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Embrasse-moi encore 6
Embrasse-moi encore 6
Penulis: Déesse

Chapitre 1 — La proximité

Penulis: Déesse
last update Tanggal publikasi: 2026-07-28 23:01:43

Rose

Je me tiens debout devant le bureau d'acajou, les genoux serrés, le dossier contre ma poitrine comme un bouclier. Trois semaines que j'occupe ce poste. Trois semaines que j'apprends à respirer dans l'air raréfié de l'Executive Floor. Trois semaines que je suis à lui sans oser me l'avouer.

Le dossier est lourd contre mes seins. Un rapport sur l'acquisition de Hartwell & Sons que j'ai passé la nuit à relire, à annoter, à apprendre par cœur dans mon petit appartement de Hackney. Je connais chaque chiffre, chaque virgule, chaque faille dans leur comptabilité. Je pourrais le réciter en dormant.

Mais devant lui, je ne suis plus qu'une femme qui tremble.

— Approchez, Miss Thornton.

Sa voix est basse, veloutée, parfaitement modulée. Mr. Blackthorn ne crie jamais. Il n'en a pas besoin. Chaque mot qu'il prononce porte en lui une autorité naturelle, une certitude tranquille que l'univers tout entier se pliera à sa volonté. Y compris moi. Surtout moi.

Je fais trois pas. Le tapis épais étouffe le bruit de mes escarpins , ceux qu'il a choisis, ceux qu'il a fait livrer dans une boîte de grand couturier avec un mot lapidaire : Portez ceci. Jetez le reste. Je me retrouve à moins d'un mètre de lui, assez près pour distinguer les nuances d'ambre dans ses iris gris, assez près pour sentir son parfum. Bois de santal. Cuir. Quelque chose de fumé, comme un feu de cheminée dans une bibliothèque ancienne.

Il ne regarde pas le dossier que je lui tends. Il me regarde, moi.

Ses yeux descendent le long de mon chemisier de soie, s'attardent sur ma taille, remontent jusqu'à mon visage. Ce n'est pas un regard d'homme pressé. C'est un regard de propriétaire qui inspecte son bien. Lent. Méthodique. Insoutenable.

— Vous avez changé de coiffure.

Ce n'est pas une question. Je déglutis. La veille au soir, sur une impulsion que je ne m'explique pas, j'ai relevé mes cheveux en un chignon haut qui dégage ma nuque. Un détail infime. Un geste de femme qui ne me ressemble pas. Il l'a remarqué en une fraction de seconde. Il remarque tout. Chaque changement infime dans mon apparence, chaque variation dans ma voix, chaque frémissement de mes cils. Rien ne lui échappe.

— Oui, monsieur.

Ma voix est plus ferme que je ne l'espérais. C'est une petite victoire. La seule de la journée, probablement.

Il se lève.

Le mouvement est lent, fluide, presque paresseux. Mais je sais qu'il n'y a rien de paresseux chez cet homme. Chaque geste est calculé, chaque silence est une arme, chaque regard est un ordre. Sa silhouette massive contourne le bureau. Il est grand , beaucoup plus grand que moi, et je ne suis pourtant pas petite. Il doit mesurer près d'un mètre quatre-vingt-dix. Ses épaules larges tendent le tissu de sa veste sur mesure. Tout en lui respire la puissance contenue, la force qui n'a pas besoin de se prouver.

Il ne me touche pas. Il fait pire. Il se place derrière moi, si proche que je perçois la chaleur de son corps sans qu'aucun contact n'ait lieu. L'air entre nous devient électrique, dense, presque irrespirable. Je sens mon pouls s'accélérer contre mes côtes, mes tempes qui bourdonnent, mes paumes qui deviennent moites.

— Lisez-moi le rapport, Miss Thornton.

Sa voix me parvient juste au-dessus de l'oreille droite. Chaude. Intime. Terriblement proche. Un frisson descend le long de ma colonne vertébrale, se loge au creux de mes reins, irradie vers des zones que je refuse de nommer. Mes mamelons se durcissent contre la dentelle de mon soutien-gorge. Je prie pour qu'il ne le remarque pas, tout en sachant qu'il ne remarque que cela , chaque frémissement de ma peau, chaque rougeur qui envahit mes joues, chaque abandon involontaire de mon corps.

J'ouvre la chemise cartonnée. Mes doigts tremblent. Les mots dansent devant mes yeux, se brouillent, refusent de se mettre en ordre. Je respire un grand coup. L'air est saturé de son parfum.

— Concernant l'acquisition de Hartwell & Sons, le rapporteur préconise…

— Plus lentement.

J'obéis. Je ralentis le débit, j'articule, je fais danser les chiffres sur ma langue. Ma voix chevrote moins. Je reprends le contrôle, ou du moins l'illusion du contrôle. Il s'est rapproché , je le sais sans le voir, comme un animal sait qu'un prédateur est dans la pièce. L'air a changé de densité. La chaleur de son corps est plus proche, plus insistante. Si je reculais ne serait-ce que d'un centimètre, mon dos toucherait son torse.

Cette pensée me coupe le souffle.

— Le rapport préconise une offre à quatre virgule deux millions, conditionnée à…

Sa main apparaît dans mon champ de vision. Longue, élégante, les ongles parfaitement taillés. Il saisit le dossier sans me toucher , il ne me touche jamais, ou presque jamais, et cette absence de contact est plus dévastatrice que n'importe quelle caresse. Il pose la chemise sur le bureau et revient derrière moi.

— Continuez....de mémoire.

Je ferme les yeux. De mémoire. Il me demande l'impossible. Ou peut-être veut-il simplement m'entendre bafouiller, me voir perdre pied. Peut-être veut-il me rappeler que je ne suis rien sans ses dossiers, rien sans ses ordres, rien sans lui. Peut-être veut-il me briser pour mieux me reconstruire.

— Conditionnée à un audit complet des actifs, murmuré-je, et à une clause de non-concurrence de cinq ans pour les dirigeants sortants. L'offre inclut également une période d'observation de six mois durant laquelle…

— Bien.

Un seul mot. Mais il le prononce si près de mon oreille que je sens son souffle sur ma nuque dégagée. Chaud. Humide. Vivant. Mes jambes menacent de se dérober sous moi. Je sens une chaleur liquide se répandre dans mon bas-ventre, une pulsation sourde entre mes cuisses. C'est de la peur, me dis-je. Ce ne peut être que de la peur. Mais je sais que je me mens.

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Eman Fayez
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