Se connecterIl m'a détruite. Aujourd'hui, il me supplie pour un héritier. Mais les héritiers, je les ai déjà. Et il vient de comprendre qu'il a essayé de tous nous tuer. Résumé : Valentina a tout sacrifié par amour pour Santiago Balmaceda, chef impitoyable de la mafia argentine. En retour, il lui offre le mépris, l'humiliation, et une balle dans le dos le soir où elle lui annonce sa grossesse. Elle sombre dans le fleuve, présumée morte. Mais Valentina survit. Repêchée par les hommes de son père biologique, Ignacio San Román, elle découvre l'atroce vérité : son mariage n'était qu'un piège orchestré par son propre père pour infiltrer le clan ennemi. Elle n'a jamais été qu'un pion. Cinq ans plus tard, Valentina San Román n'est plus la fleuriste naïve qui pleurait en silence. Entraînée, impitoyable, elle revient à Buenos Aires pour anéantir l'empire de Santiago, au bord de l'effondrement. Elle le ruine, l'humilie, le regarde ramper. Acculé, il découvre une clause ancestrale qui le condamne s'il n'a pas d'héritier de sang San Román. Il la supplie. C'est alors que Valentina sort une photo. Deux enfants. Ses yeux à lui. Son sourire à elle. "Tu veux dire... ?" Commence un duel sans merci où la haine se fissure face aux remords de Santiago, prêt à donner son sang pour sauver sa fille. Mais la véritable menace surgit quand Valentina comprend que la balle dans son dos n'a pas été tirée par hasard : son propre père voulait l'assassiner pour déclencher une guerre. Trahie par les deux hommes de sa vie, Valentina devient l'arme de sa propre vengeance. Pour protéger ses enfants, elle devra affronter Ignacio, désamorcer une bombe destinée aux jumeaux, et choisir entre la destruction totale et un amour qu'elle croyait mort.
Voir plusValentina
Je regarde mon reflet dans le grand miroir de la chambre, et je ne me reconnais pas.
La femme qui me fixe porte une robe rouge. Rouge comme le sang, rouge comme les pétales de coquelicot que ma mère Clara plantait chaque printemps dans le petit jardin derrière la florería de San Telmo. Rouge comme le courage que je n'ai plus depuis longtemps, et que j'essaie de retrouver ce soir, coûte que coûte.
Le tissu épouse mes hanches, s'ouvre en un décolleté audacieux que je n'aurais jamais osé porter avant. Avant quoi ? Avant Santiago. Avant ce mariage. Avant ces trois années où j'ai appris à me faire toute petite, à disparaître entre les murs de ce manoir glacial où je ne suis qu'une ombre parmi les meubles.
Mes mains tremblent quand je referme le collier autour de mon cou. Pas le médaillon. Pas celui-là. Celui-là a disparu il y a des mois, et je sais maintenant, au fond de moi, sur qui je le reverrai un jour. Ce soir, je porte une simple chaîne en or, celle que Clara m'avait offerte pour mes dix-huit ans, quand elle était encore vivante, quand le monde avait encore un sens.
— Reste calme, je murmure à mon reflet. Reste calme, Valentina. Ce soir, tout va changer.
Je pose une main sur mon ventre. Il est encore plat. Personne ne se doute. Personne, sauf le vieux docteur qui m'a confirmé la nouvelle il y a une semaine, et Rosa, la seule domestique de cette maison qui me regarde encore comme un être humain.
Un bébé.
Le mot résonne dans ma tête comme une prière. Un bébé qui grandit en moi, un bébé qui va tout changer. Parce que Santiago, malgré son froid, malgré ses absences, malgré tout ce qu'on murmure sur lui et sur cette femme, Renata Fierro, Santiago voudra un héritier. Il le doit. C'est la seule chose qui peut me sauver, la seule chose qui peut nous ramener l'un vers l'autre. Un enfant.
Je ferme les yeux. Je revois son visage, le Santiago d'avant, celui qui entrait dans ma florería avec un sourire timide, celui qui me commandait des pivoines pour sa mère malade en me regardant comme si j'étais le soleil. Où est-il, cet homme ? Est-ce qu'il existe encore quelque part, sous cette carapace de glace ? Est-ce que je pourrai le faire revenir ce soir, avec ce dîner, avec cette robe, avec cette nouvelle qui devrait, si Dieu existe, illuminer son visage ?
Je descends l'escalier lentement, les talons claquant sur le marbre. La grande salle à manger m'attend. J'ai passé la journée à cuisiner. De mes mains. J'ai renvoyé les domestiques, j'ai insisté auprès de Rosa pour tout faire moi-même. Un empanadas de carne, comme Santiago les aime, la pâte fine, la viande relevée d'olives et d'œuf dur. Un asado préparé avec les meilleures pièces, mariné depuis l'aube dans le chimichurri que je fais moi-même, avec le persil, l'ail, le vinaigre, l'origan sec. Un flan maison au dulce de leche, sa gourmandise secrète, celle qu'il m'avait avouée un soir, à Puerto Madero, en riant.
La table est dressée avec un soin maniaque. Je le confesse. J'ai vérifié chaque couvert trois fois, chaque verre en cristal, chaque pli de la nappe blanche. Les bougies brûlent doucement, et leurs flammes se reflètent dans le service en porcelaine hérité de Graciela, service qu'elle m'a autorisée à utiliser du bout des lèvres, avec un mépris à peine masqué.
Au centre de la table, un vase en cristal. Dedans, trois pivoines blanches. Les mêmes que la première fleur que je lui ai vendue. C'est mon message silencieux. Souviens-toi, Santiago. Souviens-toi de nous.
Je m'assieds. Je me relève. Je m'assieds à nouveau. Je vérifie l'heure sur l'horloge en bronze au-dessus de la cheminée. Vingt heures dix. Il devrait être là. Il m'a dit qu'il rentrerait à vingt heures. Ce matin, quand je lui ai demandé, dans un souffle, à travers la porte de son bureau, s'il pouvait dîner avec moi ce soir, juste ce soir, il a hésité. Puis il a dit oui. Un oui sec, expéditif, mais un oui.
Vingt heures quinze.
Je bois une gorgée d'eau. Ma gorge est sèche. Mon cœur bat trop fort. Je pose ma main sur mon ventre, encore une fois, et je murmure :
— Aide-moi, mon amour. Aide maman à trouver les mots.
Je ne sais pas si je parle au bébé ou à ce Dieu que je ne prie plus depuis trois ans. Peut-être aux deux. Peut-être à moi-même.
Vingt heures vingt.
J'entends enfin le bruit du portail. Le grondement du moteur de la voiture qui remonte l'allée. Les pneus qui écrasent le gravier. Je me lève d'un bond. Je lisse ma robe. Je respire. Un, deux, trois. Je souris. Un vrai sourire, comme si les trois dernières années n'avaient pas existé, comme si j'étais encore la fleuriste de San Telmo, comme si tout était encore possible.
La porte d'entrée s'ouvre. Un rire. Un rire de femme.
Mon sourire se fige.
Un homme plus jeune, à sa gauche. Des traits fins, des yeux tristes, un sourire pâle qui ne monte pas jusqu'à ses yeux mais qui semble sincère. Il me regarde avec quelque chose qui ressemble à de la compassion, et c'est la première émotion humaine que je croise dans cette maison.— Assieds-toi, ordonne la femme.Je m'exécute. Je prends place à l'autre bout de la table, loin, très loin d'eux. La distance est telle que je dois presque crier pour me faire entendre.— Je suis Graciela Balmaceda, annonce la femme. La mère de Santiago. Et voici Tomás, son frère.Tomás esquisse un sourire plus franc.— Bienvenue dans la famille, murmure-t-il.— Je n'ai pas dit qu'elle était la bienvenue, coupe Graciela en reposant sa tasse de thé avec un petit bruit sec. Je dis simplement qu'elle est ici. Ce qui n'est pas la même chose.Le silence retombe. Épais. Hostile. J'ai l'impression que l'air lui-même est devenu solide, qu'il faut le pousser pour respirer.Je fixe mon assiette. Je n'ai pas faim. Mon e
Il recule d'un pas. Il met un genou à terre. Comme dans les films. Comme dans les contes de fées. Comme dans les rêves que je ne faisais plus depuis la mort de Clara.— Épouse-moi, Valentina. Demain. Je sais que c'est fou. Je sais qu'on se connaît depuis cinq mois. Je sais que tu ne sais pas tout de moi. Mais je t'aime. Et je ne veux pas passer un seul jour de plus sans toi.Les larmes coulent sur mes joues. Je ne les essuie même pas. Je le regarde, à genoux devant moi, avec ses yeux noirs et ses paillettes d'or, avec ses doigts qui tremblent, avec sa voix qui s'étrangle, et je me dis que c'est le plus beau jour de ma vie.— Oui, je murmure.— Oui ?— Oui, je veux t'épouser. Demain.Il se relève si vite qu'il manque de tomber. Il me prend dans ses bras, me soulève, me fait tourner. Le ciel et les étoiles tournent avec nous, et je ris, je ris aux éclats, je ris comme je n'ai jamais ri.— Demain, répète-t-il en me reposant. Demain, tu seras ma femme.— Demain, je serai ta femme.Il m'em
Je le regarde. Je regarde ses yeux noirs avec les paillettes d'or. Je regarde sa main sur ma joue. Je regarde cet homme grand et grave qui vient chaque jour dans ma boutique depuis six semaines, qui a bu du maté avec moi sur mon tabouret branlant, qui m'a parlé de sa mère malade et de son frère à protéger et de son rêve d'astronomie, cet homme qui rougit et qui rit et qui pleure presque, parfois, quand je lui parle de Clara, cet homme qui est entré dans ma solitude sans faire de bruit et qui l'a remplie sans que je m'en rende compte.Cet homme.Cet homme.Cet homme qui, dans trois ans exactement, un soir de vent glacé sur une terrasse au-dessus du Río de la Plata, sortira un pistolet de sous son veston et me tirera une balle dans le dos.Mais ça, mon bébé, je ne le sais pas encore.Ce soir, sur ce banc de la Plaza Dorrego, avec du dulce de leche sur le nez et le tango dans les oreilles, je ne sais qu'une chose.— Moi aussi, je murmure.Et je me hisse sur la pointe des pieds.Et je pos
Valentina Il vient chaque matin avec des medialunas. C'est devenu un rituel, un rendez-vous muet que ni l'un ni l'autre n'avons jamais formulé mais auquel aucun de nous deux ne manque. Dix heures. La clochette. Son sourire. Le petit sac en papier blanc. Puis il vient chaque midi. Il apporte des empanadas qu'il achète dans une petite échoppe de la rue Defensa, et il les partage avec moi sur le tabouret branlant, nos genoux qui se touchent presque, nos doigts qui s'effleurent quand on attrape la même. Il me raconte sa vie, par petits morceaux, comme on distribue des bonbons à un enfant, avec parcimonie. Sa mère est malade. Elle est dans une clinique privée de Recoleta, une clinique pour gens riches avec des infirmières en blanc et des couloirs qui sentent le désinfectant. Il va la voir tous les soirs. Elle ne le reconnaît pas toujours. Parfois elle l'appelle par le prénom de son père, et il ne la corrige pas. Il la laisse faire. Il lui tient la main et il écoute ses souvenirs qui ne












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