LOGINLa vengeance du sultan Résumé : Quand Clara arrive au palais d'Al-Mansour, elle croit avoir décroché le contrat du siècle. Mais dès son premier jour, le sultan lui impose des règles absurdes : ne jamais le regarder dans les yeux, ne jamais quitter ses appartements sans escorte, ne jamais poser de questions. Furieuse, elle veut partir, mais Rahim lui révèle la vérité : sa femme a été assassinée, et Clara est le sosie parfait pour servir d'appât. Si elle accepte de jouer le rôle de la sultane lors d'une grande réception, il financera tous ses projets futurs. Prise au piège, elle accepte. Mais dans l'ombre des jardins suspendus et la chaleur des nuits du désert, l'attirance entre eux devient impossible à ignorer. Rahim est-il vraiment aussi froid qu'il le paraît ? Ou cache-t-il un cœur brisé sous son armure de glace ?
View MoreChapitre 1
Clara
La chaleur du désert m'enveloppe comme un manteau de soie brûlante dès que je pose le pied hors de la voiture climatisée. Le trajet depuis l'aéroport m'a semblé interminable, chaque kilomètre m'éloignant un peu plus de tout ce que je connais pour m'enfoncer dans un monde qui semble appartenir à un autre temps. J'ai vingt-sept ans, un diplôme d'architecture obtenu avec les honneurs, une carrière naissante mais prometteuse, et pourtant rien, absolument rien, ne m'a préparée à ce que je découvre en relevant les yeux.
Le palais d'Al-Mansour se dresse devant moi comme un mirage sculpté dans la pierre blonde et l'or.
Je reste figée sur le gravier immaculé de la cour d'honneur, ma mallette de cuir serrée contre ma poitrine, le souffle coupé par tant de beauté. Les coupoles s'élancent vers le ciel d'un bleu implacable, leurs faïences turquoise capturant la lumière du soleil pour la renvoyer en mille éclats éblouissants. Les arches s'enchaînent dans une symphonie géométrique parfaite, chacune ornée de moucharabiehs si finement ciselés qu'ils ressemblent à de la dentelle de pierre. Des fontaines chantent dans les patios intérieurs, leur murmure aquatique se mêlant au parfum entêtant des jasmins et des roses de Damas qui cascadent le long des murs. Ce n'est pas un bâtiment, c'est un poème minéral, une déclaration d'amour à la beauté pure.
Je sens mon cœur battre plus vite, non pas d'angoisse mais d'excitation pure. C'est donc ici que je vais travailler. Moi, Clara Moreau, vingt-sept ans, architecte spécialisée en restauration patrimoniale, je vais pouvoir poser mes mains sur ces pierres chargées d'histoire, étudier ces voûtes, comprendre les secrets de ces proportions parfaites. Le contrat que j'ai décroché après des mois de négociations intenses est le plus important de ma carrière : superviser la rénovation d'une aile historique du palais, un projet pharaonique qui pourrait asseoir définitivement ma réputation.
Un homme vêtu d'une longue robe traditionnelle sombre s'avance vers moi, le visage impassible, les gestes mesurés. Il doit avoir une cinquantaine d'années, peut-être plus, et son maintien militaire contraste avec la douceur de sa voix quand il m'accueille dans un anglais parfait.
— Mademoiselle Moreau, bienvenue au palais d'Al-Mansour. Je suis Idris, chef de la garde de Sa Majesté le Sultan. Veuillez me suivre, je vous prie.
Sa Majesté le Sultan. Ces mots résonnent étrangement dans ma tête tandis que je lui emboîte le pas, mes talons claquant sur les dalles de marbre polies par des siècles de passages. Je n'ai jamais rencontré de sultan. J'ai négocié ce contrat avec des intermédiaires, des conseillers, des ministres, mais jamais avec le souverain lui-même. Dans mon esprit, c'est un vieil homme sans doute, un monarque bedonnant et désintéressé qui laisse ses gens gérer les affaires courantes pendant qu'il se prélasse dans ses jardins.
Le hall d'entrée me coupe littéralement le souffle.
La coupole centrale s'élève à une hauteur vertigineuse, percée de vitraux qui projettent sur le sol des arabesques de lumière colorée. Les murs sont recouverts de zelliges aux motifs géométriques d'une complexité inouïe, chaque centimètre carré témoignant d'un artisanat qui frôle le sacré. Des vasques de cuivre martelé diffusent des volutes d'encens qui embaument l'air d'un parfum de bois de santal et de myrrhe. Je tourne lentement sur moi-même, incapable de cacher mon émerveillement, oubliant pour un instant le protocole et les convenances.
— C'est l'œuvre des maîtres andalous du treizième siècle, dis-je à voix haute sans même m'en rendre compte. Regardez cette symétrie dans l'asymétrie, cette façon dont les motifs se répondent sans jamais se répéter. Chaque panneau raconte une histoire différente mais l'ensemble forme un récit cohérent. C'est d'une intelligence architecturale absolument exceptionnelle.
Idris s'est arrêté pour me regarder. Un très léger sourire, presque imperceptible, flotte sur ses lèvres austères.
— Sa Majesté appréciera votre enthousiasme, mademoiselle. Peu de visiteurs remarquent ces détails.
— Comment ne pas les remarquer ? Ils sont l'âme même de ce palais.
Nous reprenons notre marche à travers des couloirs qui semblent s'étirer à l'infini, chacun plus somptueux que le précédent. Je note mentalement chaque détail architectural, chaque élément décoratif, déjà en train d'imaginer comment restaurer sans trahir, comment préserver l'esprit des lieux tout en leur redonnant leur éclat d'origine. Des serviteurs silencieux s'effacent sur notre passage, les yeux baissés, les gestes empreints d'une déférence qui me met mal à l'aise. Je n'ai pas l'habitude qu'on s'incline devant moi.
Nous traversons une succession de cours intérieures, chacune plus belle que la précédente. La première est un jardin d'orangers nains plantés dans des vasques de céramique bleue, leurs fruits minuscules brillant comme des joyaux parmi les feuilles sombres. La deuxième abrite une fontaine en étoile dont l'eau s'écoule en murmures apaisants sur des mosaïques représentant des fleurs de lotus. La troisième est un cloître de colonnettes torsadées si fines qu'elles semblent défier les lois de la pesanteur, leurs chapiteaux sculptés de feuillages et d'oiseaux qui paraissent prêts à prendre leur envol.
Chaque détail me parle, me raconte l'histoire des mains qui ont façonné ces pierres, des esprits qui ont conçu ces harmonies. Je suis dans un état proche de l'ivresse esthétique, une griserie d'architecte face à la perfection incarnée.
Idris s'arrête enfin devant une porte en bois de cèdre finement ouvragée, flanquée de deux gardes en uniforme d'apparat qui s'inclinent à notre passage.
— Voici vos appartements, mademoiselle. Vous y trouverez tout le confort nécessaire. Un dîner vous sera servi dans votre salon privé à vingt heures. Demain matin, un intendant viendra vous exposer les détails de votre mission.
— Et Sa Majesté ? demandé-je, curieuse malgré moi. Quand pourrai-je le rencontrer pour discuter du projet ?
Le visage d'Idris se ferme imperceptiblement, comme si ma question avait franchi une ligne invisible.
— Sa Majesté vous recevra lorsqu'il le jugera opportun. En attendant, je vous suggère de vous reposer. Le voyage a été long.
Il s'incline brièvement et s'éloigne avant que j'aie pu ajouter quoi que ce soit, ses pas résonnant sur le marbre avec une précision toute militaire. Je le regarde disparaître au bout du couloir, une sensation étrange au creux de l'estomac. Quelque chose dans son attitude, dans cette façon qu'il a eue d'esquiver ma question, me laisse un arrière-goût désagréable.
Mais la fatigue du voyage et l'excitation de la découverte l'emportent sur mes appréhensions.
Je pousse la porte et pénètre dans mes appartements. Le salon est vaste, baigné d'une lumière dorée qui filtre à travers des moucharabiehs donnant sur un patio intérieur. Les murs sont tendus de soie crème, les meubles en bois précieux incrusté de nacre, les tapis si épais que mes pas s'y enfoncent comme dans de la mousse. Un plateau de fruits confits et de pâtisseries au miel attend sur une table basse, à côté d'une carafe d'eau parfumée à la fleur d'oranger. La chambre, que je découvre en poussant une porte latérale, est dominée par un lit à baldaquin dont les voiles de mousseline blanche ondulent doucement dans la brise du climatiseur. La salle de bains attenante est en marbre veiné de rose, avec une baignoire assez grande pour nager et des flacons de verre taillé alignés sur une étagère, remplis d'huiles parfumées et de savons artisanaux.
Je me laisse tomber sur le lit, les bras en croix, et je ris toute seule comme une enfant. C'est trop beau. C'est trop parfait. Tout ce luxe, toute cette beauté, tout ce mystère. Je pense à mon minuscule appartement parisien, à mon bureau encombré de plans et de maquettes, à mes nuits blanches passées à préparer ce dossier de candidature sans vraiment croire que je serais retenue. Et me voilà ici, dans un palais des mille et une nuits, sur le point de commencer le projet le plus prestigieux de ma carrière.
Je me relève pour explorer plus en détail mon domaine. Les placards de la chambre sont garnis de peignoirs en coton égyptien, de babouches brodées, de châles en cachemire aux couleurs douces. Dans le salon, une bibliothèque vitrée contient des ouvrages anciens sur l'architecture islamique, des recueils de poésie arabe traduits en français, des traités sur l'histoire de la région. Quelqu'un a manifestement préparé mon arrivée avec un soin méticuleux, anticipant mes goûts et mes centres d'intérêt.
Cette attention me touche et m'inquiète à la fois. Comment savent-ils tout cela sur moi ? Mes lectures, mes passions, jusqu'à ma pointure de babouches ?
La nuit tombe rapidement sur le désert, transformant le ciel en un dégradé de pourpre et d'orange avant de le plonger dans un bleu profond piqué d'étoiles. Le dîner qu'on m'apporte est un festival de saveurs inconnues : agneau confit aux dattes et aux amandes, semoule parfumée à la cannelle, légumes grillés aux épices dont je ne saurais nommer la moitié, le tout arrosé d'un thé à la menthe si sucré qu'il en devient presque sirupeux. Je mange avec appétit, assise en tailleur sur les coussins du salon, savourant chaque bouchée comme une exploratrice découvrant un nouveau monde.
Après le repas, je m'installe près de la fenêtre, un carnet de croquis sur les genoux. La lune s'est levée sur les jardins du palais, argentant les fontaines et les allées de gravier. Je commence à dessiner, à noter mes premières impressions, à esquisser les détails architecturaux que j'ai mémorisés durant la journée. C'est mon rituel, ma façon d'apprivoiser les lieux, de les faire miens par le trait et la courbe.
Soudain, un bruit me fait lever les yeux.
Des pas. Des pas lourds, rapides, qui résonnent dans le couloir devant ma porte. Des voix étouffées, masculines, qui échangent des paroles dans une langue que je ne comprends pas. Je me lève sans bruit, le cœur battant, et m'approche de la porte. À travers le bois épais, je distingue des bribes de conversation en arabe, des mots que je ne saisis pas mais dont l'urgence est palpable. Puis les pas s'éloignent, aussi rapidement qu'ils sont venus, et le silence retombe sur le palais comme un couvercle de plomb.
Je reste debout, la main posée sur la porte, l'oreille tendue. Rien. Plus aucun bruit. Juste le chant lointain d'une fontaine et le bruissement du vent dans les palmiers du patio.
Qu'est-ce qui se passe dans ce palais ? Quels secrets courent dans ces couloirs somptueux, derrière ces portes magnifiquement ouvragées ? Et pourquoi ai-je soudain l'impression que ma présence ici n'a rien à voir avec l'architecture ?
Je retourne m'asseoir près de la fenêtre, mais l'inspiration est partie. Mon carnet reste ouvert sur une page blanche, ma main suspendue au-dessus du papier, incapable de tracer le moindre trait. La fatigue du voyage, l'excitation de la journée, l'étrangeté de cette nuit silencieuse troublée par des pas pressés, tout se mélange dans ma tête en un vertige confus.
Je finis par me coucher, les membres lourds, l'esprit embrumé. Le lit est doux, les draps sentent la lavande et le jasmin, et le silence du palais m'enveloppe comme un cocon. Pourtant, au moment de sombrer dans le sommeil, une image traverse mon esprit : celle d'un homme que je n'ai jamais vu, dont je ne connais ni le visage ni la voix, mais dont la présence invisible semble planer sur chaque pierre de ce palais. Le Sultan. Sa Majesté. Le maître des lieux.
Et je m'endors avec la désagréable sensation d'être observée par des yeux que je ne vois pas.
Chapitre 124RahimLa porte de la chambre se referme derrière moi.Je marche dans le couloir. Mes pas sont lourds, réguliers, inexorables. Ils résonnent sur le marbre comme des coups de marteau, comme des promesses, comme des menaces. Les lampes à huile vacillent dans leurs niches, leurs flammes dansant sur les murs de zelliges, sur les motifs géométriques, sur les arabesques bleues et or. Leurs ombres s'étirent, se rétractent, s'étirent à nouveau, comme des spectres qui m'accompagnent, comme des témoins silencieux de ce qui va suivre.Mes doigts se referment en poings. Les jointures blanchissent. Les ongles s'enfoncent dans mes paumes, laissant des marques rouges, des demi-lunes qui saigneront bientôt. La douleur est vive, presque agréable. Elle me rappelle que je suis vivant, que je suis là, que je ne s
Chapitre 123RahimLa chambre est silencieuse. Les bougies ont brûlé jusqu'à la base, leurs mèches noircies fumant faiblement dans l'air immobile. La lumière du matin, pâle et dorée, filtre à travers les moucharabiehs, dessinant des losanges sur le marbre, sur les tapis, sur le lit défait.Clara est allongée, ses cheveux bruns s'étalant sur l'oreiller, sa peau encore pâle, ses yeux encore cernés. Mais ses yeux sont ouverts. Ils me regardent. Ils sont fatigués, mais ils brillent.Je suis assis sur le bord du lit, mes mains posées sur les siennes, mes doigts entrelacés avec les siens. Mes pouces caressent le dos de ses mains, lentement, comme pour la rassurer, comme pour lui dire que je suis là, que je ne partirai pas.Je la regarde. Les mots sont là, au fond d
Chapitre 122ClaraJe émerge.Lentement, comme si je remontais des profondeurs d'un océan noir, comme si mes poumons cherchaient l'air après une longue plongée, comme si mon corps se souvenait peu à peu qu'il était vivant.Mes paupières sont lourdes. Mes cils sont collés. La lumière est douce, tamisée par les moucharabiehs, dessinant des losanges dorés sur le plafond, sur les murs, sur les draps froissés. Elle est pâle, presque bleutée, comme une aube qui hésite à se lever.Mon corps est lourd. Chaque muscle, chaque os, chaque articulation semble peser des tonnes. Mes bras, posés sur les draps, sont inertes. Mes doigts, ouverts, ne bougent pas. Mes jambes, sous la couverture, sont engourdies. Je ne les sens plus.Je tourne la tête.
Chapitre 121RahimLa porte s'ouvre. Yasmina sort.Son visage est grave, tiré, marqué par la fatigue, par l'effort, par la douleur qu'elle a vue, qu'elle a touchée, qu'elle a tenté de repousser. Ses rides semblent plus profondes, plus nombreuses, comme si les heures passées dans cette chambre avaient creusé des sillons dans sa chair. Ses cheveux blancs, habituellement tirés en un chignon sévère, s'échappent de leurs épingles, tombent sur ses tempes, sur ses joues, sur ses épaules. Des mèches rebelles, fines comme des fils de soie, dansent dans la lumière vacillante des bougies.Ses yeux sont rouges, brillants, humides, mais secs. Elle ne pleure jamais. Elle a vu trop de morts, trop de souffrances, trop de désespoirs pour pleurer encore. Mais ses paupières sont gonflées, ses cils sont
Chapitre 8ClaraJe ne me souviens pas avoir traversé les couloirs.Je ne me souviens pas des gardes qui s’inclinaient sur mon passage, des fontaines qui chantaient dans les patios, du soleil qui brûlait à travers les moucharabiehs. Je ne me souviens de rien, sauf de ses mots. De ses yeux. De ce do
Chapitre 7RahimLe dossier que je sors du tiroir est épais, jauni sur les bords, comme s’il avait été consulté des centaines de fois. Ce n’est pas loin de la vérité. Je l’ai ouvert, refermé, rouvert, chaque nuit pendant des mois, jusqu’à en connaître chaque mot, chaque virgule, chaque ombre portée
Chapitre 6RahimLa porte se referme derrière elle avec un bruit sourd.Je ne me retourne pas tout de suite. Je reste face à la fenêtre, les mains croisées dans le dos, le regard perdu vers le désert qui s'étend à perte de vue. Je l'ai entendue entrer. J'ai entendu ses pas hésitants sur le marbre, l
Chapitre 5ClaraJe suis réveillée en sursaut par des coups frappés à ma porte.Des coups secs, nets, militaires. Trois impacts précis qui résonnent dans le silence de ma chambre comme des détonations. Mon cœur s'emballe avant même que mon esprit ne comprenne ce qui se passe. La lumière du petit mat












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