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Chapitre 109 — Première vision

Author: Déesse
last update publish date: 2026-08-29 08:27:33

Santiago

Je les vois pour la première fois trois jours après mon arrivée, et pendant ces trois jours j’apprends quelque chose que je n’avais jamais eu besoin d’apprendre jusque-là : la patience n’est pas une vertu, c’est une maladie quand elle se nourrit d’un seul objet.

Je mange quand on me dit de manger.

Je marche quand on m’autorise à marcher.

Je signe le registre des déplacements comme un pensionnaire modèle.

Je lis des rapports bancaires que Mendoza m’a
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    IgnacioIls me font descendre par l'ascenseur de service.Deux hommes devant, deux derrière. Les menottes sont serrées trop fort, exprès ou pas, je ne sais plus, je ne sais plus rien, la douleur est devenue un bruit de fond, un bourdonnement constant auquel je ne fais plus attention. Mon bras saigne à travers le torchon qu'on a noué dessus, un torchon gris, épais, qui boit le sang et le rend noir. Je ne sens presque rien. C'est étrange. Je devrais avoir mal. J'ai été touché par une balle, j'ai un trou dans le bras, le plomb est peut-être encore dedans, et je ne sens presque rien. L'adrénaline, sans doute. Ou l'âge. Ou le fait que tout, à cet instant, est déjà terminé.L'ascenseur descend. Les chiffres défilent. Personne ne parle. Les quatre hommes sont des statues, visières baissées, fusils pointés vers le sol. Je regarde les portes métalliques, mon reflet déformé, ce vieil homme gris entre quatre ombres noires. Je ne me reconnais pas. Je n'ai jamais eu l'habitude de me regarder.Le h

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    Je me lève, et je lui fais face. Trois mètres entre nous. Trois mètres de parquet ciré, de verre brisé, de sang. Et tout le salon retient son souffle. Les agents, mes hommes, Belasco, Santiago, tout le monde s'est figé, tout le monde regarde, parce qu'il y a des moments où même les hommes armés comprennent qu'ils assistent à quelque chose.Son visage, je ne le lirai jamais. Ni ce soir, ni plus tard, ni dans dix ans. Il y a tout dedans, et il n'y a rien. C'est un visage qui contient une vie entière, les années de Patagonie, les affaires, les morts, les dîners, les voyages, les femmes, les trahisons, et qui, en même temps, n'exprime plus rien du tout. Un homme qui regarde la seule chose qu'il ait créée de durable. Et qui la regarde comme on regarde une œuvre qui vous a échappé. Une œuvre qui a grandi hors de la main, hors du cadre, hors de tout, et qui se tient maintenant devant vous, debout, vivante, et qui vous juge.— Tu aurais dû être à mes côtés, dit-il.Sa voix est basse. Presque

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    Valentina Les forces spéciales font irruption quatre minutes après que j'ai baissé l'arme. Je les entends avant de les voir. Le fracas dans l'escalier de service, des bottes qui martèlent le béton, des crosses qui raclent les murs, des ordres aboyés en rafale, ce langage sec et codé que je connais par cœur pour l'avoir organisé moi-même tant de fois, pour l'avoir crié dans des radios cryptées, pour l'avoir enseigné à des hommes qui ne posaient pas de questions. La porte défoncée du penthouse s'ouvre encore plus, elle pendait déjà sur ses gonds depuis l'assaut d'Ignacio, et le nouveau choc la détache presque entièrement, la jette contre le mur du vestibule dans un craquement de bois splitté. Et ils entrent. Une douzaine. Cagoulés. Noirs de la tête aux pieds, gilets pare-balles, genouillères, lourds de tout l'équipement qu'on porte quand on s'attend à mourir. Les lampes sur les canons balaient le salon en éventails rouges, stroboscopiques, qui découpent la pièce en tranches de lumiè

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    Ignacio Trois heures quarante-sept du matin. Le penthouse est au trente-quatrième étage. L'ascenseur est bloqué par mes hommes depuis le parking. Les gardes de l'immeuble sont neutralisés, deux hommes attachés dans une réserve au sous-sol, vivants, je ne suis pas un monstre avec les gens qui n'ont rien demandé. Je ne suis pas un monstre du tout, d'ailleurs. Je suis un homme qui fait ce qui doit être fait. C'est différent. Nous sommes six. Quatre de mes hommes, moi, et le silence. La porte du penthouse est une porte blindée. Mes hommes posent la charge. Je recule d'un pas. Le bruit est sourd, un bouff qui résonne dans tout l'immeuble, et la porte cède, et nous entrons. Le salon est éclairé. Une seule lampe, au fond, près de la baie vitrée. Et elle est là. Valentina. Debout au milieu du salon, dans le cercle de lumière, comme une actrice su

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