensemble.
Léa releva les yeux.
— Ensemble ?
— Oui.
Un sourire apparut sur son visage.
— D'accord.
Ils marchèrent côte à côte pendant plusieurs minutes.
Puis Léa s'arrêta.
— Julien.
— Oui ?
— J'ai peur.
— Moi aussi.
— Mais je ne veux pas arrêter.
Il lui sourit.
— Moi non plus.
Elle se rapprocha de lui.
Cette fois, leur baiser fut différent.
Plus assuré.
Comme s'ils avaient cessé de lutter contre ce qu'ils ressentaient.
Lorsqu'ils se séparèrent, Léa posa son front contre celui de Julien.
— Promets-moi qu'on ne laissera pas nos familles nous séparer.
Julien la regarda.
— Je te le promets.
Mais derrière cette promesse se cachait une vérité qu'ils ignoraient encore.
Quelqu'un les observait.
À l'autre bout du parc, une voiture noire était garée.
À l'intérieur, un homme tenait un téléphone.
— Ils sont ensemble, dit-il.
Une voix répondit à l'autre bout.
— Alors il faut accélérer.
— Et pour la jeune fille ?
Un silence.
Puis :
— Elle ne doit surtout pas découvrir qui était réellement son père.
L'homme raccrocha.
---
Le soir venu, Julien rentra chez lui.
Son père l'attendait dans le salon.
— Où étais-tu ?
Julien ne répondit pas.
— Avec elle ?
Julien leva les yeux.
— Oui.
Son père se leva brusquement.
— Je t'avais interdit de la revoir.
— Tu n'as pas le droit de m'interdire quoi que ce soit.
— Tant que tu vis sous ce toit...
Julien l'interrompit.
— Je peux partir.
Son père resta silencieux.
— Si c'est le prix pour pouvoir vivre ma vie, je partirai.
Il monta dans sa chambre.
Quelques minutes plus tard, il ouvrit son ordinateur et commença à chercher les archives de l'ancienne entreprise.
Il finit par trouver une référence à un ancien bâtiment administratif.
Puis une date.
Et enfin un nom.
Antoine Morel.
Le père de Léa.
Julien fixa l'écran.
Une information apparaissait sous son nom.
Décédé ? Dossier incomplet.
Il se figea.
Décédé ?
Pourquoi sa mère n'avait-elle jamais parlé de sa mort ?
Et pourquoi le dossier était-il incomplet ?
Julien comprit alors que leur histoire était bien plus mystérieuse qu'il ne l'avait imaginé.
Il prit son téléphone et écrivit à Léa :
« Il faut qu'on parle demain. J'ai trouvé quelque chose sur ton père. »
Quelques secondes plus tard, son téléphone vibra.
Léa : « Quoi ? »
Julien regarda une dernière fois l'écran.
Puis il répondit :
« Je crois que ton père n'est peut-être pas mort. »
Cette fois, le silence de la nuit fut brisé par la vibration du téléphone de Léa.
Elle venait de lire le message.
Et pour la première fois de sa vie, une question qu'elle avait toujours refusé de poser venait de refaire surface :
Et si son père était encore vivant ?
Les vitres continuaient d'exploser.Je me recroquevillai contre le sol, les mains sur ma tête.Mon compagnon était au-dessus de moi.— Ne bouge pas !Les policiers criaient des ordres.Des bruits de pas couraient dans la maison.Puis plusieurs coups retentirent à l'extérieur.Je serrai les yeux.— J'ai peur...Mon compagnon attrapa ma main.— Regarde-moi.Je levai les yeux.— Je suis là.— Ils ont ma mère.— On va la retrouver.— Et si...Il posa un doigt sur mes lèvres.— Ne pense pas à ça.Je hochai la tête, même si les larmes coulaient.Damien était accroupi près de la boîte métallique.Sébastien se trouvait à côté de lui.— Il faut sortir par l'arrière, dit Damien.Le policier secoua la tête.— Trop dangereux.— Alors ils vont nous encercler.Un bruit de moteur se fit entendre.Puis un deuxième.Le policier regarda par la fenêtre.— Ils sont nombreux.Mon compagnon se leva légèrement.— Qui sont-ils ?— On ne sait pas encore.Damien ouvrit la boîte.— Ils veulent ça.Il sortit les
Le téléphone resta allumé dans ma main.Je relus le message encore une fois.« Ton père n'est pas mort. »Je relevai lentement les yeux vers mon compagnon.Il ne bougeait plus.Son visage était devenu complètement blanc.— Ton père... murmurai-je.Il secoua la tête.— Non.— Tu viens de le voir sur la vidéo.— Ce n'est pas possible.Damien s'approcha.Il regarda l'écran.Puis il ferma les yeux.— Je savais qu'il finirait par revenir.Mon compagnon se tourna vers lui.— Tu savais ?— Pas qu'il était vivant.— Alors pourquoi tu dis ça ?Damien prit une profonde inspiration.— Parce que ton père n'a jamais été retrouvé après sa disparition.— Ma mère m'a dit qu'il était mort.Sa mère se trouvait toujours derrière nous.Elle ne disait rien.Mon compagnon la regarda.— Maman ?Elle baissa les yeux.— Je ne savais pas s'il était mort.Le silence fut terrible.— Tu m'as menti ?— Je voulais te protéger.— Encore cette excuse...Sa voix tremblait.— Toute ma vie, on m'a protégé en me mentant.
Damien était toujours figé devant l'ancienne gare.Je regardais la fenêtre où la silhouette venait de disparaître.— Qui était-ce ? demandai-je.Damien ne répondait pas.Mon compagnon s'approcha de lui.— Damien.Il leva lentement les yeux.— Je pensais qu'il était mort.— Qui ?Il avala difficilement sa salive.— Sébastien.Je fronçai les sourcils.— Qui est Sébastien ?Damien regarda mon compagnon.— Quelqu'un qui était là avant toi.Mon compagnon secoua la tête.— Je ne connais aucun Sébastien.— Tu ne t'en souviens pas.Cette phrase me donna immédiatement des frissons.— Encore quelqu'un dont il ne se souvient pas ?Damien hocha la tête.— Oui.Mon compagnon commença à s'énerver.— J'en ai assez de ne pas me souvenir !Il frappa du poing contre la voiture.— Tout le monde semble connaître mon passé sauf moi !Sa mère s'approcha de lui.— Je suis désolée.— Arrête de dire ça !Elle s'arrêta.Il respirait rapidement.Je posai mes mains sur son visage.— Regarde-moi.Il me regarda.—
La silhouette resta immobile dans l'encadrement de la porte.Personne ne bougeait.Je sentais le bras de mon compagnon autour de moi.Damien, lui, regardait l'homme avec une expression que je n'avais encore jamais vue sur son visage.De la peur.Une vraie peur.L'homme fit un pas en avant.La lumière provenant du couloir éclaira enfin son visage.Cheveux gris.Visage fermé.Regard froid.Antoine Morel.Le père de Nicolas.L'homme dont le nom revenait depuis plusieurs chapitres sans que nous sachions réellement jusqu'où son influence allait.Il sourit légèrement.— Bonsoir, Damien.Damien ne répondit pas.Le policier leva son arme.— Police ! Ne bougez plus !Antoine leva doucement les mains.— Je n'ai aucune arme.— À genoux !Il obéit.Mais son sourire ne disparut pas.Mon compagnon regardait son ancien ami.— C'est lui ?Damien hocha la tête.— Oui.— C'est lui qui a organisé tout ça ?Antoine répondit à sa place.— Pas exactement.Mon compagnon serra les poings.— Alors expliquez-v
Je regardais encore la photo.Damien était debout devant une vieille bâtisse que je ne reconnaissais pas.À côté de lui se trouvait une personne dont le visage était caché dans l'ombre.Le message était toujours affiché sur l'écran :« Tu connais déjà la personne qui se trouve à côté de moi. »Mon compagnon ne disait plus rien.Je le regardais.— Tu la reconnais ?Il secoua lentement la tête.— Je ne sais pas.— Regarde bien.Il agrandit la photo.La silhouette portait une veste sombre.Une montre au poignet.Et surtout...Une petite cicatrice sur la main.Mon compagnon pâlit.— Non...— Quoi ?Il approcha encore le téléphone de son visage.— Cette montre.Le policier s'approcha.— Vous connaissez cette montre ?Mon compagnon ne répondit pas tout de suite.Il regardait la photo comme si elle venait de faire remonter quelque chose qu'il avait essayé d'oublier.— Je l'ai déjà vue.Sa mère s'approcha.— Où ?Il leva les yeux vers elle.— Sur quelqu'un que je connaissais.— Qui ?Il resta
La voix résonnait encore dans l'entrepôt.« Ta mère t'attend. »Je regardai mon compagnon.Son visage avait changé.Il était devenu complètement pâle.— C'est vraiment elle ? demandai-je.Il ne répondit pas.Le policier fit signe à tout le monde de rester derrière lui.— Personne n'entre sans vérifier les lieux.Mais mon compagnon avançait déjà.Je lui attrapai le bras.— Attends.Il se tourna vers moi.— C'est ma mère.— Justement.Il me regarda quelques secondes.— Si elle est là, je dois la retrouver.Je hochai la tête.— Alors on la retrouve ensemble.Le policier soupira.— Très bien. Mais vous restez derrière nous.Nous entrâmes.L'intérieur de l'entrepôt était presque vide.Des vieilles machines se trouvaient contre les murs.Des cartons étaient empilés dans un coin.Une lumière blanche éclairait le fond.Puis nous entendîmes une voix.— Mathieu...Mon compagnon s'arrêta.Sa mère.— Maman ?— Je suis là.Il avança.— Ne bougez pas !Le policier leva la main.Nous avançâmes lente







