LOGINDianeLa porte contre mon dos est froide, une réalité solide à travers la soie fine de ma robe. Mais cette froideur ne parvient pas à éteindre le feu qu’il a allumé. Il couve sous ma peau, une braise sournoise alimentée par le vin, les mots choisis, ce toucher furtif à ma cheveux. Un frisson que je n’ai pas appelé parcourt encore mon échine.Je me relève, les jambes molles. La pièce est immergée dans une pénombre bleutée, seule la lueur des lampadaires de l’extérieur filtre à travers les immenses baies. Ce luxe silencieux me semble soudain une moquerie. Un écrin trop grand pour la proie qui s’y débat.Je m’arrache à la porte, marchant d’un pas raide vers la salle de bain. Je n’allume pas la lumière principale, seulement la petite veilleuse au-dessus du miroir. Mon reflet m’y attend, une silhouette pâle et tremblante encadrée de marbre noir. Les yeux sont trop grands, trop sombres. La bouche, que je vois encore entrouverte sous son regard, semble appartenir à une autre. Une femme en at
DianeIl s’accoude sur la table, rapprochant son visage. La lumière des bougies joue sur ses traits.— J’ai vu que vous ne fuyez pas. J’ai vu que vous observez. J’ai vu une froideur qui n’est pas de l’indifférence, mais du contrôle. Et j’ai vu, dans la vapeur de ce bain, une lueur de défi que vous ne savez pas encore tout à fait cacher.Mon cœur s’accélère. Il a vu. Bien sûr qu’il a vu. Il est payé pour voir.— Ce n’est pas du défi, dis-je en soutenant son regard. C’est de la survie. Il y a une différence.— La survie est un instinct. Le défi est un choix. Vous choisissez de ne pas vous effondrer. De ne pas me supplier. De ne pas jouer la comédie de la séduction facile. C’est un choix intéressant. Courageux. Et peut-être un peu stupide.— Pourquoi stupide ?— Parce qu’il me rend curieux. Et ma curiosité, Diane, est une chose bien plus dangereuse pour vous que mon désir.Le mot « désir » pend dans l’air entre nous, chargé de l’électricité qui a crépité dans la salle de bain. Il l’a nom
DianeIl s’accoude sur la table, rapprochant son visage. La lumière des bougies joue sur ses traits.— J’ai vu que vous ne fuyez pas. J’ai vu que vous observez. J’ai vu une froideur qui n’est pas de l’indifférence, mais du contrôle. Et j’ai vu, dans la vapeur de ce bain, une lueur de défi que vous ne savez pas encore tout à fait cacher.Mon cœur s’accélère. Il a vu. Bien sûr qu’il a vu. Il est payé pour voir.— Ce n’est pas du défi, dis-je en soutenant son regard. C’est de la survie. Il y a une différence.— La survie est un instinct. Le défi est un choix. Vous choisissez de ne pas vous effondrer. De ne pas me supplier. De ne pas jouer la comédie de la séduction facile. C’est un choix intéressant. Courageux. Et peut-être un peu stupide.— Pourquoi stupide ?— Parce qu’il me rend curieux. Et ma curiosité, Diane, est une chose bien plus dangereuse pour vous que mon désir.Le mot « désir » pend dans l’air entre nous, chargé de l’électricité qui a crépité dans la salle de bain. Il l’a nom
DianeLa robe noire. Elle est suspendue dans l’armoire, seule parmi les autres tenues aux couleurs sourdes. Simple, en crêpe de soie, coupée avec une sévérité qui en dit long sur le goût de celui qui l’a choisie. Manches longues, encolure bateau qui glisse sur les épaules, tombant droit jusqu’à mi-mollet. Aucune fioriture. Aucune dentelle. Juste la noirceur pure du tissu et la façon dont il va, je le sais déjà, épouser chaque courbe sans jamais les souligner, les nier tout en les affirmant.Je l’enfile. La soie est froide, lisse comme une seconde peau liquide. Elle glisse sur mes hanches, tombe avec un poids parfait. Devant le miroir, l’effet est saisissant. La pâleur de mon visage et de mes bras émerge du noir comme une apparition. Mes cheveux, séchés, libres et légèrement ondulés, encadrent mes traits d’une façon moins contrôlée, plus sauvage. Le contraste est violent. Je ne suis plus la femme au chignon parfait des paparazzis. Je suis autre chose. Un spectre élégant. Une ombre cons
DianeLe changement de pression dans l’air, le courant froid sur la vapeur, avant même le son de la porte. Mes yeux s’ouvrent.Il est là, dans l’encadrement. Silhouette sombre brisant le champ de vapeur blanche. Il ne dit rien. Il regarde.Tout mon corps se fige, puis, paradoxalement, se détend davantage. C’est arrivé. L’intrusion. Elle était inévitable. La fuite dans l’eau n’était qu’un répit, une illusion.Je ne bouge pas. Je ne cherche pas à me couvrir. L’eau est trouble, laiteuse de vapeur. Elle me voile, sans vraiment me cacher. Je garde la tête appuyée contre le rebord, mes bras allongés le long du corps, immergés. Seuls mes épaules, le haut de ma poitrine, mon cou et mon visage émergent.Je tourne simplement la tête vers lui. Nos regards se croisent à travers la brume.La tension n’est pas un fil qui se tend. C’est une pression qui augmente, comme la vapeur qui sature l’air. Elle est dans l’immobilité de son corps, dans l’intensité de son regard qui balaie la pièce, puis se fix
DianeL’immobilité est devenue intolérable. Le silence de la chambre pèse, un couvercle de plomb posé sur mes pensées. Il faut bouger. Il faut occuper cette enveloppe de chair, lui redonner une sensation qui ne soit pas celle du froid verre ou du vide oppressant.Je me lève, les articulations raides. Je marche vers la salle de bain, mes pas absurdes dans ce désert blanc.La baignoire. Ce sarcophage de porcelaine. Elle trône, ronde, lisse, offrant une promesse d’apesanteur. Une immersion.Je m’approche. Mes doigts effleurent le bord, froid lui aussi. Je tourne les robinets. Un grondement, puis un flot d’eau chaude jaillit, brûlante, créant une brume instantanée sur le miroir immense face à moi. Je laisse couler. La vapeur monte, enveloppante, odorante. L’eau sent le neutre, un parfum d’algue et de minéral déposé par un système de filtration trop parfait. Mais c’est de la chaleur. C’est du mouvement.Je me retourne face à l’armoire à pharmacie, un miroir sans tain. Je m’y regarde. Une f







