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Le contrat

Autor: O. M. F
last update Fecha de publicación: 2026-10-13 08:17:11

Celle qui devrait mourir 

Episode 5

Une semaine s'était écoulée depuis l'hôpital. Une semaine pendant laquelle William ne m'avait rien demandé. Pas un mot, pas un regard, pas une insulte. Il passait devant moi comme on passe devant un meuble, et moi je continuais de ranger, de cuisiner, de me taire. C'était presque pire que les coups. Le silence de William avait quelque chose d'attentif, comme s'il m'observait de loin, comme s'il attendait que je fasse quelque chose.

Et pendant cette semaine, j'avais cherché. Je ne savais pas encore quoi, ni pourquoi. Mais après la phrase de Veronica dans la cuisine « tu aurais dû y aller, Éléna, tout le monde le sait » quelque chose s'était réveillé en moi. Une petite voix que j'avais étouffée pendant cinq ans et qui refusait maintenant de se taire. J'avais fouillé dans les vieux papiers de la maison, dans les affaires de Sophie que William avait gardées dans des cartons au sous-sol. Je n'avais rien trouvé. Rien d'utile. Rien qui explique pourquoi j'avais soudain l'impression que l'histoire qu'on m'avait racontée depuis cinq ans ne tenait pas debout.

J'étais assise sur le bord du lit, un vieux carnet de Sophie entre les mains, quand la porte s'ouvrit avec une telle violence qu'elle claqua contre le mur.

William se tenait dans l'embrasure. Il était en costume, cravate défaite, les cheveux légèrement en désordre. Il me regarda, puis il regarda le carnet dans mes mains, et quelque chose passa dans ses yeux que je ne sus pas interpréter.

— Qu'est-ce que tu fais ?

— Rien.

— Tu fouilles dans les affaires de ma sœur maintenant ?

— Non, je…

— Habille-toi, coupa-t-il. Tu viens avec moi.

Je ne bougeai pas tout de suite. Il s'approcha, et je sentis l'odeur de l'alcool sur son haleine, cette odeur que je connaissais trop bien.

— Il y a une signature de contrat ce soir. Un homme d'affaires important. Il aime les gens qui boivent. Beaucoup.

— William…

— À défaut de mourir, tu peux bien faire ça, non ? dit-il en me regardant froidement. Assassin. Tu passes tes journées sur ton lit à expier tes fautes ? Tu n'as pas de conscience ? Pas de honte ? Ça t'arrive de mourir une fois pour de bon ?

Je baissai les yeux. Je ne répondis pas.

— Bouge ton cul de là et que ça saute.

Je me levai. Je me dirigeai vers la penderie. Je choisis une robe sombre, simple, celle qui ne se voit pas. Je me changeai pendant qu'il attendait, dos à moi, et je me dis que c'était peut-être ça, ma vie maintenant. Être un accessoire. Une chose qu'on sort quand on a besoin d'elle et qu'on range quand elle ne sert plus.

Quand je fus prête, il se retourna et me regarda de la tête aux pieds.

— Parfait, dit-il. Tu as l'air d'une morte.

Il sortit sans attendre. Je le suivis au Club. Le club s'appelait Le Vertige. Je me souviens du nom parce que c'est exactement ce que j'ai ressenti en y entrant : un vertige. Les lumières étaient trop basses, la musique trop forte, l'air trop chaud, saturé de parfums et de fumée. Des hommes en costume parlaient fort, riaient fort, buvaient fort. Des femmes en robe courte les écoutaient en souriant, et je me demandai combien d'entre elles étaient là par choix.

William me guida vers une table au fond, une grande table ronde où étaient déjà installés quatre hommes et l'homme d'affaires en question, un quinquagénaire au visage rouge et aux mains moites qui se leva pour nous accueillir.

— Ashford ! Enfin ! Et qui est cette ravissante créature ?

— Ma femme, dit William sans me regarder. Elle adore boire.

L'homme rit. Il me dévisagea longuement, et je soutins son regard sans rien dire. On me fit asseoir à côté de lui. On posa devant moi un verre, puis un autre, puis une bouteille entière.

— On trinque ! lança l'homme d'affaires.

Je levai mon verre. Je bus.

Je ne sais pas combien de bouteilles j'ai bues cette nuit-là. Dix, peut-être. Peut-être plus. Le whisky coulait dans ma gorge comme de l'eau, et à chaque verre vidé, quelqu'un en remplissait un autre. Les hommes riaient. Ils riaient de moi, de ma robe, de mes mains tremblantes, de la façon dont je vacillais sur ma chaise. William ne disait rien. Il regardait, un sourire aux lèvres, ce sourire que je ne lui avais pas vu depuis des années et que je détestais plus que tout.

À un moment, mon estomac se retourna. Je me levai brusquement, mais une main me retint par le poignet.

— Où tu vas ? dit William.

— Je… je vais vomir.

— Ici.

— William…

— Ici, répéta-t-il.

Je ne pus pas attendre. Je me penchai sur le côté et je vomis. Le liquide était chaud, épais, et il avait une couleur que je ne reconnus pas tout de suite. Rouge. Du sang. J'avais vomi du sang, et pendant quelques secondes, je me dis que c'était enfin fini, que j'allais mourir là, sur cette banquette, dans ce club, devant ces hommes qui riaient.

Mais personne ne se leva. Personne ne m'aida. Au contraire, ils rirent encore plus fort. L'homme d'affaires tapa dans ses mains.

— Elle est solide, votre femme ! Encore ! Encore !

Je me redressai, les lèvres rouges, les yeux embués, et je regardai William. Il ne détourna pas le regard. Il me regarda essuyer ma bouche avec le dos de la main, et il ne dit rien. Il ne dit rien du tout.

Puis vint la signature. Un contrat de cent millions d'euros, étalé sur la table entre les verres sales et les cendriers pleins. William signa. L'homme d'affaires signa. On trinqua encore. On rit encore. Et moi, je restai là, à moitié inconsciente, les mains posées sur la table pour ne pas tomber. L'homme d'affaires partit le premier, escorté par deux de ses associés. Le club se vida peu à peu. William se leva et me prit par le bras, sans douceur, et me tira vers une porte au fond de la salle. Une salle privée. Un canapé, une table basse, une lumière tamisée. Veronica était déjà là. Elle était arrivée à un moment que je n'avais pas vu, peut-être pendant que je vomissais, peut-être avant, je ne savais plus. Elle portait une robe noire, très courte, et elle souriait.

— Alors, ce contrat ? demanda-t-elle.

— Signé, dit William.

Il s'approcha d'elle. Il l'embrassa. Puis il se tourna vers moi.

— Assieds-toi.

Je m'assis. Je ne tenais plus debout de toute façon.

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