LOGINElle soupire, pose le livre qu'elle était en train de lire. Son regard se durcit, se ferme.— Tu recommences.— Je ne recommence rien. Je dis juste que vous êtes très proches. C'est un fait.— On est amis. Je te l'ai déjà dit cent fois. Des centaines de fois.— L'amitié, ça peut évoluer. Les sentiments, ça change. Regarde-nous. On n'était pas censés tomber amoureux.— Pas la nôtre. Gabriel est marié. Il a une fille. Et je t'aime, toi. Pourquoi tu ne veux pas me croire ? Pourquoi tu doutes toujours ?— Parce que je vois comment il te regarde.— Il ne me regarde pas d'une façon particulière.— Si. Comme un homme qui attend son heure. Patiemment. Silencieusement.Elle se lève, furieuse. Ses yeux lancent des éclairs, ses joues se sont empourprées.— Tu es injuste, Léo. Tu es injuste et tu es blessant. Gabriel est mon ami. Il était là bien avant toi. Il a toujours été là pour moi, dans les
Je m'approche de lui et je prends son visage entre mes mains. Ses joues sont râpeuses, il ne s'est pas rasé ce matin. Ses yeux sont fiévreux, agités de démons intérieurs.— Personne ne prendra ta place, Léo. Personne. Tu m'entends ? Personne.— Comment tu peux en être sûre ?— Parce que je t'aime. Toi. Pas Gabriel. Pas un autre. Toi. Avec tes peurs, tes blessures, ta jalousie. Toi.Il ferme les yeux et pose son front contre le mien. Sa respiration est saccadée, son cœur bat la chamade sous ma main.— Pardon, murmure-t-il. Pardon. Je suis idiot. Je suis un idiot jaloux et pathétique.— Oui, tu es idiot. Mais je t'aime quand même.Il sourit faiblement.— Vraiment ?— Vraiment. Maintenant, on va dîner. Et tu vas arrêter de voir des rivaux partout.— Je vais essayer.— Non. Tu vas faire.Il rouvre les yeux et me regarde. La tempête s'apaise un peu dans ses prunelles noir
J'ai pris le livre, je l'ai ouvert délicatement. L'odeur du vieux papier, ce parfum inimitable de poussière, d'encre ancienne, de souvenirs accumulés, m'a enveloppée. J'ai tout de suite su que ce livre était spécial, qu'il portait en lui des générations de rires, de larmes, de voix qui lisent à haute voix, de doigts qui tournent les pages. — Je peux le faire, ai-je dit. Mais ça prendra du temps. Plusieurs semaines, peut-être plusieurs mois. La reliure est très abîmée. — Prenez tout le temps qu'il faut. L'important, c'est qu'il soit sauvé. Il est revenu chaque semaine pour prendre des nouvelles du livre. Et peu à peu, insensiblement, on est devenus amis. Il restait boire un café après la fermeture, on parlait de tout et de rien, assis sur les tabourets de l'atelier. De sa fille Alice, de son travail d'architecte, de sa passion pour les livres anciens qu'il collectionnait avec patience. Il était doux, calme, posé. Une présen
Elle pose sa tête contre ma poitrine et soupire d'aise. Je respire son odeur, ce mélange inimitable de savon, de cuisine, de thé et d'elle. Mon odeur préférée. Celle qui dit "maison".— Qu'est-ce que tu prépares ?— Des pâtes.— Encore ?— Tu aimes les pâtes.— J'aime tout ce que tu fais.— Menteur. La dernière fois, tu as détesté mon gratin de courgettes.— Le gratin était une erreur. Un accident de parcours. Les pâtes, c'est une valeur sûre.Elle lève la tête et m'embrasse. Un baiser rapide, tendre, familier.— Va mettre la table, dit-elle.— À vos ordres.Je mets la table. Deux assiettes, deux verres, deux couverts. Une bougie que j'allume, parce que j'aime la regarder à la lueur des bougies, voir les ombres danser sur son visage. Le vin, un rouge qu'elle aime bien, un Côtes-du-Rhône sans prétention.On dîne en parlant de tout et de rien. De sa journée à la librai
Il y a les jours de cinéma. On choisit un film au hasard, parfois mauvais, parfois génial. On se tient la main dans le noir de la salle, nos doigts entrelacés sur l'accoudoir. On partage un popcorn, nos mains se frôlant dans le seau. On commente à voix basse, au grand dam de nos voisins. Elle pleure aux films tristes, sans retenue, les larmes dévalant ses joues dans la pénombre. Moi aussi, mais je le cache mal. Elle essuie mes larmes avec son pouce, se moque gentiment.— Tu es un grand sensible, Léo Marceau.— Je ne pleure pas. J'ai une poussière dans l'œil.— Bien sûr. Une poussière qui revient à chaque scène triste.Il y a les jours de dispute. Des vraies disputes, pour des choses importantes ou pour rien. La vaisselle qui s'accumule dans l'évier et que personne ne lave. Un mot mal interprété, une phrase qui dépasse. Une jalousie qui resurgit, comme une vieille blessure qui ne guérit jamais vraiment. On se crie dessus, on claque des portes, on se réfugie chacun dans son coin. Moi da
LéoLe réveil sonne. Sept heures.Je l'éteins avant qu'il ne la réveille. Ma main trouve le bouton par habitude, dans le noir, sans même ouvrir les yeux. Elle dort encore, recroquevillée contre moi, ses cheveux blonds étalés sur l'oreiller comme une rivière d'or pâle. Sa respiration est régulière, paisible, ce souffle léger qui soulève à peine sa poitrine. Elle sourit dans son sommeil. À quoi rêve-t-elle ? À des livres, peut-être, elle qui passe sa vie entre leurs pages. À nous. À des lendemains qui chantent. À des choses simples et belles.Je reste un moment à la regarder, immobile, retenant presque mon souffle pour ne pas troubler cet instant. Je pourrais faire ça toute la journée. Rester là, allongé, à regarder ses paupières frémir, ses l&egra
Il reste figé un long moment. Puis il sourit, un sourire tremblant, incertain, magnifique.— Moi aussi, je t'aime, Lysandre. Je crois que je t'aime depuis le premier jour où tu m'as rembarré.— Je ne t'ai pas rembarré.&md
GabrielLe jour se lève, gris et laiteux. Il filtre à travers les stores à lamelles de ma chambre, dessinant des cicatrices de lumière sur le parquet et sur mon corps nu.Je n’ai pas dormi.La nuit a été un long combat contre les draps, contre le silence, contre l’image de son poignet offert, veiné
LysandreLa porte de mon appartement se referme dans un claquement sourd. Le silence qui s’ensuit est total, absolu. Il résonne dans mes oreilles, dans mes os. Je m’adosse au bois froid, les paumes à plat, et je glisse lentement vers le sol, comme si tous mes muscles lâchaient à la fois.Mon poigne
GabrielLa pluie a cessé. Elle a laissé la ville luisante, reflétant les lampadaires dans des flaques qui sont autant de lunes brisées. Je marche. Mes pas n’ont pas de destination, juste un besoin de mouvement, de faire circuler ce tourbillon à l’intérieur de ma poitrine.Le baiser sur sa main brûl







