MasukJe quitte la Bibliothèque des Ombres.
Dans ma tête, les idées tourbillonnent.
Utiliser Damien. Utiliser Alistair. Jouer leur jeu. Avec mes règles.
Jusqu'à ce que je sois libre.
Mais au fond de mon cœur, une petite voix murmure que la liberté a un prix.
Et que peut-être, à force de jouer avec eux, c'est moi qui vais finir par tomber.
Trois jours plus tard, Noxluris est en é
Ophélia Nous plongeons dans la Brèche comme on plonge dans un océan qui n'a pas de fond, pas de surface, pas de lois. La réalité se déchire autour de nous avec un bruit qui n'est pas un bruit, une déchirure silencieuse qui hurle dans nos os. Ma main droite serre celle d'Alistair, ma main gauche celle de Damien, et mes ombres forment une corde vivante qui nous lie tous les trois, un cordon ombilical de ténèbres et de poussière d'étoiles. La première chose qui nous frappe, c'est l'absence de sol. Nous ne tombons pas vraiment, nous flottons dans une substance qui n'est ni liquide ni gazeuse, quelque chose entre la mémoire et le rêve. Les couleurs sont fausses, des pourpres qui n'existent pas, des verts qui font saigner les yeux. Le temps ne s'écoule pas normalement, il s'étire comme du miel puis se contracte comme un muscle, nous donnant l'impression de vivre mille ans et une seconde en même temps. — Restez liés, je crie, mai
AlistairL’aube nous trouve sur le toit, entremêlés les uns aux autres pour lutter contre le froid, quand nos téléphones vibrent tous en même temps, une alarme stridente, une convocation d’urgence qui déchire le silence de la ville qui s’éveille. C’est le Conseil des Six. Le message est laconique, affolé.La Brèche dimensionnelle est en train de s’effondrer. Tous les agents disponibles sont appelés sur place. L’instabilité magique a été détectée il y a une heure. Elle est en train de contaminer trois rues du quartier des Canaux. Et au centre, au cœur palpitant de cette déchirure entre les mondes, une présence a été identifiée. Un objet. Un œuf.Le Masqué a frappé. Il n’a pas attendu que nous résolvions l’énigme, il n’a pas joué le jeu. Pendant que nous étions dans nos cavernes à affronter nos pères et nos démons, pendant que nous étions sur ce toit à bâtir un avenir à trois, il a avancé ses pions. Il a pris l’œuf, l’a déplacé, l’a jeté dans l’end
Damien Les mots d’Ophélia tombent sur le toit comme une lame de guillotine. Ils pourraient nous trancher. Ils pourraient raviver la jalousie, la possessivité, la compétition. Pendant une fraction de seconde, la bête en moi montre les crocs. C’est un réflexe, un vieux démon qui me murmure qu’un loup ne partage pas sa louve, qu’un chef de meute n’accepte pas de rival. Mais la fraction de seconde passe. Et le démon meurt. Parce que je regarde Ophélia, et je vois la peur derrière sa déclaration courageuse. Elle nous a dit la vérité, et maintenant elle attend le verdict. Elle attend qu’on la juge, qu’on la quitte, qu’on la traite de tous les noms qu’elle s’est déjà donnés. Elle nous a offert son cœur, non pas coupé en deux, mais multiplié par deux, et elle a peur qu’on le jette du haut de ce toit. Puis je regarde Alistair. Le dragon est aussi immobile que la pierre. Ses yeux d’or sont fixés sur nos
Ophélia Le silence sur le toit devient une chose vivante, une troisième présence. Il crépite. Il attend. Tout ce qui a été dit flotte entre nous trois, les fantômes de nos pères, la solitude de nos vies, la reconnaissance de nos âmes. L’aube est encore loin, la lune haute est froide, et pourtant j’ai chaud. Une chaleur qui ne vient pas de l’extérieur, mais du noyau de mon être, là où ma poussière d’étoiles brille plus fort que jamais. Je ne réfléchis pas. Réfléchir, c’est tout ce que j’ai fait toute ma vie, et cela ne m’a menée qu’à la peur et à l’hésitation. Mon corps sait des choses que mon esprit ignore. Mon cœur a une sagesse que mes peurs étouffent. Ce soir, sur ce toit, il n’y a plus de place pour la peur. Je me tourne vers Alistair. Le dragon aux yeux d’or, l’homme qui a failli m’enfermer dans une vitrine et qui, aujourd’hui, a brisé toutes les vitrines de son âme pour moi. Ses écailles brillent faiblement sur ses t
OphéliaNous sommes perchés sur le toit le plus haut de Noxluris, loin au-dessus des rues brumeuses, loin des apparences et des mensonges. La ville s’étend sous nos pieds comme une constellation inversée, un ciel de lampadaires et de fenêtres éclairées dont la lumière ne monte pas jusqu’à nous. Le vent est froid, chargé d’une humidité nocturne qui colle nos vêtements à la peau. Nous avons fui les cavernes, les fantômes et les pères. Nous sommes venus chercher l’air, chercher le ciel, chercher un peu de vérité après tant de siècles d’illusions.Je suis assise entre eux deux. Alistair a retiré sa veste aux boutons d’or, sa chemise est ouverte sur son torse aux reflets d’écailles, il est plus vrai que je ne l’ai jamais vu. Damien a ses manches retroussées jusqu’aux coudes, ses avant-bras musculeux couverts de cicatrices qui brillent sous la lune, et il regarde l’horizon sans le voir, regardant plutôt à l’intérieur de lui-même.Nous ne parlons pas de
AlistairLa confession de Damien, ses larmes dans la caverne, sa voix brisée, tout cela a ouvert une brèche en moi, une fissure par laquelle des choses oubliées remontent, des choses que j’ai enfouies sous des siècles d’or et de solitude. Nous sommes toujours dans la caverne de mon père, entourés par son trésor, ses os, ses fantômes. Le parchemin tremble encore dans mes mains. Mais ce ne sont pas les mots de l’énigme qui me glacent le sang. C’est le reste. C’est ce que je n’ai jamais dit à personne.Je m’assois sur un amas de pièces d’or, le bruit métallique se répercute contre les murs comme un glas. Ophélia me regarde, ses yeux noirs sont remplis d’une inquiétude douce, ses ombres se sont rapprochées de moi, comme une offrande de réconfort. Damien se tient debout, bras croisés, mais son regard jaune n’est plus dur. Il est patient. Attentif. Vivant.— Mon père, dis-je, et ma voix est rauque, elle ne ressemble pas à la mienne, elle ressemble à ce
OphéliaLa nuit est douce sur l'île.Nous avons installé un campement près de la plage, avec des débris du yacht et du navire de chasse. Un feu crépite, chassant l'obscurité, réchauffant nos corps fatigués.
OpheliaIl écoute.Sans m'interrompre.Sans ciller.Sans que son regard ne me lâche une seconde.Et quand j'ai fini, quand ma voix s'éteint dans le silence de la pièce, il reste immobile un long moment, à me regarder, &agr
AlistairC'est ce que je fais.C'est ce que j'ai toujours fait.Je collectionne les femmes comme je collectionne les objets. Je les admire un temps, je les possède, je les range quand je me lasse. Elles ne sont pa
Ophelia Damien veut l'utiliser comme pont diplomatique. C'est ce qu'il m'a dit, avec sa voix rauque et ses yeux ambrés. Un bébé dragon élevé par des Lycans, pour rapprocher les espèces. Pour créer un lien. Pour construire une paix durable entre leurs peuples ennemis.C'est beau.C'est trop beau.D