LOGIN**** Damian ****— Kael ne pourra pas tenir ainsi éternellement, murmuré-je d'une voix brisée par l'émotion et la honte, m'avançant péniblement et en boitant vers le centre géométrique de la pièce. L'anomalie vivante qu'il représente a ralenti la machine et bloqué l'équation, mais le protocole est d'une obstination aveugle. Il finira par le broyer, par calciner sa chair et son âme, pour reprendre inéluctablement le grand tri du continent.Eliza tourne vers moi un visage maculé de poussière, de sueur et de larmes amères, ses yeux azur toujours nimbés de cette lueur dorée et chaude, la Clef d'Incarnation s'agitant et pulsant doucement sous la surface de sa peau.— S'il existe un moyen, un seul, d'arrêter ce massacre et de briser cette boucle, Damian, c'est maintenant qu'il faut nous le dire, souffle-t-elle, sa voix vibrant d'un mélange déchirant de colère, de détresse et de terreur.Je m'arrête net à quelques pas de la barrière de lumière qui crépite, baissant les yeux vers le sol, inca
**** Kael ****Le choc en retour est immédiat, effroyable, dévastateur. Le code source de la matrice s'engouffre directement dans mes veines comme une coulée de plomb fondu, faisant bouillir mon sang. Le système informatique tente instantanément de m'assimiler, d'évaluer ma fonction, de calculer ma valeur et de ranger mon être dans ses catégories d'objets à purger. Mais en pénétrant la substance de mon âme de soldat, la matrice heurte un mur infranchissable de résistance absolue, un noyau d'entêtement mortel qu'aucun protocole ne peut décomposer.Par la seule force de sa poigne et de son refus d'abandonner, Kael s'interpose physiquement dans le circuit, bloquant l'équation et empêchant la dissolution complète des consciences.En me cramponnant à elles de toute la force désespérée de ma chair, de mes muscles striés par la tension et de la totalité de mes souvenirs, je joue le rôle inattendu mais vital d'une prise de terre pour l'univers. Je suis le courant inverse, le parasite absolu d
**** Eliza ****Sans ma présence et sans mon consentement, Myla n'est rien d'autre qu'un fusible tragique qui brûle en boucle sous une surtension constante, incapable d'aller jusqu'au bout du processus de purification ou d'y mettre fin par elle-même, condamnant le continent tout entier à cette agonie fluide, monstrueuse et sans fin. C'est notre séparation prolongée à travers les terres qui a rendu le système fou et incontrôlable ; c'est notre réunion simultanée au cœur même du Bastion qui a déclenché l'exécution du recalibrage ultime.— Nous n'avons jamais été de simples victimes impuissantes, Damian…, dis-je d'une voix solennelle qui n'est plus tout à fait la mienne, mais qui résonne désormais avec une harmonie vibratoire parfaite aux côtés du chœur céleste et mécanique de Myla. Nous sommes la serrure et la clé de toute cette architecture. Tout ce que nous avons enduré, chaque cicatrice, chaque douleur, chaque larme versée et chaque pas sanglant accompli vers ce sanctuaire… tout cela
**** Eliza **** Le continent tout entier s'est métamorphosé sous la pression de ces paradoxes en une équation monstrueuse comportant trop d'inconnues. Quand la fiction des hommes devient trop complexe pour être contenue par le tissu matériel, quand la réalité menace de s'effondrer et de se déchirer définitivement sous le poids de ses propres contradictions, le Cercle se réveille automatiquement pour purger le surplus.Le système ne cherche pas à punir les habitants pour leurs fautes ou leurs dérives. Il cherche, avec la rigueur d'un programme de sauvegarde, à empêcher le néant absolu de tout engloutir dans son gouffre. Pour préserver l'existence elle-même, il efface sans état d'âme les nuances, les branches temporelles mortes, les dérives affectives et les souvenirs contradictoires, afin de ramener de force le monde à sa version la plus simple, la plus stable, la plus stérile possible : le modèle directeur originel.— Il n'y a pas d'ennemi, murmure ma voix dans la grande salle dévast
**** Damian ****Tout s'éclaire soudain dans mon esprit terrorisé, apportant avec lui la forme la plus pure du désespoir. La vérité de ce qui nous arrive n'est pas un chaos désordonné ou une folie de la nature ; c'est un ordre monstrueux.— Le système est entré dans sa phase finale de recalibrage… ! dis-je en élevant ma voix brisée pour que mes mots parviennent à traverser les voiles dimensionnels et à atteindre ce qu'il reste de mes pauvres compagnons.Personne ne répond à mes appels, mais je sais, à leurs regards terrifiés braqués dans ma direction, qu'ils m'entendent distinctement à travers les brèches du réel.— Ce que nous prenons naïvement pour l'apocalypse n'est que la purge ultime du programme ! continué-je, des larmes de honte et d'impuissance coulant librement sur mes joues creuses. La matrice détruit la fluidité des possibilités et la richesse de nos choix pour imposer la rigidité absolue du modèle directeur originel ! Elle ne cherche pas simplement à corriger le monde, ell
**** Kael ****Le danger de mort que redoutait si lucidement Eliza au chapitre précédent est désormais là, tangible, écrasant, incontournable. Notre groupe est définitivement brisé, notre unité pulvérisée par la froide logique du programme. Nous sommes désormais isolés, parqués comme des bêtes dans nos propres fragments d'existence et nos propres lignes temporelles divergentes, condamnés à errer sans fin dans les couloirs mouvants d'une forteresse folle qui se redéfinit, se recalibre et se reconstruit à chaque nouvelle inspiration pulmonaire de la matrice centrale.Je lève mes yeux fatigués vers Myla, dont le corps diaphane demeure suspendu au centre géométrique de la structure en surchauffe. Les distorsions de l'espace sont telles que nous ne percevons même plus la même scène : dans ma version physique du lieu, son enveloppe charnelle est entourée de décombres fumants, de poutres calcinées et de dalles de granit pulvérisées par la tempête extérieure. Dans la version d'Eliza, de l'aut
(Eliza)Les jours qui suivirent furent un tourbillon d’émotions contradictoires, de tension et de confusion. Chaque instant passé avec Damian me plongeait plus profondément dans un abîme dont je ne savais pas si je voulais vraiment sortir. La guerre entre nos familles semblait inévitable, et pourta
(Eliza)Je me réveillai en sursaut, le souffle coupé, le cœur battant si fort dans ma poitrine que j’avais l’impression qu’il allait exploser. L'obscurité de la pièce était oppressante, brisée seulement par la faible lumière tremblante d'une lampe posée sur la table près du lit. La sueur perlait su
(Eliza) Le silence était oppressant. L'obscurité régnait dans la chambre, brisée seulement par la faible lueur des chandeliers accrochés aux murs de pierre. J'étais allongée sur le lit, le souffle court, le cœur battant à un rythme effréné dans ma poitrine. Mon corps était encore marqué par la cha
(Eliza)Je me réveillai en sursaut, le souffle court. La pièce était plongée dans une pénombre lourde, seulement troublée par la lumière tremblotante de quelques bougies. Mon cœur battait à tout rompre dans ma poitrine, comme s’il cherchait à s’arracher de ma cage thoracique. Il me fallut quelques







