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Chapitre 3

Penulis: Roman
last update Tanggal publikasi: 2026-09-09 17:41:22

Chapitre 3

Alina

La robe rouge sombre que je porte ce soir est la plus belle de ma garde-robe. Je l'ai choisie avec soin, comme une armure. Chaque couture, chaque détail me rappelle pourquoi je suis ici. Pour Nolan. Toujours pour Nolan.

La salle à manger des Vercourt ressemble à une scène de théâtre. Les lustres brillent, les couverts étincellent, et chaque invité joue un rôle. Moi, je joue celui de l'épouse parfaite. Silencieuse. Effacée. Invisible.

Je suis assise près de Nolan, mais il ne me regarde pas. Il discute avec son père, rit poliment aux remarques de sa sœur. Je pourrais disparaître, il ne s'en apercevrait pas.

Sa mère, Catherine, me fixe de l'autre côté de la table. Son sourire est doux, presque maternel. C'est ce sourire qui me glace le sang.

— Alina, ma chérie, commence-t-elle d'une voix claire, j'ai entendu dire que ta mère avait vendu la maison familiale.

Les conversations s'arrêtent. Tous les regards se tournent vers moi.

— C'est... une décision difficile, dis-je en cherchant mes mots.

— Oh, je comprends. Quand on n'a plus d'argent, il faut bien faire des sacrifices.

Elle porte sa coupe à ses lèvres, satisfaite. Mon beau-père détourne les yeux. Élise esquisse un sourire. Personne ne dit rien.

— Ce n'est pas une question d'argent, murmuré-je. Ma mère a voulu tourner la page.

— Bien sûr. Tourner la page. C'est une jolie façon de le dire.

Elle repose son verre et se penche en avant.

— Dis-moi, Alina, comment fais-tu pour rester si sereine ? Moi, si ma famille était ruinée, je serais effondrée.

— Ma famille n'est pas ruinée.

— Vraiment ? J'avais cru comprendre que ton frère avait abandonné ses études. Et que ta mère cherchait un emploi de... comment dit-on déjà ? Ah oui, de dame de compagnie.

Les mots claquent comme des gifles. Je serre ma serviette sous la table. Mes ongles s'enfoncent dans le tissu.

— Théo a fait une pause. Il reprendra l'année prochaine.

— Avec quel argent ?

Le silence retombe. Lourd. Accusateur. Je cherche Nolan du regard. Il est là, à côté de moi. Si proche. Si loin.

— Nolan, dis-je dans un souffle.

Il ne réagit pas. Il fixe son assiette, impassible.

— Ne mêle pas mon fils à cela, reprend Catherine. Il a déjà assez de soucis avec ses affaires. Ce n'est pas à lui de porter le poids de tes problèmes familiaux.

— Ce n'est pas ce que je voulais dire.

— Alors que voulais-tu dire, ma chérie ?

Sa voix est mielleuse, mais son regard me transperce. Je baisse la tête, incapable de soutenir cette confrontation.

— Rien, murmure-je. Excusez-moi.

— Inutile de t'excuser. Nous savons tous ici qui tu es réellement.

Les larmes montent. Je lutte pour les retenir. Pas maintenant. Pas devant eux.

Je me tourne vers Nolan, une dernière fois. Mon mari. L'homme que j'aime depuis l'adolescence. L'homme qui m'a promis de me protéger le jour de notre mariage.

Il ne dit rien. Il ne bouge pas. Il ne me regarde même pas.

C'est ce silence qui me détruit. Pas les mots de sa mère. Pas les sourires de sa sœur. Son silence à lui. Son indifférence. Sa lâcheté.

— Tu ne dis rien ? demandé-je, la voix brisée.

Il tourne lentement la tête vers moi.

— Que veux-tu que je dise ?

— Défends-moi. Protège-moi. Dis quelque chose.

Il soupire, agacé.

— Tu en fais trop, Alina. Ma mère ne voulait pas te blesser.

— Elle m'humilie devant tout le monde. Et toi, tu restes là, sans réagir.

— C'est un dîner de famille. Pas un tribunal.

— Pour toi, c'est peut-être un dîner. Pour moi, c'est une exécution.

Il plisse les yeux, visiblement irrité.

— Arrête de dramatiser.

— Je ne dramatise pas. Je souffre.

— Tu souffres toujours. C'est épuisant.

Ces mots me frappent en plein cœur. Je reste figée, la bouche ouverte, incapable de répondre.

Épuisante. Voilà ce que je suis pour lui. Une charge. Un fardeau. Une source d'ennui.

Je repousse ma chaise et me lève. Les regards me suivent, curieux, satisfaits.

— Excusez-moi, dis-je d'une voix tremblante. Je ne me sens pas bien.

Je quitte la pièce en courant presque. Dans le couloir, je m'appuie contre le mur et je ferme les yeux. Les larmes coulent enfin, brûlantes, incontrôlables.

Je pensais qu'il me défendrait. Je pensais qu'il verrait ma douleur. Je pensais qu'il m'aimait, au moins un peu.

Mais il n'y a rien. Rien que du vide.

La porte s'ouvre derrière moi. Mon cœur bondit. C'est lui, Nolan. Il vient me chercher.

— Alina.

Sa voix est froide, distante.

— Oui ?

— Ressaisis-toi. Tu nous fais honte.

Je me retourne lentement. Son visage est impassible, mais ses yeux trahissent un agacement profond.

— Honte ? répété-je, incrédule.

— Ma mère a raison. Tu ne sais pas te tenir. Tu nous exposes, tu fuis, tu pleures. C'est pathétique.

Pathétique. Le mot résonne dans le couloir vide.

— Tu n'as pas honte de me parler ainsi ? demandé-je, la voix brisée.

— Je te dis la vérité. Tu devrais l'accepter.

— La vérité, c'est que ta mère me méprise. Et que tu la laisses faire.

— Ma mère est exigeante. Mais elle n'a pas tort sur tout.

Je le fixe, éberluée.

— Tu crois qu'elle a raison de m'humilier ?

— Elle ne t'humilie pas. Elle te teste. Et tu échoues à chaque fois.

Ses paroles sont des coups de poignard. Je recule d'un pas, comme frappée.

— Pourquoi m'as-tu épousée, alors ? Pour me faire souffrir ?

— Je t'ai épousée parce que je n'avais pas le choix. Mais ne t'y trompe pas, Alina. Ce mariage n'a jamais été un acte d'amour.

Je sens mes jambes flageoler. Je m'appuie contre le mur pour ne pas tomber.

— Tu es cruel, dis-je dans un souffle.

— Je suis réaliste. C'est toi qui vis dans un fantasme.

Il tourne les talons et retourne dans la salle à manger, me laissant seule, en larmes, au milieu du couloir.

Je reste là, immobile, le cœur en miettes. Ce soir, j'ai compris que je n'existais pas pour lui. Que je n'avais jamais existé.

Et pourtant, je sais que je vais rentrer. Que je vais remonter dans cette chambre froide. Que je vais pleurer en silence. Et que demain, je me lèverai à nouveau, prête à affronter une nouvelle journée d'humiliation.

Parce que je ne sais pas faire autrement. Parce que je l'aime encore. Parce que je l'aimerai toujours.

Mais ce soir, quelque chose s'est brisé en moi. Un fil ténu qui me reliait à l'espoir. Et je ne sais pas si je pourrai jamais le réparer.

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