LOGINLe jeudi matin, l’atmosphère d’Anderson Corporation était différente.
Dès son arrivée, Léna sentit que quelque chose avait changé. Le hall était méconnaissable. Des fleuristes terminaient d’installer d’immenses compositions florales. Des agents de sécurité circulaient dans tous les sens. Des agents d’entretien polissaient le sol en marbre avec une minutie presque excessive Les écrans géants diffusaient une vidéo de présentation de l’entreprise, comme lors des grands événements. Les employés marchaient rapidement, dossiers serrés contre eux Même les réceptionnistes semblaient plus nerveuses que d’habitude Les conversations étaient plus discrètes. Même les éclats de rire habituels semblaient avoir disparu. Personne ne semblait avoir le temps de discuter Léna observa la scène avec curiosité. — On dirait que tout le monde retient son souffle… Elle fronça légèrement les sourcils. — Il se passe quoi aujourd’hui ? Pensa t-elle A peine arrivée, elle se dirigea vers le bureau de Sophie. Sophie leva les yeux de son ordinateur. — Que se passe-t-il ? — Tu ne l’as pas remarqué ?dit Sophie en lui tendant une tasse de café — Remarqué quoi ? — Tu vas en avoir besoin — À ce point-là ? Sophie souffla. — Tu ne peux pas imaginer. Tu ne vois pas que tout le monde est en mode panique. Demain, le Président sera ici — Oui mais pourquoi toute cette agitation ? Ce n’est pas un chef d'État. Sophie éclata de rire. — Pour certains, il est presque aussi important qu’un chef d’état. Et crois-moi… Tout le monde veut éviter d’être celui qui attirera son attention Ethan arriva avec son café le déposa sur le bureau et ajusta sa cravate. — Oui Léna le grand patron revient bientôt et ici il est considéré comme un chef d'État. — Tu vois cette cravate ? Léna hocha la tête. — Oui. — C’est la troisième que je mets ce matin. Elle éclata de rire. — Tu plaisantes ? — Pas du tout. Il se pencha vers elle. — Il paraît qu’il remarque tout. Une tache. Une faute. Une attitude. Un retard. Rien ne lui échappe — Tout ça seulement pour ça ? Il éclata de rire. — “Seulement” ? — Vous avez vraiment peur de lui. Sophie répondit sans hésiter. — On le respecte. Ce n’est pas la même chose Tu verras quand tu rencontreras Aleksander Anderson. — Vous en faites vraiment trop. — Tu sais , même les directeurs respirent moins fort quand il est là. Léna secoua la tête. — Vous exagérez tous. — Tu crois ? — Attends demain. Tu comprendras Ethan désigna les baies vitrées. — Elles sont nettoyées deux fois par jour depuis hier. Même les plantes ont été remplacées. Sophie ajouta : — Madame Lewis a demandé que tous les bureaux soient impeccables avant demain. — Pourquoi ? — Parce que le PDG déteste le désordre. Léna haussa les épaules. — Ça ne peut pas être si terrible. Ethan et Sophie échangèrent un regard. Puis éclatèrent de rire. — Tu diras ça après l’avoir rencontré. À neuf heures, Madame Lewis convoqua toute l’équipe Horizon. Personne n’osa arriver en retard. La responsable attendit que tout le monde soit assis avant de prendre la parole Son regard était plus sévère qu’à l’habitude. — Demain matin sera une journée importante pour cette entreprise car le Président-Directeur Général fera le tour des différents services. Elle fit quelques pas devant la table. — Le Président-Directeur Général visitera personnellement chaque département Je ne veux voir aucun bureau en désordre. Aucun dossier incomplet. Aucune erreur. Elle balaya la salle du regard. Elle posa les mains sur la table. — Si une question vous est posée, répondez clairement. Si aucune question ne vous est posée… Ne parlez pas Le silence était si profond qu’on entendait presque la climatisation fonctionner. — Est-ce bien compris ? — Oui, madame — Monsieur Anderson remarque des détails que la plupart des gens ne voient même pas. Dit l’un des chefs de département Un employé avala difficilement sa salive. Léna remarqua la tension sur les visages. Elle ne comprenait toujours pas comment un seul homme pouvait provoquer autant d’inquiétude. La réunion terminée, chacun retourna à son poste. Léna s’installa devant son ordinateur et continua de travailler sur les derniers documents du projet Horizon. Après plusieurs heures, elle sentit une présence près de son bureau. Elle leva la tête. Adrian. Toujours impeccablement habillé. Toujours ce sourire calme qui semblait rassurer tout le monde. — Bonjour, Mademoiselle Carter. — Bonjour, Monsieur Anderson. Il posa un dossier devant elle. — J’ai relu votre dernière analyse. Très bon travail. Elle sourit. — Merci. — En revanche… Il ouvrit le dossier. — Ici. Il désigna une ligne. — Votre idée est excellente, mais votre démonstration manque de précision. Léna observa les chiffres. Il avait raison. Encore une fois — Vous avez raison. Je vais la retravailler. — Je n’en doute pas Adrian referma le dossier. — Ne voyez pas une correction comme une critique. Voyez-la comme une occasion de progresser. — Le talent ouvre une porte. Le travail permet d’y rester. Ces mots restèrent gravés dans l’esprit de Léna. Elle hocha doucement la tête. — Je m’en souviendrai. Il lui adressa un léger sourire. — J’en suis certain. — Merci pour votre conseil. — Continuez à travailler ainsi Vous avez du potentiel. Puis il reprit sa route. Plusieurs employés avaient discrètement observé la scène. Lorsque le DG disparut au bout du couloir, Ethan s’approcha discrètement. — Tu sais… Le DG n’encourage presque jamais quelqu’un de cette façon. Léna baissa les yeux. — Peut-être qu’il veut simplement que le projet réussisse Ethan sourit. — Peut-être… En début d’après-midi, la cafétéria était particulièrement animée. Léna déjeunait avec Sophie et Ethan. Toutes les conversations tournaient autour du retour du PDG. — On raconte qu’il a annulé un contrat de plusieurs millions parce qu’un partenaire lui a menti. — J’ai entendu dire qu’il ne sourit jamais — Tu sais qu’il a fermé une filiale entière en une seule journée ? — Mon cousin travaille dans une filiale. Il affirme que personne n’ose le contredire. — On raconte qu’il a licencié trois directeurs pendant une réunion. — Il paraît qu’il ne serre jamais la main de personne. Léna leva les yeux au ciel et posa sa fourchette. — Franchement… — Vous croyez vraiment tout ce qu’on raconte ? Sophie rit. — Ce sont surtout des rumeurs. De plus, les rumeurs grandissent toujours autour des gens puissants. Personne ne sait vraiment comment il est. La vérité… On la découvrira demain. Ethan haussa les épaules. — Mais une chose est sûre. Quand il est là… Tout le monde se tient à carreau. Alors qu’ils quittaient la cafétéria, Victoria croisa leur chemin. Elle s’arrêta devant Léna. — Madame Lewis te cherche. — Ah… merci. Victoria fit mine de repartir. Puis elle ajouta sans la regarder : — Demain… Ne cherche pas à attirer l’attention. Léna fronça les sourcils. — Je n’ai jamais essayé de le faire. Victoria soutint son regard quelques secondes. — Tant mieux. Parce que certaines personnes oublient vite leur place. Et le Président déteste les employés qui oublient leur place et qui veulent se faire remarquer. Puis elle reprit son chemin, ses talons résonnant sur le marbre. Léna resta immobile. — Pourquoi a-t-elle l’impression que je suis une menace… ? Sophie soupira. — Ne fais pas attention. — Elle me parle toujours comme si j’avais fait quelque chose de mal. — C’est Victoria… Elle est comme ça. Enfin… Pas avec tout le monde. Sophie posa une main sur son épaule. — Mais Ignore-la juste Victoria est brillante… Mais… Léna remarqua l’hésitation. Mais elle préféra ne rien demander. En fin d’après-midi, Madame Lewis remit à chaque membre de l’équipe un dossier. — Voici le programme de demain. L’arrivée du Président est prévue à huit heures trente précises. Tous les employés devront être à leur poste quinze minutes avant. Personne ne quitte son bureau sans autorisation. Personne n’interrompt la visite. Est-ce bien compris ? — Oui, madame. Léna prit son dossier. Son cœur battait un peu plus vite. Elle ne savait pas pourquoi. La journée toucha à sa fin. Léna quitta l’entreprise alors que le soleil disparaissait derrière les gratte-ciel. Dans le bus qui la ramenait chez elle, elle posa sa tête contre la vitre. Ses pensées dérivèrent malgré elle vers la salle de sport. Elle revit ce regard gris. Cette voix calme. Cette façon de la remettre à sa place sans jamais élever le ton. Elle souffla, agacée. — Quel homme insupportable… Après un heure de route, Elle arriva chez elle épuisée. Après une douche, elle s’installa sur son canapé avec une tasse de thé. Pourtant… Une image refusait de quitter son esprit. Le même homme Les mêmes yeux gris La même voix calme Et le même regard glacial. Cette même phrase “Les personnes compétentes n’ont pas besoin de parler autant.” Depuis son trajet en bus jusque chez elle son esprit n’était focalisé qu’à la journée d’hier et à sa rencontre infructueuse. En se remémorant cette journée, Elle serra les dents. — Quel homme agaçant… C’est l’homme le plus arrogant que j’ai rencontré de toute ma vie. Sur ces mot , elle se mit au lit, éteignit la lumière et s’endormît sans savoir que, quelques kilomètres plus loin, cet homme préparait lui aussi la journée du lendemain Au même instant, dans la suite présidentielle d’un hôtel cinq étoiles, un homme refermait le dossier qu’il lisait. Son assistant entra. — Monsieur Anderson, tout est prêt pour demain. Aleksander leva lentement les yeux. — Bien. — Votre arrivée au siège est confirmée pour huit heures trente. Il acquiesça. L’assistant s’apprêtait à repartir lorsque la voix froide d’Aleksander le retint. — Faites également préparer la salle du conseil. — Bien, monsieur. La porte se referma. Aleksander se dirigea vers la baie vitrée. La ville brillait sous les lumières de la nuit. Une image lui traversa brièvement l’esprit. Une jeune femme incapable de se taire. Il pinça légèrement les lèvres. — Insolente… Le lendemain matin… Le destin les remettrait face à face. Et cette fois… Aucun des deux ne pourrait tourner les talons.Le samedi matin, Léna ouvrit les rideaux de son appartement en laissant entrer les premiers rayons du soleil.Pour la première fois depuis des semaines, aucun réveil ne l’avait tirée du sommeil.Aucun rapport à terminer.Aucune réunion.Aucun dossier Orion.Elle poussa un profond soupir de satisfaction.Aujourd’hui…Elle comptait simplement profiter de sa journée.Son téléphone vibra.SophiaNe sois pas en retard. Ethan est déjà arrivé et il prétend qu’il va goûter tous les stands du festival.Un sourire étira les lèvres de Léna.J’arrive.Le festival gastronomique attirait déjà une foule impressionnante.Des artistes jouaient dans les rues.Des enfants couraient entre les stands.L’air embaumait le pain chaud, les pâtisseries et les épices.— Enfin !s’exclama Ethan.— Tu sais qu’on t’attend depuis quinze minutes ?— Quinze ?demanda Léna.— Trois, corrigea Sophie.— Merci de rétablir la vérité.Ils éclatèrent de rire.Pendant près de deux heures, ils oublièrent complètement le tr
Le vendredi matin, Léna arriva devant le siège d’Anderson Corporation avec un café fumant entre les mains.Pour la première fois depuis son embauche, elle ne regarda pas l’immense façade de verre avec appréhension.Elle poussa les portes automatiques.— Tu as cinq minutes de retard.Léna leva les yeux.Sophie l’attendait, les bras croisés, un chocolat chaud à la main.— Cinq minutes ?— Quatre minutes et cinquante-huit secondes.— Tu les as comptées ?— Évidemment.Léna éclata de rire.— Tu es impossible.— Et pourtant tu m’adores.— Ça reste à prouver.Les deux jeunes femmes se dirigèrent vers les ascenseurs en plaisantant.À peine les portes s’ouvrirent qu’une voix les interrompit.— Vous comptez monter sans votre collègue préféré ?Ethan arriva en trottinant, une viennoiserie à moitié entamée dans une main.Sophie leva les yeux au ciel.— Tu as encore acheté tout le rayon de la boulangerie ?— Faux.Il en restait.Les trois éclatèrent de rire avant d’entrer dans l’ascenseur.Pendan
Le lendemain matin, Léna repensa malgré elle à la veille.Au regard d’Adrian.À son téléphone qui avait vibré.À cette expression qu’il n’avait pas réussi à cacher.Elle secoua doucement la tête.Tu te fais des films…En entrant dans le hall d’Anderson Corporation, elle l’aperçut justement.Il discutait avec deux responsables du département juridique.Costume impeccable.Sourire maîtrisé.Calme, comme si rien ne s’était passé.Lorsqu’il croisa son regard, il lui adressa un léger signe de tête.— Bonjour, Léna.— Bonjour.Puis il reprit sa conversation.Elle esquissa un petit sourire.Finalement… elle avait sans doute exagéré Quelques minutes plus tard, elle entra dans la salle Atlas.Donovan était déjà installé devant son ordinateur, une tasse de café fumante à la main.À l’autre bout de la table, Clara Morel relisait plusieurs documents avec une concentration impressionnante.Madame Lewis arriva presque aussitôt.Elle posa un dossier épais au centre de la table.— Bien.Nous entrons
Le rire de Sophie résonna dans le hall d’Anderson Corporation.— Tu vas finir par être en retard !Léna accéléra le pas, un café à la main.— C’est de ta faute ! Tu as voulu t’arrêter à cette boulangerie.— Et tu ne regrettes pas ce croissant.Léna leva les yeux au ciel avant d’éclater de rire.Depuis quelques jours…Les matins n’étaient plus aussi lourds.Le siège de l’entreprise ne lui donnait plus cette impression d’entrer dans un champ de bataille.Les regards avaient changé.Les chuchotements s’étaient faits plus rares.Et, sans qu’elle ose vraiment y croire…Elle commençait à avoir sa place.À peine installée, Ethan passa entre les bureaux.— Réunion de l’équipe Orion dans quinze minutes.Mais rassurez-vous…Personne ne va mourir aujourd’hui.Quelques rires s’élevèrent.Même Madame Lewis, qui venait d’entrer, esquissa un sourire presque imperceptible.— Monsieur Harris.Si vous avez terminé votre spectacle…Nous pouvons commencer.Le silence retomba aussitôt.Dans la salle Atlas
Le lundi suivant L’Anderson Corporation semblait plus agitée qu’à l’accoutumée. Des employés en costume traversaient les couloirs à toute vitesse. Des équipes techniques installaient des écrans supplémentaires dans le hall. Même la sécurité avait été renforcée. Léna fronça les sourcils. — Qu’est-ce qui se passe ? Ethan leva les yeux de son ordinateur. — Tu ne regardes jamais les mails de la direction ? — Je les lis… Enfin… presque tous. Il éclata de rire. — Aujourd’hui, le conseil d’administration reçoit des investisseurs étrangers. Le siège est en état d’alerte. — À ce point ? — Si un seul détail tourne mal, certains contrats peuvent tomber à l’eau. Léna observa l’effervescence autour d’elle. Pour la première fois, elle comprenait que derrière les chiffres qu’elle analysait se trouvaient de vraies décisions. À dix heures, Madame Lewis entra dans le département. — Mademoiselle Carter. Vous m’accompagnez. Léna se leva immédiatement. — Moi ? — Vous avez travail
Le vendredi matin.Léna n’avait presque pas dormi.La présentation du Projet Orion tournait encore dans sa tête.Chaque question d’Aleksander.Chaque silence.Chaque regard posé sur les graphiques.Et surtout…Ce simple :« Très bien. »Étrangement…C’était la phrase qui l’avait le plus marquée. À neuf heures.Madame Lewis sortit de son bureau.— Mademoiselle Carter.Mon bureau.Immédiatement.Plusieurs têtes se relevèrent.Léna sentit son estomac se nouer.Elle suivit sa supérieure.Une fois la porte refermée, Madame Lewis lui tendit une chemise cartonnée.— À partir de lundi, vous rejoindrez l’équipe Orion à temps partiel.Léna resta figée.— Pardon ?— Vous avez démontré que vous étiez capable de produire des analyses fiables sous pression.Elle ouvrit la chemise.Son nom figurait en première page.En dessous…Accès temporaire — Niveau confidentiel.— Vous serez amenée à travailler directement avec plusieurs directions du groupe.Votre travail sera soumis à des exigences supérieur







