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Chapitre 2

Author: Roman
last update Petsa ng paglalathala: 2026-09-09 17:34:15

Chapitre 2

Nolan

Le whisky brûle ma gorge, mais je ne repose pas le verre. J'observe les glaçons tournoyer dans le liquide ambré, et je pense à elle. Alina. Ma femme. Cette étrangère qui partage mon nom, mon toit, mais pas ma vie.

Je devrais peut-être me sentir coupable. Je devrais peut-être regretter la dureté de mes paroles, la froideur de mon regard. Mais je ne ressens rien. Ou plutôt, je ressens cette lassitude familière qui m'étreint chaque fois que je pense à ce mariage.

Ce mariage. Une mascarade orchestrée par mon grand-père sur son lit de mort. Un arrangement commercial déguisé en union sacrée. Les Sorel avaient besoin d'argent, les Vercourt avaient besoin d'une façade respectable. Et moi, j'étais l'instrument de cette transaction, le pion qu'on sacrifiait sans me demander mon avis.

Je me souviens de ce jour. Le printemps, les fleurs blanches, les invités souriants. Alina avançait dans l'allée, belle et pâle comme un fantôme. Elle tremblait en me prenant la main. Je n'ai pas compris à l'époque si c'était de joie ou de peur.

Aujourd'hui, je m'en fiche.

Je vide mon verre et le repose sur la table basse. Le silence de la maison m'enveloppe, épais, étouffant. Alina est montée se coucher il y a une heure. J'ai entendu ses pas lents dans l'escalier, le bruit discret de sa porte qui se ferme. Elle n'a pas pleuré devant moi, mais je sais qu'elle pleure dans sa chambre. Elle pleure tous les soirs.

Je ne devrais pas le savoir. Je ne devrais pas écouter. Mais cette maison est trop calme, et ses sanglots étouffés traversent les murs comme une plainte constante, un rappel de ma propre indifférence.

Je m'approche de la fenêtre. Dehors, la pluie a cessé. Les lumières de la ville scintillent au loin, froides et lointaines. Je pose ma main sur la vitre, et le verre est glacé sous mes doigts.

Pourquoi est-ce que je reste ici ? Pourquoi est-ce que je ne m'en vais pas ? J'ai les moyens de vivre ailleurs, loin d'elle, loin de cette comédie conjugale. Mais je reste. Par devoir. Par habitude. Par lâcheté.

— Tu ne devrais pas boire seul.

La voix de ma mère me tire de mes pensées. Je me retourne lentement. Elle se tient dans l'embrasure de la porte, vêtue d'un tailleur élégant, ses cheveux blonds parfaitement coiffés. Elle ne vient jamais ici sans raison.

— Que fais-tu là à cette heure ? demandé-je d'une voix lasse.

— Je passais dans le quartier. J'ai vu de la lumière.

Elle ment. Elle ment toujours. Mais je n'ai pas l'énergie de relever.

— Tu devrais être plus attentif à ta femme, reprend-elle en s'avançant dans la pièce. Elle semble... fragile.

Je hausse les épaules.

— Alina est assez grande pour s'occuper d'elle-même.

— Tu es son mari, Nolan. Ton devoir est de la protéger.

— Mon devoir ? Je croyais que mon devoir était de faire fructifier l'entreprise familiale. C'est pour cela que tu m'as marié, non ?

Ma mère s'immobilise, son visage se durcissant à peine.

— Je ne t'ai pas forcé à l'épouser.

— Vraiment ? Tu as passé des mois à me répéter que c'était la seule solution. Que grand-père l'avait exigé. Que les Sorel étaient des gens bien. Tu as même organisé le mariage toi-même.

— Parce que c'était la volonté de ton grand-père.

— Peu importe. C'est fait. Alina est ma femme. Et je la traite comme je l'entends.

Un silence lourd s'installe entre nous. Ma mère me fixe avec une expression indéchiffrable.

— Prends garde, Nolan. Une femme délaissée peut devenir dangereuse.

— Alina n'est pas dangereuse. Elle est docile, soumise, éteinte.

— C'est ce que tu crois. Mais tu ne sais rien d'elle. Personne ne sait ce qu'elle cache.

Je hausse les sourcils.

— Que veux-tu dire ?

— Rien de précis. Simplement, méfie-toi. Les apparences sont trompeuses.

Elle me tourne le dos et quitte la pièce, me laissant seul avec mes questions. Ma mère a toujours eu l'art de semer le doute. Mais je refuse de tomber dans son piège.

Alina n'est pas mystérieuse. Alina est transparente, évidente, lassante. Elle m'aime, c'est visible. Elle m'attend, elle espère, elle souffre. Et moi, je ne ressens qu'un agacement sourd face à cette dévotion que je n'ai jamais demandée.

Je remonte à l'étage. Mes pas me portent devant la porte de sa chambre. Je m'arrête un instant, la main levée, prêt à frapper. Puis je laisse retomber mon bras.

Qu'est-ce que je pourrais lui dire ? Que je suis désolé ? Que je ne voulais pas la blesser ? Que je vais essayer d'être un meilleur mari ? Autant de mensonges que je refuse de prononcer.

Je continue jusqu'à ma propre chambre, au bout du couloir. Nous faisons chambre à part depuis le premier mois. Ce n'est pas moi qui l'ai voulu. C'est elle qui s'est éloignée, après quelques semaines de froideur. Elle a compris que je ne la rejoindrais pas, que je ne la désirais pas.

Elle a compris. Elle a accepté. Elle a souffert en silence.

Je m'assois sur le bord de mon lit, le regard perdu dans le vide. La maison est silencieuse maintenant. Même ses pleurs ont cessé. Elle s'est endormie, épuisée par le chagrin.

Et moi, je reste éveillé, hanté par une question que je n'ose pas formuler. Pourquoi est-ce que je ne ressens rien ? Pourquoi est-ce que sa douleur ne m'atteint pas ? Pourquoi est-ce que je reste insensible, comme si mon cœur était mort depuis longtemps ?

Je ne déteste pas Alina. C'est pire. Je la vois. Je vois sa beauté, sa douceur, sa tristesse. Et je ne ressens rien. Pas de désir, pas de tendresse, pas de pitié.

Elle est là, chaque jour, à m'aimer sans condition. Et moi, je suis incapable de lui donner quoi que ce soit en retour. Pas même un regard.

Je me lève et me dirige vers la fenêtre. La lune s'est levée, pâle et froide. Elle éclaire le jardin, les arbres, les allées de gravier. Tout est impeccable, ordonné, artificiel.

Comme ma vie. Comme mon mariage. Comme mon cœur.

Je reste là longtemps, immobile, à contempler la nuit. Et quelque part au fond de moi, une petite voix murmure que tout cela finira mal. Que cette indifférence, cette absence, cette froideur tueront quelque chose. Peut-être moi. Peut-être elle. Peut-être nous.

Mais je ne l'écoute pas. Je ne veux pas l'écouter.

Je suis Nolan Vercourt, héritier d'un empire, prisonnier d'un mariage que je n'ai jamais voulu. Et ce soir, comme tous les soirs, je préfère le silence à la vérité.

Je préfère le vide à l'amour.

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