LOGINIl sourit. Il défit sa chemise, bouton par bouton, lentement. Je le regardai faire. Son torse était musclé, bronzé, marqué par quelques cicatrices – celle de son enfance, celle de sa vie. Il n’essayait pas de les cacher. Il les offrait.– À toi, dit-il en s’approchant.Il défit ma robe, doucement. Le tissu glissa sur mes épaules, tomba à mes pieds. Je restai en sous-vêtements, frissonnant.– Tu as froid ? demanda-t-il.– Non. C’est toi.– C’est toujours moi.Il m’embrassa. Pas comme la première fois – ce baiser-là était plus lent, plus profond, plus vrai. Il n’y avait plus d’urgence, plus de peur, plus de mensonge.Il m’allongea sur le lit. Il se coucha à côté de moi, ses doigts parcourant mon corps comme pour l’apprendre à nouveau.– Cette fois, c’est la vraie première fois, murmura-t-il.– Pourquoi ?– Parce que l’autre fois, on avait peur. On jouait un rôle. On se cachait derrière nos blessures.– Et maintenant ?– Maintenant, on est juste toi et moi. Sans masque. Sans contrat.– J
À un moment, il prit ma main. Il la retourna, paume vers le ciel. Il caressa du bout des doigts les lignes de ma main, doucement, lentement.– Qu’est-ce que tu fais ? demandai-je.– Je t’apprends à me toucher. Sans peur. Sans contrat. Sans rôle.– C’est étrange, ce que tu dis.– C’est la vérité.Il leva ma main à ses lèvres. Il embrassa le creux de ma paume. Un baiser léger, presque rien.– Je t’aime, Léa. Je n’attends rien de toi. Je voulais juste que tu le saches.Il reposa ma main, se leva, éteignit la télévision.– Je vais me coucher, dit-il. Bonne nuit.– Julien…– Oui ?– Merci d’attendre.Il sourit. Un sourire doux, fatigué, sincère.– Je t’attendrai toujours, murmura-t-il.Il monta l’escalier. Je restai seule dans le salon, la main encore chaude de son baiser.Je ne lui avais toujours pas dit « je t’aime ».Mais mon cœur, lui, commençait à le crier.___Le lendemain, je me réveillai avant lui.Je descendis à la cuisine. Je préparai le café – deux tasses, la sienne noire, la mi
Les jours suivants, il ne me pressa pas.Il ne me parla pas de « je t’aime ». Il ne me demanda pas de réponse. Il ne me fit pas de grand geste, ni de déclaration. Il se contenta d’être là.Le matin, il préparait le café. Il me tendait ma tasse sans un mot, mais avec un petit sourire. Le soir, il cuisinait – des plats simples, des pâtes, des omelettes – et nous mangions ensemble, en silence, mais un silence apaisé.Il ne me touchait pas. Il ne cherchait pas mon regard. Il attendait.– Tu ne me demandes rien ? finis-je par lui dire, le troisième soir.– Non.– Pourquoi ?– Parce que tu as besoin de temps. Parce que je ne veux pas te brusquer. Parce que la dernière fois, j’ai tout gâché en allant trop vite.– Et si j’ai besoin de beaucoup de temps ?– Je prendrai beaucoup de temps.– Et si je n’arrive jamais à te répondre ?– Alors j’attendrai quand même.– C’est absurde.– C’est l’amour.Je ne sus pas quoi répondre. Je baissai les yeux sur mon assiette.Il avait changé. Il n’était plus
Il m’embrassa. Doucement, longuement, comme pour sceller une promesse.– Tu veux qu’on déchire le contrat ? demanda-t-il.– Pas tout de suite.– Pourquoi ?– Parce que j’aime l’avoir sous les yeux. Il me rappelle d’où on vient. Il me rappelle qu’on a survécu à nos mensonges.– Tu es étrange, dit-il.– Toi aussi.– On est faits pour s’entendre.Il me prit dans ses bras. Je me blottis contre sa poitrine, écoutant son cœur battre.– Demain, on annonce la bonne nouvelle à ton grand-père ? demandai-je.– La bonne nouvelle ?– Qu’on est vraiment ensemble. Plus de contrat. Plus de mensonges.– Il sera heureux.– Il le mérite.– Toi aussi, tu le mérites.Je levai la tête. Je le regardai.– Je t’aime, Julien.– Je t’aime aussi, Léa.Nous restâmes enlacés jusqu’à ce que la nuit tombe.Le contrat était toujours là, dans le tiroir.Mais il ne pesait plus rien.***Il avait dit « je t’aime ».Je l’avais entendu. Je l’avais même répété, une fois, dans le jardin de son grand-père. Mais là, dans le s
Le reste du week-end fut différent.Nous ne jouions plus la comédie. Nous étions nous-mêmes – fragiles, hésitants, mais vrais. Nous nous promenions dans le jardin main dans la main, sans parler. Nous regardions la rivière couler, les feuilles tomber. Julien me caressait les cheveux, je posais ma tête sur son épaule.– Je ne veux plus te perdre, murmura-t-il.– Tu ne me perdras pas.– Tu ne peux pas le promettre.– Si. Je le peux. Parce que je choisis de rester. Pas à cause du contrat. Parce que je t’aime.Il s’arrêta. Il me regarda, ses yeux brillants.– Dis-le encore, dit-il.– Je t’aime.– Encore.– Je t’aime, Julien.Il m’embrassa. Un baiser lent, profond, qui semblait durer des heures.– Je t’aime aussi, dit-il contre mes lèvres. Depuis le premier jour. Depuis le café. Depuis que tu as levé les yeux vers moi.– Tu portais des lunettes de soleil.– Je t’ai regardée quand même. Longtemps. Avant d’enlever mes lunettes. Je t’ai vue, fragile et forte à la fois. Et j’ai su que tu serais
– Parce que je t’aime, imbécile. Parce que je t’aime et que j’ai peur. Parce que tu m’as dit que ce n’était que du sexe et que ça m’a brisée.– Je sais. Je suis désolé. Je suis vraiment désolé.Il se leva, vint s’agenouiller devant moi. Il prit mes mains.– Je t’aime, Léa. Je ne veux plus mentir. Je ne veux plus jouer. Je veux être avec toi. Vraiment. Pour de vrai.– Et le contrat ?– On le déchire.– Et ton héritage ?– On trouvera une solution.– Et si ton grand-père apprend la vérité ?– Il la saura. Un jour. Mais pas ce soir. Ce soir, je veux juste être avec toi.Il m’embrassa. Doucement, longuement. Ses lèvres avaient le goût des larmes et du porto.Je pleurais encore. Mais ce n’étaient plus des larmes de peur.C’étaient des larmes de joie.***Le lendemain matin, Édouard nous invita à prendre le petit-déjeuner dans sa chambre.Il était dans son fauteuil roulant, près de la fenêtre. La lumière du soleil éclairait son visage ridé, ses mains osseuses posées sur une tasse de thé.–







