LOGINPuis j’entendis mon prénom, appelé au loin. — Hey, Calie ! Oh non. Pas elle. Victoria. Une cliente du salon, avec ses airs de petite pimbêche blonde, ses seins refaits et ce chewing-gum qu’elle mâchait la bouche ouverte comme si c’était un art. Le genre de fille qui passait sa vie sur I***a à publier des stories de tout ce qu’elle faisait : des cafés aux selfies, en passant par ses manucures. En attendant, si vous vouliez des potins sur quelqu’un, c’était à elle qu’il fallait demander. Je me redressai, affichant mon plus beau sourire, celui qui cache l’ennui.
— Bonsoir, Victoria. — Oh mon Dieu, Calie ! s’exclama-t-elle en arrivant à notre table, les bras grands ouverts. — Tu n’imagines pas la journée de dingue que j’ai eue ! Je lui lançai un regard, me préparant à un déluge de détails inutiles. Encore des histoires sur ses rendez-vous ou ses voyages à Bali ? —Je fais un post pour mon I***a, tu veux te joindre à moi ? dit-elle en ignorant royalement Scott. Son enthousiasme était à la fois exaspérant et fascinant. — Euh, non merci, je suis… en plein dîner, répondis-je en essayant de garder le sourire. Pourvu qu’elle ne s’attarde pas trop longtemps. — C’est dingue qu’on se croise ici ! ajouta-t-elle, débordante d’enthousiasme. Elle se retourna vers les gens avec qui elle était. — Les filles, je vous présente ma PO*, c’est elle qui fait ces petites merveilles, dit-elle en agitant ses doigts avec une exagération théâtrale. Les filles qui l’accompagnaient gloussèrent, tandis que les deux hommes à leurs côtés semblaient plutôt embarrassés par la scène grotesque qui se déroulait sous leurs yeux. — Et c’est qui, ce bel homme avec qui tu dînes ? continua Victoria, comme si elle n’interrompait rien, comme si nous nous croisions dans la rue par hasard. Mon cœur se serra. — C’est mon… euh… c’est Scott, dis-je enfin, sentant déjà son regard vexé posé sur moi. Victoria surenchérit, tout sourire : — Mon ami Devon tient un club pas très loin d’ici, l’endroit vient d’ouvrir. On fête l’inauguration ce soir ! Passez prendre un verre, ça pourrait être sympa, on va bien se marrer ! Est-ce que c’est moi ou elle est déjà ivre ? Je m’efforçai de sourire sans répondre, observant la façon dont elle se pavanait, insouciante, avant qu’elle ne reparte enfin avec son groupe. — Sérieux, Cal ?! me dit Scott, l’air à la fois amusé et agacé. — Ouais, pardon, répondis-je sans jamais lever les yeux du postérieur du mec qui accompagnait Victoria. Attends je viens de faire quoi là ? Je décidai, malgré moi, de me concentrer sur Scott. — Désolée, repris-je. J’ai été prise au dépourvu. Ce n’est pas une amie, Scott, seulement une cliente fidèle. Je ne parle pas de ma vie privée au travail. J’avais surtout l’impression de me trouver des excuses pour mon comportement. Et il était clair qu’il n’était pas dupe. Il me connaissait bien. Il laissa tomber le sujet. Nous passâmes le reste du repas dans le calme, à bavarder de tout et de rien. Le temps passa bien plus vite que je ne l’aurais cru. Au moment de régler l’addition, comme d’habitude, il sortit son éternel : — Laisse, c’est pour moi. Ce qui me fit lever les yeux au ciel en souriant. J’avais déjà un bref aperçu de comment allait se dérouler notre fin de soirée : on allait rentrer tous les deux, coucher ensemble, et le lendemain, le réveil sonnerait pour annoncer une nouvelle journée. Finalement, mes pensées furent interrompues : — Chez toi ou chez moi ? Et voilà. Qu’est-ce que je disais. Je décidai rapidement qu’on irait chez lui. Au moins, si je voulais partir, je n’aurais pas à le foutre dehors. L’avantage, c’est que nous étions venus avec deux voitures, après nous être retrouvés directement après le travail. En montant dans ma petite Audi, une acquisition récente qui m’avait coûté un bras, je pris la route en direction de son appartement. La musique en fond, un mélange de mélodies douces et envoûtantes, m’aidait à penser à autre chose pendant que les minutes s’écoulaient.Quelques mois plus tard.J’avais rendu les clés de mon appartement un lundi matin, sans drame ni nostalgie excessive. Je n’aurais jamais cru être capable de le faire il y a plusieurs mois.Quelques cartons dans le coffre, un dernier regard rapide, puis j’étais repartie.La vérité, c’est que je n’y vivais déjà plus vraiment. Je passais le plus clair de mon temps chez Devon, et vivre avec lui ce n’était pas juste partager un espace.C’était accepter une intensité constante. Des chauds froids à répétitions, des nuits trop courtes, des horaires décalés, des silences et des regards qui disaient tout sans un mot.C’était vivre avec un homme qui prenait toute la place sans jamais chercher à l’imposer, mais qui vous faisait passer avant toutes choses.Et j’en étais folle.***Ce samedi-là, je rentrai de l’institut un peu fatiguée mais légère. Une bonne journée, productive, sans accroc, des rires et du fun. J’adore mon job. Quand j’ouvris la porte, je sentis immédiatement sa présence. La mus
Le bain m’avait fait un bien fou.Quand Devon rentra enfin avec les courses, j’étais enroulée dans une serviette, les cheveux encore humides, beaucoup trop détendue pour faire semblant d’être stressée par le dîner à venir.Il posa les sacs sur le plan de travail et me détailla de haut en bas sans la moindre gêne.« Tu comptes rester comme ça ou tu veux vraiment qu’on soit en retard ? »Je haussai un sourcil. « Je pensais pourtant que tu aimais quand je prenais mon temps... » Il ricana, sortant une bouteille de vin du sac.« Ce soir, je vais surtout aimer survivre à Matt et Lisa réunis dans la même pièce. »Je m’habillai pendant qu’il vidait les sacs, commentant à voix haute chaque choix.« Pourquoi on a pris trois oignons ? »« Parce que Matt mange comme s’il nourrissait une famille de six. »« Et ça ? »« C’est pour Lisa, elle adore ça. » Je levai les yeux au ciel en riant.La cuisine se transforma rapidement en champ de bataille organisé. Devon s’occupait de la viande, moi des légum
Je me réveillai avant lui, mais ce n’était pas étonnant. Nos réveils risquaient eux aussi d’être décalés avec ses horaires. La lumière du matin filtrait doucement à travers les rideaux, dessinant des ombres pâles sur les murs. Devon dormait encore, étendu sur le ventre, un bras abandonné de mon côté du lit, l’autre coincé sous l’oreiller.Je restai quelques secondes à l’observer. Il avait l’air détendu et plus serein, comme si quelque chose en lui s’était enfin relâché. Et je compris que ce n’était pas seulement la nuit qui l’avait apaisé. Je me glissai délicatement hors du lit sans le réveiller, attrapant un de ses t-shirts au passage.La cuisine était silencieuse, baignée par cette ambiance un peu floue des débuts de journée. Je lançai la machine à café et m’appuyai contre le plan de travail, encore à moitié endormie. Derrière moi, j’entendis des bruits de pas nus sur le carrelage.« Tu fuis ? » marmonna-t-il, la voix encore rauque.Je souris sans me retourner.« Non. Je prends de
Point de vue de Calie Ça y est, nous y étions.Je reprenais aujourd’hui, et j’étais impatiente. Le bruit familier de l’institut m’enveloppa dès que je franchis la porte. Le décor, la musique douce en fond, l’odeur mêlée des huiles essentielles… Tout était exactement à sa place comme si rien ne s’était passé.Et pourtant, moi, je n’étais plus tout à fait la même.Je déposai mon sac dans le bureau, pris une seconde pour respirer et me faire couler un café. Mon cœur battait calmement, les angoisses avaient disparues. Pas de tension non plus, seulement la sensation étrange d’être revenue dans un lieu que je connaissais par cœur, avec un regard neuf.« Regardez-moi ça… »Je tournai la tête, Lisa était appuyée contre le chambranle de la porte, les bras croisés et un sourire beaucoup trop satisfait accroché aux lèvres.« Quoi ? » demandai-je en retirant ma veste.« Tu rayonnes ! » Elle me détailla sans la moindre retenue.« J’en connais une qui a passé une bonne nuit. »Je roulai des yeux
« Viens, on va prendre le petit déjeuner. »Je me levai à contrecœur, attrapai un caleçon et l’enfilai avant de me diriger vers la cuisine. Elle me suivit quelques secondes plus tard, pieds nus sur le parquet, les cheveux en bataille, encore marquée par la nuit.Je lançai la machine à café pendant qu’elle s’installait sur le plan de travail, les mains posées de chaque côté d’elle, m’observant comme si j’étais un spectacle du matin.« Tu sais que tu es très sérieux le matin ? » dit-elle.Je sortis deux tasses sans la regarder.« Faux. Je suis concentré. »« Si ça te fait plaisir de le croire. »Je levai enfin les yeux vers elle. Elle avait ce petit sourire tranquille, celui qui me pousse à répondre alors que je devrais me taire.Je lui tendis une tasse.« Bois ça. »Elle prit une gorgée, puis me fixa par-dessus le bord. Son regard avait changé. Moins joueur, plus… précis. Et là, je sentis que quelque chose basculait, subtil. Elle avait quelque chose en tête.« Hier soir… » commença-t-e
J’ouvris les yeux avant elle, tandis que la lumière du matin filtrait à travers les rideaux. Une lumière douce, presque timide.Le silence était apaisant, et je n’avais pas ressenti ça depuis longtemps.Calie dormait toujours contre moi, enroulée dans mon t-shirt, une jambe passée par-dessus la mienne sans la moindre gêne.Je restai immobile un instant, observant sa respiration régulière, la façon dont ses cheveux s’éparpillaient sur l’oreiller. Elle avait l’air sereine.Et ça… ça me faisait quelque chose d’étrange dans la poitrine.Je dormais mal ces dernières semaines et pourtant, cette nuit, j’avais sombré sans lutter.Je glissai doucement ma main dans son dos. La toucher était plus fort que moi.Elle remua légèrement, grogna quelque chose d’incompréhensible et se rapprocha encore plus, comme par réflexe.Ce petit geste me fit sourire.Quelques minutes plus tard, elle entrouvrit les yeux.« Hum… il est quelle heure ? » marmonna-t-elle, la voix encore rauque.« Assez tard pour que
Je me tenais là, les mains tremblantes, le cœur battant, attendant. L’air de l’appartement semblait soudain lourd, saturé d’odeurs mêlées : l’alcool, le parfum trop sucré d’Elena, et cette senteur métallique qui me donnait la nausée. Deux agents entrèrent, suivis par un homme d’une stature imposa
Putain ! Sa carcasse sur moi pesait une tonne ! Et je manquais d’espace pour manœuvrer. J’essayais de la soulever pour la faire rouler sur le côté, mais plus je la poussais, plus elle glissait sur mon trench, me coinçant davantage.Je tentai de glisser ma main vers ma taille pour détacher la boucl
Elle semblait se parler à elle-même. « Tu vois, je t’avais dit qu’elle viendrait. » Elle jouait avec une petite seringue, la faisant passer entre ses doigts avec agilité.Mon dieu, que lui a-t-elle fait ? Je ne savais pas quelle attitude adopter. J’étais paralysée, tandis qu’Elena continuait de s
J’ai eu le pied un peu lourd sur la route, et je n’ai pas mis longtemps à arriver devant chez Devon. En me garant, je jetai un rapide coup d’œil à mon téléphone : il n’avait pas répondu à mon message. Toujours notifié comme remis, mais pas ouvert. Il doit sûrement être occupé, me dis-je, un sour







