Se connecterVers neuf heures, Madame Lewis entra dans l’open space.
— L’équipe Horizon est attendue dans la salle Atlas dans dix minutes. Les employés concernés se levèrent immédiatement. Léna attrapa son ordinateur portable. En entrant dans la salle de réunion, elle remarqua qu’Adrian n’était pas encore arrivé. Les conversations allaient bon train. — Tu sais pourquoi il a choisi une nouvelle pour le projet ? demanda discrètement un employé. — Aucune idée. — Il doit voir quelque chose en elle. Léna baissa les yeux vers son carnet. Elle faisait semblant de ne pas entendre. La porte s’ouvrit. Le silence retomba aussitôt. Adrian entra, un dossier sous le bras. — Bonjour à tous. — Bonjour, Monsieur Anderson. Il s’installa en bout de table. — Commençons. Pendant près d’une heure, chacun présenta l’avancement de son travail. Adrian écoutait attentivement. Il ne coupait jamais la parole. Il prenait des notes. Puis venait le tour de Léna. Elle se leva. — J’ai revu les prévisions financières en tenant compte des nouvelles données. Elle expliqua son raisonnement. Lorsqu’elle termina, Adrian referma doucement son stylo. — Bien. Il regarda les autres responsables. — Quelqu’un souhaite ajouter quelque chose ? Un homme d’une cinquantaine d’années prit la parole. — Les calculs sont justes. En revanche… Il regarda Léna. — Votre présentation manque encore d’assurance. Léna acquiesça. — Je comprends. Avant qu’elle ne se rassoit, Adrian intervint. — Cela viendra avec l’expérience. Il posa calmement son regard sur elle. — Continuez ainsi. Elle sentit une étrange satisfaction l’envahir. Ces trois mots avaient plus de valeur que tous les compliments qu’elle avait reçus jusque-là À la fin de la réunion, chacun quitta la salle. Alors que Léna rangeait ses affaires, une voix froide retentit derrière elle. — Tu as eu de la chance. Elle se retourna. Victoria. Elle croisait les bras. — Pardon ? — Monsieur Anderson est indulgent avec toi. Léna fronça les sourcils. — Je ne comprends pas. Victoria esquissa un sourire qui n’atteignit jamais ses yeux. — Tu comprendras un jour. Sans attendre de réponse, elle sortit de la salle. Léna resta immobile quelques secondes. Pourquoi avait-elle dit ça ? La journée reprit. Vers midi, Sophie rejoignit Léna à la cafétéria. — Tu viens déjeuner ? — Avec plaisir. Elles s’installèrent près de la baie vitrée. Après quelques minutes, Sophie baissa la voix. — Tu sais… Depuis quelques jours, tu fais beaucoup parler de toi. Léna leva les yeux. — Pourquoi ? — Parce que tu travailles sur Horizon. — Ce n’est qu’un projet. Sophie éclata de rire. — “Qu’un projet” ? Léna, Horizon est le projet le plus important de l’entreprise. Même certains employés présents depuis cinq ans n’y ont jamais participé. Léna sentit un léger malaise. — Tu crois que les autres pensent que je ne mérite pas ma place ? Sophie hésita. — Certains, oui. — Et toi ? — Moi, je pense que si Monsieur Anderson t’a choisie, c’est qu’il avait ses raisons. Léna sourit. — Merci. En fin d’après-midi, alors qu’elle quittait le bâtiment, une pluie soudaine s’abattit sur la ville. Elle fouilla son sac. — Mince… Elle avait oublié son parapluie. Elle s’apprêtait à courir jusqu’à l’arrêt de bus lorsqu’une voiture noire s’arrêta devant l’entrée. Un chauffeur descendit rapidement. Il ouvrit la portière arrière. Adrian sortit du bâtiment. Avant de monter dans la voiture, il aperçut Léna sous le porche. — Vous attendez que la pluie cesse ? — Oui… enfin… Je n’ai pas de parapluie. Adrian regarda le ciel quelques secondes. Puis il retira le parapluie noir que son chauffeur venait de lui tendre. Il le tendit à Léna. — Prenez-le. Elle ouvrit de grands yeux et resta quelques secondes sans bouger. — Oh… non, je ne peux pas. Je… je ne peux pas accepter monsieur. — Pourquoi ? Ce n’est qu’un parapluie. — Mais vous… parce que… c’est le vôtre. Dit elle gêné Un léger sourire apparut sur ses lèvres. — Et vous, vous allez rentrer sous cette pluie ? — De plus, j'ai un chauffeur. Léna baissa les yeux. — Ce n’est pas très grave… Adrian secoua doucement la tête. — Attraper froid dès votre première semaine ne ferait pas bonne impression. Un petit rire échappa à Léna. — Vous avez réponse à tout, on dirait. — C’est l’un des avantages de mon poste. Elle finit par prendre le parapluie — Merci beaucoup, monsieur Anderson — Rendez-le-moi demain. — Promis. Il monta dans la voiture. Le chauffeur referma la portière derrière Adrian Quelques secondes plus tard, le véhicule disparut dans la circulation. Léna resta immobile quelques instants sous le porche, le parapluie entre les mains. Elle le regarda comme si c’était un objet précieux — Tu souris toute seule maintenant ? Léna sursauta. Sophie venait de sortir du bâtiment. Elle s’approcha en riant. — Ne me dis pas que le DG vient de te prêter son parapluie ? Léna haussa les épaules. — Il a juste été poli. Sophie éclata de rire. — “Juste poli” ? Tu sais combien de personnes rêveraient d’avoir une conversation de plus de dix secondes avec lui ? — Tu exagères. — Pas du tout. Elles commencèrent à marcher sous le parapluie. — Tu sais, continua Sophie, tout le monde dit que Monsieur Anderson est un patron exceptionnel. — Je comprends pourquoi. — Il est exigeant, mais il respecte ses employés. C’est rare. Léna acquiesça. — Oui… Elle regarda quelques secondes le parapluie. — Il est très différent de ce que j’imaginais. Sophie sourit. — Tu verras. Plus tu apprendras à le connaître, plus tu comprendras pourquoi tout le monde l’apprécie. Au quatrième étage de l’immeuble, derrière une grande baie vitrée, Victoria observait discrètement les deux jeunes femmes Son regard se posa sur le parapluie. Puis sur Léna. Ses lèvres se pincèrent et son visage se ferma. Une collègue arriva près d’elle. — Tu regardes quoi ? Victoria détourna aussitôt les yeux. — Rien. — Tu n’es pas encore partie ? — J’avais un dossier à terminer. La collègue jeta un coup d’œil vers l’entrée. — Ah… le DG est déjà parti. Victoria répondit d’une voix neutre. — Oui. La collègue sourit. — Il est vraiment gentil avec les nouveaux employés. Victoria ne répondit pas. Elle se contenta de refermer les stores de la fenêtre. Pendant ce temps… À l’intérieur de la voiture. Le chauffeur conduisait en silence. Adrian regardait les gouttes de pluie glisser sur la vitre. Son téléphone vibra. Son assistant venait d’envoyer un message. “ Le projet Horizon est prêt. Mademoiselle Carter intégrera officiellement l’équipe demain matin” Adrian lut le message sans exprimer la moindre émotion. Il verrouilla son téléphone. Puis il reporta son regard vers la ville noyée sous la pluie. Le chauffeur rompit finalement le silence. — Nous rentrons directement au manoir, monsieur ? Adrian réfléchit quelques secondes. — Non. — Où souhaitez-vous aller ? — Au siège secondaire. — Très bien, monsieur. La voiture changea de direction. Adrian resta silencieux, les yeux perdus derrière la vitre. Impossible de deviner ce qui traversait son esprit.Le dimanche matin, Léna vint travailler plus tôt que d’habitude pour s’assurer que rien ne manquait dans son rapport. Elle travailla toute la journée. Le bureau affichait dix-neuf heures trente. Les néons de l’open space éclairaient encore quelques bureaux. Le reste de l’étage était plongé dans le silence. Léna n’avait toujours pas quitté son écran. Des feuilles couvertes de chiffres étaient éparpillées autour d’elle. Elle soupira. — Ça ne peut pas être ça… Elle recommença son calcul. Une deuxième fois. Puis une troisième. Les résultats ne correspondaient toujours pas. Elle passa une main dans ses cheveux. Depuis la réunion, une seule phrase tournait dans sa tête. “Une excellente analyste voit ce que les chiffres annoncent.” — Qu’est-ce qu’il voulait dire par là… ? Plus loin, Ethan rangeait ses affaires. Il s’approcha de son bureau. — Tu rentres quand ? — Je ne sais pas. — Léna… Il est presque vingt heures. Elle leva à peine les yeux. — J’ai promis que j
Le lendemain matin. Lorsque Léna franchit les portes vitrées de l’Anderson Corporation, une étrange sensation l’envahit. Les conversations s’interrompaient à son passage. Deux employées, qui riaient quelques secondes plus tôt, baissèrent immédiatement la voix. Un homme détourna le regard lorsqu’elle croisa le sien. Léna fronça les sourcils. — Qu’est-ce qu’il se passe… ? Elle poursuivit son chemin jusqu’au service stratégie. À peine avait-elle posé son sac qu’Ethan pivota sur sa chaise. — Tu es devenue une célébrité. — Pardon ? — Toute l’entreprise parle de toi. Sophie leva les yeux de son écran. — Pas de la bonne manière… Léna soupira. — Je suppose que c’est à cause d’hier. — À cause d’hier ? répéta Ethan. Tu as défié Aleksander Anderson devant le conseil d’administration! — Je n’ai défié personne. Je défendais simplement mon travail. Ethan secoua la tête. — Tu ne connais pas encore le Président. Ici, personne n’ose le contredire. Victoria referma lentement son
Les employés quittèrent la salle les uns après les autres, évitant soigneusement de croiser le regard d’Aleksander. Léna referma son ordinateur d’un geste un peu brusque. Elle sentait encore le poids des regards sur elle. Elle venait de contredire le PDG devant toute l’équipe. Elle savait déjà que cette histoire ferait le tour de l’entreprise avant la fin de la journée. — Tu es complètement folle… murmura Ethan en marchant à côté d’elle. — Pourquoi ? — Tu es la première personne que je vois répondre au Président sans baisser les yeux Sophie acquiesça. — J’ai cru qu’il allait te renvoyer. Léna laissa échapper un petit rire nerveux. — Moi aussi. Ils arrivèrent devant leurs bureaux. Victoria était déjà installée. Elle releva lentement les yeux. Un sourire discret apparut au coin de ses lèvres. — Tu as eu beaucoup de courage… ou beaucoup d’inconscience. Léna posa son sac. — Merci du compliment. Victoria haussa légèrement les épaules. — Ce n’en était pas un. Puis ell
« Non c’est pas possible »« j’ai insulté le PDG de l’entreprise » Soudainement, Madame Lewis rompit le silence. — Monsieur le Président, permettez-moi de vous présenter les nouveaux collaborateurs. Aleksander détourna enfin les yeux de Léna. Comme si elle n’avait aucune importance. — Commencez. Les présentations débutèrent avec Léna… — voici Léna Carter. Nouvelle recrue du département stratégie. Elle tenta de garder une voix stable. Aleksander consulta brièvement son dossier. Puis releva les yeux. — C’est vous. Ce n’était pas une question. Le silence tomba dans toute la pièce. Léna sentit tous les regards se poser sur elle. — Nous nous sommes déjà rencontrés. Sa gorge se serra. — Oui… monsieur. Madame Lewis fronça les sourcils. — Vous connaissez déjà Monsieur Anderson ? Avant que Léna n’ait le temps de répondre…e Aleksander referma le dossier — Une rencontre assez inattendue. Je ne savais pas que mon entreprise engageait maintenant les
Le vendredi matin. Léna se réveilla avant même que son réveil ne sonne. Elle regarda l’heure. 6 h 03. — Aujourd’hui… Elle n’avait jamais ressenti une telle pression avant d’aller travailler. Après une douche rapide, elle enfila une chemise blanche parfaitement repassée, un pantalon noir ajusté et attacha soigneusement ses cheveux en queue-de-cheval. En se regardant dans le miroir, elle inspira profondément. — Tout ira bien. À sept heures vingt, Anderson Corporation était déjà en effervescence. Les agents de sécurité étaient deux fois plus nombreux. Les réceptionnistes vérifiaient chaque détail. Le moindre grain de poussière semblait avoir disparu. À peine Léna franchit-elle les portes du bâtiment que Madame Lewis l’interpella. — Mademoiselle Carter. — Bonjour, madame. — La réunion Horizon commencera à neuf heures. Avant cela, personne ne quitte son poste. — Bien compris. Madame Lewis observa sa tenue. Puis hocha discrètement la tête. — Vous
Le jeudi matin, l’atmosphère d’Anderson Corporation était différente. Dès son arrivée, Léna sentit que quelque chose avait changé. Le hall était méconnaissable. Des fleuristes terminaient d’installer d’immenses compositions florales. Des agents de sécurité circulaient dans tous les sens. Des agents d’entretien polissaient le sol en marbre avec une minutie presque excessive Les écrans géants diffusaient une vidéo de présentation de l’entreprise, comme lors des grands événements. Les employés marchaient rapidement, dossiers serrés contre eux Même les réceptionnistes semblaient plus nerveuses que d’habitude Les conversations étaient plus discrètes. Même les éclats de rire habituels semblaient avoir disparu. Personne ne semblait avoir le temps de discuter Léna observa la scène avec curiosité. — On dirait que tout le monde retient son souffle… Elle fronça légèrement les sourcils. — Il se passe quoi aujourd’hui ? Pensa t-elle A peine arrivée, elle se dirigea vers le bureau







