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H&B (2)

Author: Man.S
last update publish date: 2026-01-20 16:43:21

Calie

— Tu as une cliente ou tu participes au rendez-vous ? demandai-je. Ne me laisse pas seule.

— Je n'ai rien avant quinze heures, alors je peux me joindre à toi. Une idée de ce que ce type veut ?

— Absolument pas. Comme je te l'ai dit, son appel était... disons, étrange.

— Pourvu que ce ne soit pas un vieux poilu bedonnant avec des penchants louches, je déteste masser les hommes pleins de poils.

Elle éclata de rire en voyant mon visage qui, clairement, pensait la même chose. D'accord, il faut avoir la vision... disons qu'il y a mieux. La petite clochette de la porte de l'institut retentit, annonçant la fin de la pause déjeuner.

— Tu peux les accueillir pendant que je ramasse tout ça ?

Elle acquiesça et se dirigea vers l'entrée. Je m'affairai à remettre le bureau en ordre tout en tendant l'oreille. Je compris rapidement qu'ils étaient deux. J'entendis l'un se présenter brièvement, quant à l'autre, il restait étrangement silencieux. Alors qu'ils se dirigeaient vers moi, j'entendis l'un dire à l'autre sans discrétion aucune :

— Ça va, c'est sympa ici. Je m'attendais à un institut à l'ancienne, qui sent Shalimar de Guerlain.

L'autre rit à sa blague de mauvais goût et moi, j'avais déjà envie de lui envoyer un coup de pied dans les valseuses. Putain, ils nous prennent pour des cougars ou quoi ? C'est qui ces cons ? Ce rendez-vous promettait d'être sympathique. J'enfilai mon masque de femme d'affaires. Pas question de me faire démonter par deux connards machos et leurs stéréotypes à la con.

— Monsieur Grayson, bonjour, dis-je en lui tendant la main.

Il leva à peine les yeux de son téléphone, ce qui m'irrita d'autant plus. Je décidai de lui faire lever les yeux en lui serrant la main de toutes mes forces. Quel crétin, pensai-je.

PUTAIN DE MERDE.

Mon cœur loupa un battement quand je le reconnus. C'était lui. L'accompagnateur de Victoria. Celui sur qui mes yeux s'étaient attardés bien trop longtemps la veille au restaurant.

La master class du plus beau cul de la ville. Quand il releva les yeux après ma poigne un peu trop musclée, son regard croisa le mien une fraction de seconde de plus que nécessaire, sans insistance. Juste quoi ? Attentif ? Je ne suis pas sûre qu'il m'ait reconnue. Tant mieux.

— Merci de nous recevoir, Madame Mitchell... dit-il en se dégageant de ma poigne de cowboy.

— Appelez-moi Calie, le coupai-je.

Un rictus discret se dessina au coin de ses lèvres. Pas un truc qui ressemblait à un sourire, mais plutôt quelque chose de contenu qui disait moi aussi, je t'ai reconnue. Fuck.

— Asseyez-vous.

Je désignai les chaises en face de mon bureau. L'espace n'était pas très grand, mais la décoration était épurée et accueillante.

— Qu'est-ce qui vous amène, Monsieur Grayson ? demandai-je en posant mes avant-bras sur le bureau, croisant les doigts comme pour me donner un air de... de quoi, d'ailleurs ?

— D'abord, laissez-moi vous présenter mon associé, Matt Grayson...

Je le coupai, impatiente : — Un lien de parenté ?

Mais qu'est-ce que j'en ai à foutre ?

Les deux hommes se toisèrent brièvement. L'air agacé de Monsieur Grayson face à mes interruptions contrastait avec l'expression de Matt, qui semblait savourer la scène.

— Comme j'allais vous le dire, Calie...

Il insista légèrement sur mon prénom. J'arquai un sourcil, l'invitant silencieusement à poursuivre.

— Voici mon demi-frère Matt, avec qui je suis associé. Ce que nous recherchons est plutôt simple. Nous aimerions que plusieurs de nos employées bénéficient de vos services deux fois par mois.

Je l'écoutai attentivement, intriguée, tout en percevant parfaitement son masque de businessman. Son frère semblait juste faire acte de présence, car pas une fois je n'entendis le son de sa voix.

— À intervalles réguliers.

— Quel type de prestations exactement et dans quel but ? demandai-je aussitôt.

— Ce que vous proposez : manucure, massages, toutes les deux semaines. Disons que c'est une façon généreuse de maintenir le moral des troupes.

Quelle troupe ? De quoi il parle ? Il semblait tellement sûr de lui que c'en était presque agaçant.

— Je vais être honnête avec vous, Monsieur Grayson. Officiellement, notre agenda ne nous permet pas de prendre de nouvelles clientes. Je vais devoir écourter, si vous voulez bien...

— Et officieusement ?

Sa voix me fit me retourner net. Matt lança un regard surpris à son frère. L'autre ne détourna pas les yeux.

— Pardon ? manquai-je de me prendre la porte au passage.

— Officieusement, seriez-vous disponible si nous doublons le tarif des prestations ? Voilà, le requin.

— Combien d'employées ?

— Quatre.

Je réfléchissais déjà, même si je refusais de me l'avouer.

— Je vous laisse y penser, Calie.

Il me tendit sa carte sur laquelle était inscrit « Darknight Club ». En la prenant entre son index et son majeur, je remarquai malgré moi ses mains. Je détaillai la forme de ses doigts, longs mais pas trop fins, ses ongles impeccables et les petites veines qui se dessinaient dessus. Wow ! Son cul et maintenant ses mains !

— Je vais y réfléchir, dis-je en me forçant à rester professionnelle alors que j'avais déjà pris ma décision. Rêve, mon pote.

Je les raccompagnai vers la sortie. Matt me serra la main tout en répondant déjà au téléphone. Lui, il s'arrêta un court instant, me regardant avec plus d'insistance qu'il ne l'avait fait jusque-là.

— Au fait, moi, c'est...

— Devon. Je sais, j'ai reconnu vos... Je vous ai reconnus.

Je venais de lui couper la parole pour ce qui me semblait être la troisième fois depuis qu'il avait franchi les portes de l'institut et, en prime, j'avais failli dire vos fesses. Son regard s'assombrit légèrement. Cette fois, un rictus apparut au coin de ses lèvres. Il paraissait presque amusé.

— Dans ce cas, à bientôt, Calie.

C'était quoi, ça ? Une promesse ? Une menace ?

Je retournai voir Lisa dans le bureau, le cœur un peu trop rapide et l'envie d'avoir son avis.

— Qu'est-ce que tu en penses ?

— Officiellement, tu l'as dit, c'est impossible. Officieusement... ça se tente, non ? Je veux dire, c'est du fric facile. L'institut est fermé deux jours par semaine, ça nous laisse une marge de manœuvre.

— Est-ce que ton salaire est trop bas ? lui demandai-je, curieuse.

— Non, mon salaire est tout à fait confortable. Mais pourquoi se priver de plus, sérieusement ?

— Tu marques un point.

En réalité, je n'avais aucune raison d'accepter cette offre et je ne comptais pas le faire pour plusieurs raisons, la première étant que d'autres salons proposaient ce que Lisa et moi faisions. L'argent n'était pas un problème, et notre emploi du temps était déjà bien chargé. L'autre raison, c'était que ce mec ne me disait rien qui vaille. Il était trop... trop, je ne sais pas, juste trop.

— Écoute, Lisa, je vais refuser, on ne va pas bouleverser nos emplois du temps pour satisfaire les leurs. De toute façon, ils ne m'inspirent pas confiance.

— C'est toi le boss, mais avoue quand même qu'ils sont canons, dit-elle avec un sourire et un clin d'œil complice.

Ils ne sont pas canons, ils sont arrogants. Je n'en revenais pas qu'elle ait dit ça... dixit la meuf qui a bavé sur son cul la veille...

Le reste de la journée s'enchaîna naturellement avec cette fatigue particulière des journées bien remplies. À vingt heures, Lisa et moi fermâmes l'institut.

— Tu prends un verre avant de rentrer ? demanda Lisa, une petite lueur d'enthousiasme dans les yeux.

— Carrément. Je pensais qu'on pourrait aller au Darknight Club pour dire à ces messieurs que nous ne travaillerons pas avec eux. T'en dis quoi ?

— Une pierre deux coups, c'est ça ?

Exactement, ma douce. Tu as tout compris.

Force est de constater qu'on avait faim et que boire le ventre vide n'était jamais une bonne idée. On en avait déjà fait les frais par le passé. Alors, sans trop réfléchir, on se dirigea vers notre petite brasserie habituelle.

Règle numéro un : interdiction de boire le ventre vide. Vomir au bout de deux verres ? Non merci.

Règle numéro deux : prendre un taxi et ne pas vomir dedans.

Règle numéro trois : se référer aux règles un et deux.

À l'entrée du club des Grayson, un gros malabar à la carrure de rugbyman nous arrêta. Il nous dévisagea, fit entrer deux personnes avant nous, probablement des habitués. Lisa et moi avions l'air un peu trop apprêtées à côté de la file d'attente. Finalement, il ouvrit la porte et nous fit signe d'entrer.

Nous fûmes accueillies dans un petit vestibule sous vidéosurveillance. Deux vigiles, impassibles, se tenaient devant une large double porte noire. Ils fouillèrent nos sacs, passèrent un détecteur autour de nous, comme si nous étions des criminelles en puissance. Je dus faire une drôle de tête.

— Tu comprendras quand tu verras l'intérieur du club, me dit Lisa avec un sourire malicieux.

Ah oui. J'oubliais. Elle y avait déjà mis les pieds. Je n'avais pas fait le rapprochement entre les frères Grayson d'aujourd'hui et sa soirée d'hier. Pourquoi elle ne m'a rien dit, d'ailleurs ? Je suis vraiment à côté de la plaque ces derniers temps.

Une fois jugées inoffensives, les grosses portes noires s'ouvrirent. L'espace était faiblement éclairé par des spots roses et violets. Le sol noir était parsemé de paillettes qui captaient la lumière des néons. Sur la droite, un long bar en bois noir verni, derrière lequel s'alignaient des étagères de bouteilles éclairées.

Un homme grand et massif au crâne rasé se tenait derrière le bar, son T-shirt noir moulant mettant ses muscles en valeur. Au centre, une grande scène au carrelage lumineux accueillait plusieurs barres de pole dance où des danseuses acrobatiques enchaînaient les figures pendant que des hommes, affalés sur des canapés Chesterfield, les observaient avec fascination. Sur la gauche, derrière des vitres teintées, l'espace VIP semblait plus feutré. Des groupes y sirotaient du champagne, à l'abri du tumulte. L'endroit était vraiment beau. Presque trop beau pour avoir été pensé par des hommes.

Cliché assumé, j'avoue. Avec ses couleurs et son ambiance très Playboy, vous comprendriez si vous pouviez le voir. Nous nous installâmes au bar et commandâmes une bouteille de vin. Le serveur la déboucha et nous fit un clin d'œil avant de s'éclipser vers d'autres clients.

— Il est là, me dit Lisa.

— Qui ça ?

— Devon. Et oh bordel... tu as vu qui se trémousse sur la scène ?!

Je me tordis presque le cou en tournant la tête. Victoria. La vache ! Elle avait été étonnamment discrète sur ses activités, songeai-je en la voyant enchaîner les figures en short en cuir et bas résille.

— T'en savais quelque chose ? demanda Lisa en sirotant son verre. Victoria est une sacrée pipelette, je n'en reviens pas que tu n'en saches rien.

— Tu sais, la plupart du temps, je ne les écoute que d'une oreille, répondis-je, un peu gênée.

Devon était là, affalé sur un canapé Chesterfield, un verre à demi rempli d'un liquide ambré dans la main gauche, son téléphone dans la droite. Une danseuse se frottait à lui sans qu'il ne lui accorde le moindre regard. Elle semblait presque désespérée d'obtenir son attention. Je restai plantée sur mon tabouret, verre en main, à le dévisager sans savoir pourquoi.

Ses cheveux noirs étaient en bataille, quelques mèches tombant sur son front. Une barbe de quelques jours soulignait une mâchoire parfaitement dessinée qui méritait d'être embrassée. Je n'ai pas dit ça. Il portait un T-shirt blanc assez près du corps, laissant deviner sans aucune difficulté ses bras musclés ainsi que le tatouage qui remontait vers son cou, le même jean noir ajusté qu'en début d'après-midi et des bottes. Bordel ! Ce mec est taillé comme un dieu grec. Version biker sexy. Il m'avait beaucoup moins perturbée ce midi. Je mis ça sur le compte du vin, ils sont toujours plus séduisants après deux verres.

— Hé ho, tu m'écoutes ? lança Lisa en riant. Tu devrais aller lui parler avant d'être trop ivre, tu ne crois pas ?

— Je ne sais pas... il a l'air plutôt occupé, non ?

— Occupé ? Il ne lui jette même pas un regard. Sois créative. Et puis les mecs trop beaux sont toujours gays, de toute façon.

Il rendrait un fier service à la gent féminine s'il l'était. Chez moi, on dit : trop beau pour être honnête.

Je bus la dernière gorgée de mon verre, sortis mon téléphone ainsi que la carte qu'il m'avait donnée plus tôt et au dos de laquelle il y avait son numéro.

— Qu'est-ce que tu fais ? demanda Lisa en remplissant nos verres.

— Tu m'as demandé d'être créative, non ? C'est ce que je fais.

EXPÉDITEUR INCONNU 22:45

Tournez la tête à droite.

Quelques secondes passèrent avant qu'il ne tourne la tête et que nos regards se croisent. Sans un mot, il tapota légèrement la hanche de la danseuse qui s'arrêta nette, murmura quelque chose à son frère, puis se leva et se dirigea droit sur nous. En quelques enjambées, il était là, installé entre Lisa et moi, lui tournant littéralement le dos.

Il posa son verre vide sur le bar sans jamais me quitter des yeux. Quelle arrogance de blaireau. Ok... Batman, tu me fais quoi, là ? Une démonstration de testostérone ? Ce type me tapait sérieusement sur les nerfs. Lisa comprit immédiatement. Elle se leva, me fit une bise et murmura :

— Tu me fais un débrief demain. Écris-moi quand tu es rentrée.

Oh non, ne me laisse pas avec lui !

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