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Chapitre 9 — Nyx murmure

Penulis: Darkness
last update Tanggal publikasi: 2026-07-13 18:11:42

Ivara

Il y a des jours dans une vie où l'on comprend que l'on a été deux personnes : celle d'avant, et celle d'après. Ce jour-là, pour moi, ce n'est pas le jour où j'ai vu la porte entrebâillée. Ce n'est pas le jour où mon père a baissé la tête. C'est celui d'après. C'est le lendemain, à midi, quand je marche seule dans le bois derrière le château et que Nyx me parle vraiment pour la première fois.

Je marche depuis une heure. J'ai laissé Ryven à ses affaires, Mira à ses miroirs, Talia à ses commérages. J'ai enfilé une cape simple, brune, sans insignes. J'ai pris la vieille sente du bûcheron. Personne ne me suit. J'ai vérifié trois fois.

Le bois est silencieux. La neige de la nuit a fondu au sol mais est restée sur les branches, et chaque fois qu'un souffle passe, il tombe des petites poussières blanches, comme si le ciel se dépoussiérait. Mes bottes s'enfoncent dans la mousse. Mon souffle fait de la fumée.

Je marche jusqu'à la source, la grande source froide qui alimente les fontaines du village. C'est un endroit rond, calme, entouré de bouleaux blancs. L'eau y sort de la roche dans un murmure continu. J'y venais enfant. Je m'y accroupissais, les mains dans l'eau glacée, à écouter les histoires que ma mère m'y racontait.

Je m'agenouille dans la mousse. Je pose mes mains à plat sur les pierres autour du bassin. Elles sont froides. Je respire lentement.

— Nyx.

Rien.

— Nyx.

Rien.

Je ferme les yeux. Je repense à Selene et à sa louve brodée. Je repense au mot rare. Je repense au serment que j'ai fait dans la salle de musique, contre la porte : sur la petite fille de la clairière. Je repense à la robe verte de mes quatorze ans.

Et là, je sens.

Je sens une chaleur qui monte, du bas de mon ventre jusqu'à mon cœur. Une chaleur qui n'a rien à voir avec le soleil ni avec l'effort. Une chaleur qui vient de dedans. Elle s'étale, elle irrigue, elle me remplit les épaules, les bras, la nuque. Elle atteint le sommet de mon crâne, et là elle explose en pluie douce, en lumière tiède derrière mes paupières.

Et une voix se pose. Une voix qui n'est plus une résonance. Une voix vraie, claire, féminine, ancienne, patiente.

— Ivara.

Je ne sursaute pas. Je souris.

— Nyx.

— Enfin.

Je respire. J'ouvre les yeux. La source est là, devant moi. L'eau bouge à peine. Le monde n'a pas changé. Et pourtant, tout a changé.

— Nyx. Tu es en moi ?

— Oui.

— Depuis toujours ?

— Depuis toujours.

— Pourquoi ne t'ai-je pas entendue avant ?

— Parce que ton père m'a fait taire, avec l'aide de Selene, quand tu es née. Ils m'ont enfermée. Ils m'ont fait dormir. Ils croyaient bien faire, Ivara. Ils croyaient te protéger. Ils ne savaient pas qu'on ne protège pas une louve de sa nature. On la laisse dormir un moment, mais elle finit toujours par ouvrir un œil. Le tien s'est ouvert hier.

— À cause de la porte entrebâillée.

— À cause de ta décision, Ivara. Pas à cause de la porte. Beaucoup de femmes ouvrent des portes et ne décident rien. Toi, tu as décidé. Tu m'as réveillée avec ta décision.

Je ferme les yeux à nouveau. Je pose une main sur mon ventre. Je sens quelque chose y bouger — pas comme un enfant, pas comme une bête, mais comme une deuxième chose vivante qui se love.

— Nyx.

— Oui, Ivara.

— Est-ce que je vais devoir tuer ?

Un long silence. Un silence qui n'est pas fait de vide. Un silence qui pèse.

— Oui, dit-elle enfin.

— Beaucoup ?

— Assez pour que ton nom soit gravé.

— Ai-je le droit ?

— Tu as le devoir, Ivara. Le droit, c'est autre chose. Le droit, tu le prendras. Le devoir, il est déjà en toi.

Je hoche la tête. Je respire. Je souris.

— Nyx.

— Oui.

— Est-ce que tu m'aimes ?

— Je suis toi, Ivara. Je ne peux pas t'aimer, je ne peux qu'être toi. Mais si aimer, pour toi, c'est ne jamais te quitter, alors, oui. Je t'aime. Je ne te quitterai plus jamais. Je resterai avec toi jusqu'au dernier souffle de la dernière heure de ta vie. Et quand tu mourras, très vieille, très couronnée, très aimée, très fatiguée — je mourrai avec toi, et nous partirons ensemble vers le prochain siècle. Est-ce que cela te va ?

Je pleure enfin. Je pleure une seule fois, une seule vraie fois, un vrai moment de larmes. Pas pour Ryven. Pas pour Mira. Pas pour mon père. Pour cela. Pour cette phrase-là. Pour le fait que quelqu'un, quelque part, enfin, me dise : je ne te quitterai plus.

— Cela me va, Nyx.

— Alors lève-toi, Ivara. Bois à la source. Et rentre. Nous avons beaucoup de travail.

Je bois. L'eau est glacée. Elle me brûle la gorge. Elle me réveille chaque cellule.

Je me relève.

Je rentre.

Sur le chemin, je fais une liste. Une longue liste. Une liste d'ennemis, d'alliés, d'étapes, d'années. Je la fais dans ma tête. Nyx, à l'intérieur, l'écoute et corrige parfois.

— Non, dit-elle sur un nom. Celui-là, il faut le laisser vivre. Il te sera utile plus tard.

— D'accord.

— Oui, dit-elle sur un autre. Celui-là, il te trahira dans trois ans. Prépare-toi.

— D'accord.

— Ivara.

— Oui.

— Envoie une lettre au nord.

— Au nord ?

— À la meute d'Obsidienne.

— À Draven Volkov ?

— Oui.

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