Mag-log in**** Myla ****Je ne sais plus exactement où s'arrêtent les limites de ma peau, ni où commence réellement mon propre corps. C’est la toute première pensée cohérente qui me revient à l’esprit, émergeant péniblement du chaos synaptique qui me submerge. Ce n’est pas une phrase complète que je formule consciemment, ni une réflexion structurée ; c’est un constat brut, physique, terrifiant. J'ai la sensation de flotter. Mais ce n’est pas la légèreté bienveillante d’un vol, ni l'apesanteur passive du vide absolu. C’est une immersion totale, étouffante, comme si j'étais plongée au cœur d'une matière invisible, dense et consciente. Quelque chose d'immense m'entoure, me traverse et, je le ressens avec une certitude absolue, me regarde en retour.À travers le prisme de cette transe forcée, mes sens sont totalement altérés. Je vois Eliza, agenouillée non loin. Je vois Kael, le visage déformé par une angoisse sauvage. Je vois les murs séculaires du Bastion qui s'effritent sous la tension. Mais dan
**** Eliza ****— ELIZA !Mais ses cris sont vains ; le mécanisme est enclenché et il est déjà trop tard pour l'interrompre. Myla commence à se lever. Lentement. D'un mouvement fluide, irréel, comme si elle était suspendue à des fils invisibles manipulés par un marionnettiste géant. Ses pieds quittent les dalles, flottant à quelques centimètres au-dessus du sol au milieu d'un tourbillon de poussière incandescente.— Myla, regarde-moi ! Reviens ! crie Kael, se précipitant vers elle, les mains tendues pour briser sa lévitation.Elle tourne lentement la tête vers lui. Un sourire s'affiche sur ses lèvres, mais ce sourire est instable, tressautant entre la tendresse humaine et la vacuité d'un automate.— Kael ! parvient-elle à articuler.Sa voix humaine tremble une dernière fois, avant d'être définitivement submergée par la seconde entité qui passe à travers elle, implacable et souveraine :— Sujet secondaire reconnu. Menace locale identifiée.Kael pâlit instantanément, ses forces l'abando
**** Eliza (plus tard) ****Je la trouve exactement dans cette position, brisée et minuscule au milieu de cette cellule de pierre blanche. Elle est assise à même le sol froid, le dos désespérément arc-bouté contre le mur de soutènement, les bras enserrant ses genoux comme si elle tentait de maintenir ensemble les morceaux de son être. Son regard est totalement perdu, flottant dans le vide d'une dimension que je ne peux pas voir. Kael n’est pas là ; Damian l'a retenu de force à l'étage supérieur pour un énième débriefing stratégique sur l'état de nos frontières. Tant mieux. Sa fureur protectrice et son angoisse n'auraient fait qu'envenimer l'atmosphère. Je m’approche d’elle avec une lenteur calculée, feutrant le bruit de mes pas sur les dalles pour ne pas l'effaroucher. — Myla ? je murmure doucement, adoucissant ma voix autant que possible.Elle ne répond pas tout de suite. Le silence qui s'étire entre nous est lourd, haché uniquement par le sifflement de sa respiration superficielle.
**** Myla ****Les souvenirs que le système a tenté d'éradiquer me reviennent par vagues désordonnées, brutales, imprévisibles. Ils ne respectent aucune chronologie, aucun bon sens. Un rire d'enfant de mon passé lointain télescope la vision d'une lame de sang, qui elle-même s'efface devant le souvenir de l'odeur de la poussière des archives basses. C’est un puzzle mental dont les pièces auraient été piétinées. Mais à travers ce chaos intérieur, une certitude finit par émerger, froide et implacable : on m’a reconstruite. Lorsque j'étais prisonnière dans le sanctuaire, ils ne se sont pas contentés de m'enfermer. Ils m’ont démontée, morceau par morceau, pour analyser mes rouages, avant de me réassembler à la hâte avec des pièces qui ne m'appartiennent peut-être pas toutes. Et aujourd'hui, sous la pression du test, ces fragments épars se recollent de force, s'imbriquent avec une friction douloureuse qui me donne la nausée.Le tout premier signe de la rechute se manifeste au petit matin, a
**** Eliza ****Mila et moi, nos regards se croisent, transperçant la distance et le vide. À cet instant précis, la connexion qui nous unit dépasse la simple magie : c'est une fusion de pensées, une communion d'âmes qui s'opère dans la souffrance.Et dans un ensemble parfait, unissant nos deux voix en une seule et unique harmonique qui fait trembler les fondations mêmes de la couche d'évaluation, nous prononçons les mêmes mots :— Nous ne sommes pas deux flammes distinctes à trier.À la seconde où cette vérité est énoncée, le fil invisible qui nous reliait n'émet plus un sifflement de douleur. Il explose. Une déflagration de lumière aveuglante, d'un blanc bleuté si pur qu'elle efface le décor des fragments, sature tout l'espace disponible. L'énergie ne nous sépare plus, elle nous enveloppe, circulant en circuit fermé de ma poitrine à la sienne dans un mouvement perpétuel.— Nous sommes le feu, achevons-nous dans un souffle souverain.Le silence qui suit est total, d'une densité presqu
**** Eliza ****Au-delà de notre perception directe, dans la réalité physique du Bastion qui superpose encore notre calvaire, Kael est devenu fou de rage et d'impuissance. Il frappe de toutes ses forces, à grands coups de pommeau et de bouclier, contre la barrière invisible qui nous isole du reste du monde. Des étincelles d'énergie pure jaillissent à chacun de ses impacts, mais la membrane ne cède pas d'un millimètre.— ELIZA ! MYLA ! Entendez-moi ! hurle-t-il, la voix brisée par le désespoir, les yeux injectés de sang.Mais il ne peut strictement rien faire. Ses muscles et son acier sont inutiles contre des lois physiques fondamentales. À ses côtés, Damian observe le phénomène, debout, immobile, le visage d’une blancheur cadavérique. Ses yeux d'érudit analysent les flux de lumière qui nous entourent, et la vérité le glace d'effroi.— Ils ont activé le protocole de lecture directe… murmure-t-il, les mains tremblantes. Ils sont en train de scanner leurs âmes pour n'en garder que la mat
(Eliza)Je me réveillai en sursaut, le souffle coupé, le cœur battant si fort dans ma poitrine que j’avais l’impression qu’il allait exploser. L'obscurité de la pièce était oppressante, brisée seulement par la faible lumière tremblante d'une lampe posée sur la table près du lit. La sueur perlait su
(Eliza) Le silence était oppressant. L'obscurité régnait dans la chambre, brisée seulement par la faible lueur des chandeliers accrochés aux murs de pierre. J'étais allongée sur le lit, le souffle court, le cœur battant à un rythme effréné dans ma poitrine. Mon corps était encore marqué par la cha
(Eliza)Je me réveillai en sursaut, le souffle court. La pièce était plongée dans une pénombre lourde, seulement troublée par la lumière tremblotante de quelques bougies. Mon cœur battait à tout rompre dans ma poitrine, comme s’il cherchait à s’arracher de ma cage thoracique. Il me fallut quelques
(Eliza)La pluie battait violemment contre les vitres teintées de la voiture, masquant le silence oppressant qui régnait à l’intérieur de l’habitacle. Mes poignets me faisaient mal, serrés trop fermement par les menottes de cuir qui les retenaient l’un à l’autre. L’odeur du cuir mêlée à celle du mé







