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Chapitre 2 — La proximité 2

作者: Déesse
last update 公開日: 2026-07-28 23:02:17

Rose

Il contourne de nouveau le bureau. Chacun de ses pas est mesuré, silencieux sur l'épaisse moquette. Il se rassied dans son fauteuil de cuir , un trône, vraiment, il n'y a pas d'autre mot et pose ses avant-bras sur l'acajou. Son regard descend le long de mon chemisier, s'arrête ostensiblement sur ma poitrine. Je sais ce qu'il voit : la soie blanche qui épouse la courbe de mes seins, les pointes durcies qui tendent le tissu, le va-et-vient accéléré de ma respiration.

Il ne dit rien. Il n'a rien à dire. Son regard suffit.

La chaleur monte à mes joues. Mon ventre se contracte. L'humiliation devrait me submerger , je devrais me sentir salie, rabaissée, réduite à l'état d'objet. Et je me sens tout cela, oui. Mais au même moment, une vague de désir brut, inavouable, déferle entre mes cuisses. Mon corps me trahit de la pire des manières. Je suis humiliée, et je suis excitée. Ces deux sensations se mêlent en un cocktail toxique qui me donne le vertige.

Je ne me reconnais pas.

Avant lui, j'étais une femme qui n'existait pas. Une ombre dans un open space gris. Une souris qui longeait les murs en espérant qu'on l'oublie. Je n'avais jamais désiré personne , pas vraiment, pas comme ça, pas avec cette violence qui me prend aux tripes et qui me fait oublier qui je suis. Je n'avais jamais senti mon corps s'éveiller, s'ouvrir, réclamer. Je croyais que le désir était une chose qui arrivait aux autres, aux femmes des magazines, aux héroïnes des romans. Pas à moi. Jamais à moi.

Il a tout changé. En trois semaines, il a fait de moi une étrangère dans mon propre corps.

— Vous pouvez disposer, Miss Thornton.

Sa voix est redevenue neutre. Presque indifférente. Comme s'il ne venait pas de me réduire en miettes avec un simple regard. Comme s'il ne savait pas qu'il me faudra des heures pour retrouver un rythme cardiaque normal.

Je tourne les talons. Mes jambes sont en coton. Chaque pas vers la porte est une torture parce que je sais qu'il me regarde partir, qu'il étudie la courbe de mes hanches, le balancement de ma jupe crayon, la manière dont mes chevilles fléchissent dans mes escarpins neufs. Je me sens nue. Je me sens exposée. Je me sens vivante comme jamais je ne l'ai été.

Ma main atteint la poignée. Le métal froid sous mes doigts est un électrochoc. Presque la délivrance.

— Miss Thornton.

Je m'arrête. Mon cœur manque un battement. Ma main se crispe sur la poignée.

— Demain, vous porterez vos cheveux détachés.

Ce n'est pas une suggestion. Ce n'est même pas un ordre. C'est une possession. Il décide de ma coiffure comme il déciderait d'un itinéraire ou d'un menu au restaurant. Il dispose de mon apparence comme il dispose de mon temps, de mon travail, de mes pensées. Il me façonne. Il me modèle. Il fait de moi ce qu'il veut.

Et le pire , le plus terrible, le plus incompréhensible, le plus dévastateur , c'est que je ne proteste pas. Je ne m'indigne pas. Je ne défends pas ma liberté de me coiffer comme je l'entends. Non. Ce que je ressens, au creux de mon ventre, c'est une onde de plaisir pur. Un frisson de satisfaction à l'idée de lui obéir. Une joie obscure et honteuse d'être à ce point sous son emprise.

— Oui, monsieur.

J'ouvre la porte. Je la referme derrière moi. Le bruit sourd du battant qui claque est comme un point final à une phrase que je n'ose pas écrire.

Je m'adosse au mur du couloir. Mes jambes flageolent. Mon cœur bat à tout rompre. Je porte une main à ma nuque, là où son souffle m'a effleurée. La peau est brûlante, comme marquée au fer rouge. L'empreinte invisible de sa voix.

Je ferme les yeux et je le vois. Ses iris gris traversés d'ambre. Sa mâchoire carrée, ses pommettes hautes, ses lèvres pleines. Ses mains posées à plat sur l'acajou. Son regard qui descend le long de mon chemisier. Son souffle dans mon cou.

Je ne sais pas comment je suis arrivée là. Je ne sais pas comment une simple convocation a pu transformer une secrétaire effacée du pool dactylographie en chose personnelle de Mr. Alistair Blackthorn. Je ne sais pas quel engrenage s'est mis en marche ce matin de septembre où tout a basculé.

Ou plutôt si, je le sais. Mais je refuse de l'admettre.

Pour comprendre, il faut remonter le temps. Il faut revenir vingt-trois jours en arrière, ce matin de septembre où une enveloppe kraft a atterri sur mon clavier. Et même plus loin encore , il faut revenir à cet après-midi où le Faucon est descendu de son perchoir pour la première fois, où il a posé les yeux sur moi sans que je le sache, où il a scellé mon destin d'un simple battement de cils.

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