LOGIN**** Eliza ****Myla recule elle aussi, les yeux écarquillés par l'effroi, serrant sa cape contre sa poitrine comme pour s'en faire un bouclier contre la réalité.— Je ne… je n’ai rien fait, murmure-t-elle, sa voix brisée par l'incompréhension. Je le saurais… Je sors à peine de ce cauchemar !Damian ne la quitte pas des yeux, son regard scrutant la moindre de ses réactions nerveuses.— Pas consciemment, concède-t-il d'une voix basse.D'un geste sec, il pointe le parchemin au sol. Aussitôt, des lignes d’un rouge incandescent apparaissent à sa surface, traçant des vecteurs, des flux d'énergie complexes et des signatures vibratoires qui s'entrecroisent. Et là, au centre exact du diagramme… une anomalie s'anime. Une empreinte magique, calquée au millimètre près sur celle de Myla. Mais elle est instable, tressautant comme une flamme malade, altérée par une force exogène. Et le plus terrifiant, c'est que je sens cette anomalie résonner en moi. Mon propre cœur se serre, battant au rythme des
**** Eliza **** Le Bastion ne dort plus ; il retient son souffle. Depuis le retour de Myla entre ces murs de pierre séculaire, l’atmosphère s'est épaissie, chargée d'une électricité invisible qui pèse sur les poitrines. Ce que nous traversons actuellement n’a rien de la paix retrouvée, ni même du soulagement légitime que devrait provoquer le retour d’une alliée. C’est un silence lourd, poisseux, artificiellement contenu. Un silence de plomb qui attend l'étincelle. Je le ressens à chaque pas, une vibration nerveuse qui parcourt les couloirs glacés et fait frissonner les torches. Je le lis dans la fuyance des regards, dans ces conversations qui s'éteignent brusquement dès que mon ombre découpe le seuil d'une porte, et dans ces pauses, beaucoup trop longues, beaucoup trop lourdes, qui figent les visages à mon entrée. C’est une méfiance diffuse, presque animale. Comme si, désormais, chacun d'entre nous observait Myla non plus comme une survivante, mais comme une arme à double tranchant
KaelMyla dort depuis près de deux jours. Son souffle est faible, mais régulier. Chaque mouvement de sa poitrine me rassure, et en même temps, me rappelle combien elle est fragile. Combien j’ai failli la perdre.Elle repose dans une chambre intérieure du Bastion, celle protégée par trois cercles de silence et une rune de guérison continue. Damian a tenu à ce qu’elle soit hors d’atteinte. Mais je crois que c’est surtout pour nous. Pour Eliza. Pour moi. Pour que nous puissions nous poser, la regarder, simplement… vivre.Elle a le visage creusé, mais ses traits n’ont rien perdu de leur netteté. Ses cheveux sont en désordre, mais elle reste… Myla. Même le temps, même la magie noire, même la douleur ne l’ont pas effacée.Je suis assis près de son lit, une chaise tirée à côté. Je n’ai pas quitté la pièce. Pas depuis qu’on l’a ramenée. Je crois que je n’ose pas. La peur de la voir disparaître si je détourne les yeux une seconde de trop.Puis elle bouge.Un gémissement. Faible. Sa main se cri
ElizaJe suis seule.La vallée se tait, mais je sens leur approche. Les gardiens. Derniers remparts d’un cercle prêt à mourir avec ses secrets.Ils sont six. Je les vois émerger de la brume. Hauts. Flous. Pas faits de chair, mais de malédictions tissées. Leur peau est du granite noir. Leurs yeux, des braises sans flammes. Leur souffle, une langue de morts.Ils ne parlent pas.Ils jugent.Et ils attaquent.Je tends les mains. Le premier bondit. Une lame d’obsidienne s’abat.BOUM.Je dresse un bouclier rouge vif. L’impact me projette en arrière. Mon dos frappe le sol. Mon souffle s’échappe.Ils me croient vulnérable.Erreur.Je me relève. Mon sang chante. Ma marque pulse. Mon dos brûle comme si une ancienne lignée gravée dans les os reprenait possession de son temple.Un second gardien me charge.Je pivote. Ma main fend l’air. Une chaîne de lumière surgit de mes doigts, serpente, s’enroule autour de son cou.Je tire.Le cri qui sort de sa gorge est inhumain. La magie pure l’écorche.Mai
(Eliza)Le passage est étroit, taillé à même la montagne. La roche transpire la magie ancienne. Chaque pas en avant est une lutte contre les ondes sombres qui vibrent sous nos pieds.Kael marche à mes côtés. Silencieux. Concentré. Sa main frôle parfois la mienne. Il ne dit rien, mais je sais : il est prêt à tuer. Ou à mourir.Moi aussi.Le chemin s’ouvre enfin sur une galerie plus large, illuminée par des cristaux rouges incrustés dans les murs. L’air est lourd. Chargé. Le même que dans ma vision.— C’est ici, dis-je, la gorge serrée.Kael hoche la tête. Il dégaine sans bruit. Son regard scrute chaque angle, chaque vibration.Je tends la main vers le mur. Ma paume pulse. La marque me guide.— Par là. Le couloir du rituel. Ils l’ont enfermée dans une chambre scellée par trois runes d’assujettissement.— Tu pourras les briser ?— Je suis la Clef maintenant. Je dois pouvoir.Mais je n’ai pas le droit à l’erreur.Nous descendons encore. Les murs deviennent plus irréguliers. Des cris loint
(Eliza)Nous avons quitté le camp à l’aube, sans un mot de plus.Kael a préparé les chevaux, verrouillé les lignes magiques autour du périmètre. Je l’ai vu renforcer chaque talisman, tracer chaque glyphe de protection avec une minutie glaciale. Son visage est fermé, tendu comme une corde. Le lien avec Myla, la projection mentale, la voix dans la nuit… Tout cela nous pousse, nous oblige à accélérer.Mais je sens une tension nouvelle entre nous. Un doute qui n’existait pas avant.Pas une défiance. Non. Plutôt une méfiance involontaire. Comme si l’avertissement de Myla avait semé un germe que je n’arrive pas à extirper."Pas même à lui."Ses mots hantent mes pensées.Et alors que nous chevauchons à travers les collines noires, je commence à me demander si cette mission n’est pas plus piégée que je ne le croyais.Damian nous attend à l’entrée sud du Bastion mobile. Une section fortifiée installée en urgence depuis l’attaque de l’esprit-masque. Son visage est plus grave que je ne l’ai jama
(Eliza)Je suis seule. Pas par caprice. Par nécessité.Damian m’a dit de ressentir. De laisser la magie venir. Mais elle ne vient pas comme une amie. Elle gronde sous ma peau comme une bête sauvage. Ce n’est pas un don. C’est un cri ancien, profond, presque étranger.Le cercle est tracé à la craie
(Eliza)Je suis encore sur le toit quand un bruit étrange fend la nuit.Pas un grondement.Pas un cri.Un silence. Trop parfait. Comme si quelque chose venait d’étrangler l’air lui-même.Mon instinct se redresse aussitôt. Je me lève. Mon cœur cogne dans ma poitrine, irrationnellement fort. En bas,
(Eliza)— Assieds-toi, dit Damian.Je m’installe sans un mot dans le fauteuil face à lui, les épaules droites, le cœur en feu. Il s’assied à son tour, mais je le sens plus tendu que jamais.— Tu veux savoir ce que tu portes. Très bien. Mais sache que ce savoir te fera perdre des illusions que tu ne
(Eliza)— Debout.Sa voix claque comme un fouet.Je suis déjà debout. Mes muscles hurlent, mes tempes battent, mais mon regard reste fixe sur la cible : un mannequin de paille recouvert de symboles que Kael a tracés à la craie noire.— Encore, dit-il.Je tends la main. Je ferme les yeux. Et je sens







