LOGIN**** Eliza ****Ils arrivent au crépuscule, à l’instant précis où la ligne d’horizon dévore les derniers rayons d’un soleil mourant, baignant les remparts d’une lueur couleur de sang séché. Ils ne choisissent pas la voie de la logique. Ils ne se présentent pas devant la grande porte principale, là où nos herses et nos lignes de défense magiques sont les plus denses. Ils viennent par le ciel.Le tout premier signe de leur approche n’est pas un bruit, mais une altération brutale de la lumière. Une traînée d’un blanc aveuglant, presque chirurgical, traverse soudainement la masse compacte des nuages accumulés au-dessus du Bastion. C’est une vision irréelle, semblable à une immense fissure géométrique qui viendrait déchirer le tissu de l’air lui-même. Puis, dans un silence de mort, une deuxième balafre lumineuse fend le ciel. Et une troisième.Sur les courtines, les sentinelles crient, sonnent les trompes de brume et donnent frénétiquement l’alerte, mais le vacarme de nos alarmes paraît dé
**** Eliza ****Myla recule elle aussi, les yeux écarquillés par l'effroi, serrant sa cape contre sa poitrine comme pour s'en faire un bouclier contre la réalité.— Je ne… je n’ai rien fait, murmure-t-elle, sa voix brisée par l'incompréhension. Je le saurais… Je sors à peine de ce cauchemar !Damian ne la quitte pas des yeux, son regard scrutant la moindre de ses réactions nerveuses.— Pas consciemment, concède-t-il d'une voix basse.D'un geste sec, il pointe le parchemin au sol. Aussitôt, des lignes d’un rouge incandescent apparaissent à sa surface, traçant des vecteurs, des flux d'énergie complexes et des signatures vibratoires qui s'entrecroisent. Et là, au centre exact du diagramme… une anomalie s'anime. Une empreinte magique, calquée au millimètre près sur celle de Myla. Mais elle est instable, tressautant comme une flamme malade, altérée par une force exogène. Et le plus terrifiant, c'est que je sens cette anomalie résonner en moi. Mon propre cœur se serre, battant au rythme des
**** Eliza **** Le Bastion ne dort plus ; il retient son souffle. Depuis le retour de Myla entre ces murs de pierre séculaire, l’atmosphère s'est épaissie, chargée d'une électricité invisible qui pèse sur les poitrines. Ce que nous traversons actuellement n’a rien de la paix retrouvée, ni même du soulagement légitime que devrait provoquer le retour d’une alliée. C’est un silence lourd, poisseux, artificiellement contenu. Un silence de plomb qui attend l'étincelle. Je le ressens à chaque pas, une vibration nerveuse qui parcourt les couloirs glacés et fait frissonner les torches. Je le lis dans la fuyance des regards, dans ces conversations qui s'éteignent brusquement dès que mon ombre découpe le seuil d'une porte, et dans ces pauses, beaucoup trop longues, beaucoup trop lourdes, qui figent les visages à mon entrée. C’est une méfiance diffuse, presque animale. Comme si, désormais, chacun d'entre nous observait Myla non plus comme une survivante, mais comme une arme à double tranchant
KaelMyla dort depuis près de deux jours. Son souffle est faible, mais régulier. Chaque mouvement de sa poitrine me rassure, et en même temps, me rappelle combien elle est fragile. Combien j’ai failli la perdre.Elle repose dans une chambre intérieure du Bastion, celle protégée par trois cercles de silence et une rune de guérison continue. Damian a tenu à ce qu’elle soit hors d’atteinte. Mais je crois que c’est surtout pour nous. Pour Eliza. Pour moi. Pour que nous puissions nous poser, la regarder, simplement… vivre.Elle a le visage creusé, mais ses traits n’ont rien perdu de leur netteté. Ses cheveux sont en désordre, mais elle reste… Myla. Même le temps, même la magie noire, même la douleur ne l’ont pas effacée.Je suis assis près de son lit, une chaise tirée à côté. Je n’ai pas quitté la pièce. Pas depuis qu’on l’a ramenée. Je crois que je n’ose pas. La peur de la voir disparaître si je détourne les yeux une seconde de trop.Puis elle bouge.Un gémissement. Faible. Sa main se cri
ElizaJe suis seule.La vallée se tait, mais je sens leur approche. Les gardiens. Derniers remparts d’un cercle prêt à mourir avec ses secrets.Ils sont six. Je les vois émerger de la brume. Hauts. Flous. Pas faits de chair, mais de malédictions tissées. Leur peau est du granite noir. Leurs yeux, des braises sans flammes. Leur souffle, une langue de morts.Ils ne parlent pas.Ils jugent.Et ils attaquent.Je tends les mains. Le premier bondit. Une lame d’obsidienne s’abat.BOUM.Je dresse un bouclier rouge vif. L’impact me projette en arrière. Mon dos frappe le sol. Mon souffle s’échappe.Ils me croient vulnérable.Erreur.Je me relève. Mon sang chante. Ma marque pulse. Mon dos brûle comme si une ancienne lignée gravée dans les os reprenait possession de son temple.Un second gardien me charge.Je pivote. Ma main fend l’air. Une chaîne de lumière surgit de mes doigts, serpente, s’enroule autour de son cou.Je tire.Le cri qui sort de sa gorge est inhumain. La magie pure l’écorche.Mai
(Eliza)Le passage est étroit, taillé à même la montagne. La roche transpire la magie ancienne. Chaque pas en avant est une lutte contre les ondes sombres qui vibrent sous nos pieds.Kael marche à mes côtés. Silencieux. Concentré. Sa main frôle parfois la mienne. Il ne dit rien, mais je sais : il est prêt à tuer. Ou à mourir.Moi aussi.Le chemin s’ouvre enfin sur une galerie plus large, illuminée par des cristaux rouges incrustés dans les murs. L’air est lourd. Chargé. Le même que dans ma vision.— C’est ici, dis-je, la gorge serrée.Kael hoche la tête. Il dégaine sans bruit. Son regard scrute chaque angle, chaque vibration.Je tends la main vers le mur. Ma paume pulse. La marque me guide.— Par là. Le couloir du rituel. Ils l’ont enfermée dans une chambre scellée par trois runes d’assujettissement.— Tu pourras les briser ?— Je suis la Clef maintenant. Je dois pouvoir.Mais je n’ai pas le droit à l’erreur.Nous descendons encore. Les murs deviennent plus irréguliers. Des cris loint
(Eliza)Ils sont en train de me surveiller. Je le sens.Pas les espions de l’extérieur non. Ceux de l’intérieur. Les regards furtifs. Les messes basses qui s’interrompent quand j’entre dans une pièce. Même les murs du Bastion semblent murmurer à mon passage.Depuis la dernière onde magique, plus ri
(Kael ) Les coups de feu éclatent, déchirant la nuit comme une toile trop tendue.Kael court. Il zigzague entre les conteneurs, son souffle court, son corps tendu par l’adrénaline. Les balles sifflent à ses oreilles, mordent le métal, labourent le sol à ses talons.La radio volée grésille à sa cei
(Eliza)Le couloir est plongé dans la pénombre, seulement traversé par les reflets bleutés des capteurs magiques qui palpitent le long des murs. J’avance à pas feutrés, guidée par cette sensation familière : quelque chose cloche Ou plutôt… quelqu’un s’éclipse.Je le vois juste à temps.Kael, silhou
(Eliza)Le couloir est plongé dans une lumière froide. Je marche derrière Kael et deux membres de la garde, les pas résonnant entre les murs de pierre et d’acier. La rumeur court, fébrile, que l’ennemi est déjà à l’intérieur. Et ce qui était jusqu’ici un pressentiment est devenu certitude : quelqu’







