LOGINAprès ma mort, mon mari a enfin appris à m'aimer Pendant leur mariage, Alina Sorel n'a jamais réussi à toucher le cœur de Nolan Vercourt. Lorsqu'elle meurt dans un accident, Nolan croit enfin être libre. Jusqu'au jour où il découvre son journal. Page après page, il apprend tout ce qu'Alina lui a caché : ses sacrifices, ses larmes, les mensonges de sa famille… et l'enfant qu'elle portait avant de mourir. Mais alors qu'il sombre dans le regret, Nolan aperçoit une femme dans une autre ville. Une femme qui porte le visage d'Alina. Et cette fois, elle ne le reconnaît pas.
View MoreChapitre 1
Alina
La porcelaine est froide sous mes doigts. J'observe les motifs délicats de la tasse, ces fines arabesques dorées qui courent sur le bord, et je me demande combien de temps je vais encore pouvoir tenir ainsi. Le silence de la salle à manger m'écrase, ponctué seulement par le bruit régulier de la pluie contre les vitres.
Je suis assise à ma place habituelle, au bout de cette table immense qui pourrait accueillir vingt convives. Face à moi, Nolan n'est pas là. Il n'est jamais là. Pourtant, chaque soir, je fais dresser le couvert pour deux. Chaque soir, j'attends.
Les domestiques vont et viennent sans un mot, leurs pas étouffés par l'épaisse moquette. Ils me regardent avec une pitié que je feins de ne pas voir. La pitié est pire que le mépris. Le mépris, je peux le combattre. La pitié, elle, s'infiltre en moi comme un poison lent, me rappelant que je ne suis qu'une femme délaissée dans une maison trop grande.
Je pose enfin la tasse de thé à la menthe à laquelle je n'ai pas touché. Elle refroidit depuis une heure. Comme mon cœur depuis cinq ans.
La porte d'entrée claque soudain, et je sursaute. Mon corps tout entier se tend, mes mains se crispent sur la nappe en lin. J'ai appris à reconnaître chacun de ses pas. Nolan traverse le hall d'un pas vif, impatient. Il ne viendra pas me saluer. Il ne viendra jamais me saluer.
Mais ce soir, j'ai décidé que les choses seraient différentes. Ce soir, j'ai enfin trouvé le courage de lui parler.
Je me lève, lisse ma robe bleu nuit, vérifie machinalement que mes cheveux sont en place. Je veux être belle pour lui. Je veux qu'il me voie. Vraiment.
Je le rejoins dans le couloir qui mène à son bureau. Il est là, de dos, en train d'enlever sa veste. Son eau de Cologne emplit l'espace, ce parfum boisé et ambré que je connais par cœur, celui qui me faisait tourner la tête à seize ans, quand je l'observais de loin sans oser l'approcher.
— Nolan.
Ma voix est douce, presque suppliante. Je déteste ce son.
Il se retourne lentement, et ses yeux gris se posent sur moi sans chaleur. Aucune étincelle, aucun éclat. Juste cette indifférence polie qui me tue un peu plus chaque jour.
— Alina. Que fais-tu encore debout ?
Il n'attend pas ma réponse. Il entre dans son bureau, s'assoit derrière sa table en acajou, ouvre un dossier. Comme si je n'étais pas là. Comme si je n'avais jamais été là.
Je le suis, mes talons s'enfonçant dans l'épais tapis. Je m'arrête à quelques pas de lui, le cœur battant.
— J'aimerais te parler.
— Je t'écoute.
Il ne lève même pas les yeux. Ses doigts tournent les pages, indifférents. Je serre les poings, mes ongles s'enfoncent dans ma paume. La douleur est presque agréable. Elle me rappelle que je suis encore vivante.
— Nolan, regarde-moi. S'il te plaît.
Cette fois, il relève la tête. Son regard me transperce, froid comme l'acier.
— Qu'y a-t-il ?
— C'est notre anniversaire de mariage aujourd'hui. Cinq ans.
Je prononce ces mots avec un sourire tremblant, comme si cette date pouvait encore signifier quelque chose pour lui. Pour nous.
Il hausse un sourcil.
— Je sais.
Deux mots. Juste deux mots, et pourtant ils me dévastent. Il sait. Il sait, et il n'a rien prévu, rien organisé, rien ressenti. Il sait, et il s'en fiche.
— J'ai pensé que nous pourrions dîner ensemble, dis-je en m'accrochant à un espoir absurde. Comme autrefois.
— Autrefois ?
Un rictus amer étire ses lèvres.
— Il n'y a jamais eu d'autrefois, Alina. Ce mariage était une erreur depuis le début. Tu le sais très bien.
Chaque syllabe est une lame qu'il enfonce sans effort. Je recule d'un pas, comme frappée physiquement.
— Pourquoi dis-tu cela ? J'ai tout fait pour toi. Pour nous.
— Tu n'as rien fait pour moi. Tu as signé un contrat. Tu as pris mon nom. Tu as occupé cette maison. Mais tu n'as jamais été ma femme.
Ses paroles résonnent dans le silence. Je sens mes jambes flageoler, ma gorge se serrer. Je voudrais hurler, pleurer, le gifler. Mais je ne fais rien. Je reste là, figée, comme toujours.
— Je t'aime, Nolan. Je t'ai toujours aimé.
Il éclate d'un rire sans joie, un rire qui me glace le sang.
— Tu aimes l'idée que tu te fais de moi. Tu aimes le statut, l'argent, la sécurité. Mais tu ne me connais pas. Et je ne te connais pas.
— C'est faux. Je te connais. Je connais tes silences, tes colères, tes blessures. Je connais l'homme que tu caches derrière cette froideur.
— Tu ne connais rien.
Il se lève brusquement, contourne le bureau. Sa haute silhouette me domine, menaçante.
— Tu ne sais pas ce que j'ai vécu. Ce que j'ai sacrifié. Ce que je ressens. Tu ne sais rien de moi.
— Alors apprends-moi. Laisse-moi entrer.
— Non.
Le mot claque comme un fouet. Non. Simple. Définitif. Il n'y a pas de place pour moi dans sa vie. Il n'y en a jamais eu.
Je baisse la tête, submergée par une vague de honte et de tristesse. Pourquoi est-ce que je m'inflige cela ? Pourquoi est-ce que je m'accroche à un homme qui me rejette avec tant de cruauté ?
Parce que je l'aime. Parce que je l'ai aimé avant même qu'il ne connaisse mon nom. Parce que je ne sais pas comment cesser d'espérer.
— Pardonne-moi, dis-je dans un souffle.
Je me détourne, prête à quitter la pièce, à retrouver le refuge de ma chambre froide.
— Alina.
Sa voix m'arrête. Je me fige, le cœur suspendu. Peut-être. Peut-être qu'il va me retenir. Peut-être qu'il va s'excuser. Peut-être.
— La prochaine fois, frappe avant d'entrer.
C'est tout. Rien d'autre. Je hoche la tête, incapable de prononcer un mot, et je sors.
Dans le couloir, je m'effondre contre le mur. Les larmes coulent enfin, brûlantes, silencieuses. Je pleure sur moi-même, sur mes rêves brisés, sur cet amour qui me dévore sans jamais me nourrir.
Je pensais que la douleur finirait par s'estomper avec le temps. Mais elle ne fait que croître, s'enraciner, m'étouffer. Chaque rejet est une confirmation. Chaque indifférence est une condamnation.
Et pourtant, je sais que demain, je me lèverai. Demain, je sourirai. Demain, je préparerai son thé, je rangerai ses affaires, je l'attendrai. Parce que c'est tout ce que je sais faire. Parce que sans lui, je ne suis rien.
Je suis Alina Vercourt, l'épouse invisible, la femme que personne ne voit, que personne n'aime.
Et ce soir, pour la première fois, je me demande si cette vie vaut encore la peine d'être vécue.
Chapitre 53NolanLe journal est posé sur mes genoux.Je l'ai trouvé dans le carton. Au fond. Sous les photos. Sous les lettres. Sous les souvenirs. Un petit carnet. Rouge. Usé. Son écriture. Fine. Élégante. Je l'ouvre. Lentement. Mes mains tremblent. Je tourne les pages. Une par une. Chaque ligne. Chaque mot. Chaque silence. Je lis. Je bois. Je souffre.Puis je m'arrête.Une page.Une date.Il y a trois mois. Deux semaines avant l'accident. Deux semaines avant sa mort.« Aujourd'hui. J'ai enfin eu le courage. D'écrire. Ce que je n'arrive pas à te dire. Ce que je n'ose pas te dire. Ce que je veux te dire. Depuis des semaines. Depuis que je le sais. Depuis que je le sens. Depuis que je le porte. »Je fixe la page. Longuement. Les mots dansent. Je les relis. Encore.« Je suis enceinte. De toi. De nous. De notre enfant. Je l'ai appris. Il
Chapitre 52ÉlenaJe marche dans les rayons.Sans but. Sans raison. Juste. Pour m’occuper. Pour ne pas penser. Pour ne pas me souvenir. Pour ne pas ressentir. Les courses. Les couleurs. Les bruits. Les gens. Tout. Tout ce qui peut me distraire. De moi. De mes rêves. De mes souvenirs. De ma vie.Puis je le sens.Une odeur. Douce. Chaude. Familière. Inattendue. Dans ce rayon. Entre les couches. Les biberons. Les petits pots. Les lingettes. Une odeur. De lotion. Pour bébé. Pour nouveau-né. Pour. Mon bébé. Peut-être.Je m’arrête.Mes pieds se figent. Mes mains se serrent. Mon cœur. S’emballe. Trop vite. Trop fort. Je tourne la tête. Lentement. Vers l’étagère. Vers les flacons. Vers cette odeur. Qui me hante. Qui me brise. Qui me détruit.Je saisis un flacon. Je le porte à mon nez. Je respire. Longuement
Chapitre 51NolanLe dossier est posé sur mon bureau.Je l'ai reçu ce matin. Un contact. Un ancien employé de l'hôpital Sainte-Marie. Un homme qui a travaillé aux archives. Pendant des années. Qui a vu. Qui a entendu. Qui sait. Il m'a tout envoyé. Les demandes de consultation. Les refus. Les notes. Les noms. Mais cette fois. Ce n'est pas tout. Cette fois. Il y a plus. Beaucoup plus. Des documents. Des copies. Des preuves. Que je cherchais. Que je craignais. Que je déteste. Mais que je dois voir. Que je dois savoir. Que je dois comprendre.Je lis. Page après page. Ligne après ligne. Mot après mot. Et chaque mot. Chaque ligne. Chaque page. Me détruit. Un peu plus.Puis je m'arrête.Une page.Un rapport médical.Le nom d'Alina. En haut. Son âge. Sa date de naissance. Son adresse. Puis. Les résultats. Les analyses. Les &eacu
Chapitre 50ÉlenaJe pars.Sans prévenir. Sans expliquer. Sans rien. Juste. Une valise. Quelques affaires. Je ne peux plus rester. Pas dans cette ville. Pas dans cet appartement. Pas avec ces murs. Qui me renvoient. Mes rêves. Mes souvenirs. Mes douleurs. Tout. Tout ce qui m’envahit. Depuis des semaines. Depuis toujours. Depuis. Lui.Je monte dans ma voiture. Je démarre. Je conduis. Sans but. Sans destination. Juste. Loin. Très loin. De cette ville. De ces souvenirs. De ces rêves. De tout. Je veux fuir. Les images. Les voix. Les odeurs. Les sensations. Tout. Tout ce qui me hante. Qui me brise. Qui me détruit.La route est longue. Les paysages défilent. Les champs. Les forêts. Les villages. Les villes. Je ne les vois pas. Je ne les regarde pas. Je fixe la route. Les yeux secs. Le cœur lourd. Les mains. Serrées. Sur le volant. Tremblantes. Encore. Toujours. De fatigue. De






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