LOGINL'Héritière Oubliée ,la traîtresse dévoilée Ennemis jurés / Amnésie / Famille machiavélique / Fortune cachée Clara se réveille dans une clinique privée de Harley Street après un accident. Elle ne se souvient de rien, sauf d'une chose : tout le monde ment. Sa charmante belle-mère, son fiancé trop parfait, et surtout le nouveau PDG de la société familiale, le glacial et séduisant Sebastian Ashworth. Sebastian semble la détester, mais il est le seul à ne pas la traiter comme une poupée fragile. Quand il la plaque contre la vitre de son bureau à Knightsbridge en la traitant de « traîtresse », un flash lui revient. Elle n'était pas une héritière naïve qui fréquentait les garden-parties de Kensington ; elle enquêtait sur le meurtre de sa mère. Et Sebastian n'est pas son ennemi : il est son seul allié dans une maison pleine de serpents. Mais pour récupérer sa mémoire et son empire, Ivy devra d'abord tomber amoureuse de l'homme qu'elle était censée détruire, quitte à se brûler les ailes dans les rues brumeuses de la capitale.
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La première chose que je perçois, c'est l'odeur. Un mélange de désinfectant aux agrumes et de lys frais qui me prend à la gorge, comme si les fleurs elles-mêmes tentaient de m'étouffer. Mes paupières sont lourdes, collées par un sommeil qui ne ressemble à rien de connu. J'essaie d'ouvrir les yeux. La lumière blanche m'agresse, crue, impitoyable, et je dois cligner plusieurs fois avant de pouvoir distinguer quoi que ce soit. Où suis-je ? Le plafond est d'un blanc laiteux, parcouru de fines fissures presque invisibles. Un lustre moderne, sobre, diffusant une clarté trop vive. Les draps sont d'une douceur inhabituelle, amidonnés, frais. Je perçois le ronronnement discret d'un appareil quelque part à ma gauche, le bip régulier d'un moniteur cardiaque. Clinique privée. L'évidence s'impose à moi sans que je sache pourquoi. Je reconnais l'atmosphère aseptisée des établissements de luxe, ces lieux où la maladie se cache sous des couches de confort et de bon goût, où la souffrance est polie, feutrée, presque invisible. — Elle ouvre les yeux, dit une voix féminine, toute proche. Ma chérie, tu nous entends ? Je tourne la tête lentement, comme si mon cou était rouillé. Chaque mouvement me coûte un effort immense, comme si mon corps avait oublié comment fonctionner. Une femme est assise à mon chevet. Blonde, élégante, la cinquantaine. Elle porte un tailleur crème qui a dû coûter plus cher que le loyer mensuel de la plupart des Londoniens. Ses mains manucurées se tordent sur ses genoux, trahissant une agitation qu'elle tente de dissimuler derrière un sourire trop large, trop parfait. À côté d'elle, un homme se tient debout, légèrement en retrait. La trentaine, brun, les traits réguliers d'un mannequin de catalogue. Il porte un pull en cachemire bleu marine sur une chemise blanche impeccable. Ses yeux bleus me fixent avec une intensité qui se veut rassurante, mais qui me met mal à l'aise. Il y a dans son regard quelque chose de trop appuyé, de trop insistant, comme s'il cherchait à me convaincre de quelque chose que je ne comprends pas encore. — Clara, murmure-t-il. Tu nous as fait une peur terrible. Clara. Je tourne le prénom dans mon esprit comme on tourne une pièce de monnaie entre ses doigts. Il ne m'évoque rien. Aucun écho, aucune chaleur, aucun souvenir. C'est un mot vide, un son creux qui ne m'appartient pas. Je le répète mentalement, encore et encore, espérant qu'il finisse par faire sens. Clara. Clara. Clara. Rien. Le vide, toujours le vide, un gouffre blanc qui s'étend à perte de vue dans mon esprit. — Clara, répète la femme blonde. Ma chérie, tu me reconnais ? Je la regarde. Son visage est lisse, trop lisse, comme si le temps n'avait pas eu la permission d'y laisser de traces. Ses yeux sont d'un bleu délavé, presque gris, et ils me scrutent avec une avidité qui me hérisse. Ses lèvres, ourlées de rouge, sont étirées en un sourire qui ne monte pas jusqu'à ses prunelles. Elle est belle, mais d'une beauté artificielle, travaillée, comme une statue de cire. — Non, dis-je. Ma voix est rauque, pâteuse, comme si elle n'avait pas servi depuis longtemps. Je ne vous reconnais pas. Le sourire de la femme vacille imperceptiblement. Ses mains se tordent davantage, ses doigts s'entrelaçant et se dénouant dans un ballet nerveux. — C'est normal, ma chérie. Le médecin a dit que tu pourrais être désorientée. Tu as eu un accident. Un terrible accident. — Un accident, répété-je, sans conviction. — Oui. Ta voiture a quitté la route sur Chelsea Embankment. Sous la pluie. Tu as eu beaucoup de chance, tu sais. Beaucoup. Elle parle trop vite. Les mots s'enchaînent avec une fluidité trop parfaite, comme un discours répété des dizaines de fois devant un miroir. Je sens quelque chose se crisper en moi, une méfiance instinctive qui remonte des profondeurs de mon être. Tout le monde ment. La phrase s'impose à mon esprit avec la force d'une certitude. Je ne sais pas d'où elle vient, mais elle est là, ancrée, indéracinable. Comme une vérité première, antérieure à tout le reste. Tout le monde ment. — Je ne me souviens de rien, dis-je. — De rien ? demande l'homme au pull bleu marine. Rien du tout ? — Rien. Il échange un regard avec la femme. Un regard rapide, mais chargé de signification. J'y lis du soulagement, et autre chose que je n'arrive pas à identifier. De la peur, peut-être. Ou de l'impatience. Ou du calcul. Le regard s'éteint aussitôt, remplacé par une expression de sollicitude parfaitement maîtrisée. — Tout va bien, dit la femme en posant sa main sur la mienne. Nous sommes là. Nous prenons soin de toi. Tu es en sécurité. Sa main est chaude, mais son contact me répugne. J'ai envie de retirer la mienne, de me recroqueviller sous les draps, de disparaître. Je ne le fais pas. Quelque chose me dit de ne pas montrer ma méfiance, de garder mes cartes cachées. Mais pourquoi ? Pourquoi cette prudence soudaine envers des gens qui semblent si attentionnés ? Je ne connais pas la réponse, mais mon instinct, lui, semble la connaître. Mon corps se souvient de quelque chose que mon esprit a oublié.ClaraCette nuit-là, je rêve.Je rêve d'une femme qui crie dans un incendie.Elle est brune, grande, belle. Elle porte une robe d'été à fleurs et un chapeau de paille. Elle court dans une serre en flammes, ses mains tendues vers quelque chose que je ne vois pas. Les flammes léchent les parois de verre, les poutres craquent, la fumée noircit tout. Elle crie. Elle crie un prénom. Le mien ? Non. Un autre prénom. Un prénom d'homme.— Bastian ! Bastian, non !Et puis une main. Une main qui la retient. Une main qui l'empêche d'avancer. Une main qui la tire en arrière, loin des flammes, loin de la serre, loin de tout.— Helena ! hurle une voix d'homme. Helena, non !Je me réveille en sueur, le cœur battant à tout rompre, les draps trempés. La chambre est sombre, silencieuse, froide. Le manoir dort. Mais moi, je ne dors plus. Le rêve est encore là, gravé dans mes rétines, dans mes nerfs, dans ma peau. La femme qui crie
ClaraLe lendemain matin, je descends prendre mon petit-déjeuner dans la cuisine, contre toute étiquette. Je veux voir Madame Pierce loin des oreilles de Patricia. Je veux lui parler seule à seule, dans son territoire, là où elle est la maîtresse et moi l'intruse. La cuisine est une grande pièce carrelée, propre, sentant le pain chaud et le café. Madame Pierce s'affaire devant la cuisinière, son tablier amidonné impeccable, ses gestes précis et économes.— Mademoiselle Clara. Vous êtes en avance.— Je n'ai pas faim. Je voulais vous parler.Elle s'immobilise, une poêle à la main. Elle ne se retourne pas.— De quoi ?— De ma mère. Helena.Le silence s'étire. Madame Pierce repose la poêle, essuie ses mains sur son tablier, et se retourne enfin. Son visage est un masque de pierre, mais ses yeux… ses yeux disent autre chose. De la fatigue. De la tristesse. De la peur.— Je ne suis pas payée pour parler du p
ClaraLa salle à manger du manoir Vance est une pièce solennelle, aux boiseries sombres et aux chandeliers d'argent, avec une table de douze couverts qui pourrait accueillir un dîner d'État. Les murs sont tapissés de velours rouge sombre, les rideaux sont en brocart, et au centre de la table, une immense composition florale de roses blanches et de lis blancs répand son parfum écœurant. Patricia a pris place en bout de table, rayonnante dans une robe de soie bordeaux. Julian s'assoit à ma droite, silencieux, le regard fuyant. Madame Pierce sert le potage avec des gestes précis, mécaniques, sans un mot.Et en face de moi, à la place d'honneur, un quatrième couvert reste vide.Une assiette blanche, des couverts en argent, un verre de cristal. Une chaise vide. Personne ne s'y assoit. Personne ne mentionne cette absence. C'est comme si un fantôme était invité au dîner, un fantôme que tout le monde voit mais dont personne ne parle.— Qui atten
ClaraJe ne me repose pas. Je ne peux pas. Chaque fois que je m'assois sur ce lit trop moelleux, une énergie nerveuse me remet debout, me pousse à bouger, à chercher, à fouiller. Cette chambre est censée être la mienne, mais elle ne me reconnaît pas, et je ne la reconnais pas. Alors j'explore.J'ouvre les tiroirs de la coiffeuse. Des flacons de parfum, des boîtes à bijoux, des peignes en écaille. Des objets de jeune fille riche, soigneusement alignés par une main domestique. Je ne les reconnais pas. J'ouvre l'armoire. Des robes, des tailleurs, des manteaux, tous à ma taille, tous visiblement coûteux. Je passe la main sur les tissus. Soie, cachemire, laine fine. Rien. Aucun souvenir, aucune émotion. C'est comme visiter le dressing d'une inconnue.Je m'approche de la bibliothèque, une étagère basse remplie de livres reliés. Des classiques, des romans, des essais. Je les ouvre un par un, cherchant des annotations, des marque-pages, des traces de la femme






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