LOGINCelle qui devrait mourir Episode 18 Une heure passa puis deux. Silvia ne bougeait pas de sa chaise. Elle refusait le café qu'on lui proposait, elle refusait de s'éloigner, elle refusait de rentrer chez elle. Elle attendait. Elle attendait qu'on lui dise quelque chose, n'importe quoi, même une mauvaise nouvelle, pourvu qu'on lui dise quelque chose.Au bout de la troisième heure, elle se leva pour aller aux toilettes. Elle traversa le couloir, les jambes raides, la tête lourde, et c'est en revenant qu'elle les vit.William.Il était assis sur une chaise, dans un autre couloir, à quelques mètres d'elle. Il tenait la main de Veronica, allongée sur un lit d'hôpital, dans une chambre dont la porte était ouverte. Veronica avait le poignet bandé, le visage pâle, les yeux mi-clos, et elle souriait faiblement, comme si elle se remettait d'une émotion, comme si elle avait frôlé la mort et qu'elle était heureuse d'être en vie.William se penchait vers elle. Il lui parlait à voix basse. Il lui c
Celle qui devrait mourir Épisode 17 Silvia était chez son avocat quand son téléphone sonna. Elle était assise dans un fauteuil de cuir, les papiers du divorce étalés devant elle, et elle écoutait maître Blanchard lui expliquer les dernières modalités de la procédure. Elle avait la tête ailleurs, comme souvent depuis deux mois, partagée entre l'espoir de voir Éléna enfin libre et la peur que quelque chose ne vienne tout compromettre au dernier moment.Quand son téléphone vibra sur la table, elle crut d'abord à un message d'Éléna. Elle avait promis de l'appeler en sortant de l'hôpital. Mais ce n'était pas Éléna. C'était un numéro inconnu. Elle hésita une seconde, puis elle décrocha.— Madame Ashford ?— Oui, c'est elle.— Madame, je vous appelle de l'hôpital Saint-Vincent. Votre belle-fille, Éléna Moreau, vient d'être admise aux urgences. Elle a été renversée par une voiture. Elle est en état critique.Silvia se leva si brusquement que son fauteuil bascula en arrière. Maître Blanchard
Celle qui devrait mourirEpisode 16Ce jour-là, Silvia avait quelque chose à faire. Une visite chez son avocat, pour finaliser les papiers du divorce et préparer la suite. Elle m'avait proposé de m'accompagner à l'hôpital d'abord, puis d'aller à son rendez-vous, mais je lui avais dit non. Je lui avais dit d'y aller, qu'elle n'avait pas à tout annuler pour moi, que je pouvais y aller seule, que ce n'était qu'un traitement de routine. Elle avait hésité. Elle m'avait regardée longtemps, comme si elle sentait quelque chose, comme si elle avait un mauvais pressentiment. Puis elle avait fini par accepter.— Tu m'appelles dès que tu sors, d'accord ?— D'accord.— Et tu prends un taxi pour rentrer. Pas de marche. Pas de bus. Un taxi.— Promis.
Celle qui devrait mourir Épisode 15 Je regardai les papiers de divorce étalés sur la table. Mon nom, Éléna Moreau, écrit noir sur blanc, à côté du sien, William Ashford. Deux noms qui avaient été liés pendant huit ans, que le papier allait séparer en quelques lignes. Et je ne ressentis pas ce que j'aurais dû ressentir. Pas de joie, pas de soulagement, pas de victoire. Juste un mélange étrange, douloureux, de bonheur et de tristesse.Bonheur, parce que c'était la porte de sortie. La liberté, enfin. La possibilité d'une vie qui ne serait plus faite de coups, d'humiliations, de verre brisé sous mes pieds. Tristesse, parce que c'était la fin d'une histoire qui avait commencé dans l'amour. Parce que l'homme que j'avais épousé, celui qui était doux, attentionné, adorable, celui qui me faisait rire, celui qui me prenait dans ses bras le soir, cet homme-là avait existé. Il avait existé. Et il était mort quelque part dans une ruelle, cinq ans plus tôt, en même temps que Sophie.Je posai la m
Celle qui devrait mourir Épisode 14 Il est entré comme un ouragan. Les yeux rouges, le visage déformé par la colère, les poings serrés. Il n'a même pas regardé sa mère. Il est venu droit sur Éléna. Et avant que j'aie pu dire quoi que ce soit, avant que j'aie pu me lever, il a levé la main et l'a frappée. Une gifle monumentale, qui l'a fait tomber au sol, sur les fesses, la tête contre le pied de la table.— Espèce de salope ! Tu as osé raconter des choses à ma mère ? Tu as osé lui dire que je te maltraite ?Éléna ne répondit pas. Elle ne pleurait pas. Elle portait sa main à sa joue et me regardait, moi, comme pour s'excuser, comme pour me dire que ce n'était rien, que ce n'était pas grave, que ça allait passer.Quelque chose s'est brisé en moi.Je me suis levée. Je me suis plantée entre eux. Et j'ai regardé mon fils.— William.Il s'est arrêté. Il m'a regardée. Et dans ses yeux, j'ai vu une chose que je n'avais jamais vue : de la haine. De la haine pour moi. Sa propre mère.— Tu ne
Celle qui devrait mourir Épisode 13 Le point de vue de SilviaJe regarde Éléna me dire qu'elle va bien.Elle est assise en face de moi, dans ce salon que je n'avais pas vu depuis cinq ans, les mains posées sur ses genoux, le dos droit, comme une petite fille qui récite une leçon. Elle me dit qu'elle va bien. Elle me dit que ce n'est rien. Elle me dit que William est un bon mari, qu'il travaille beaucoup, qu'il est fatigué, qu'il ne faut pas lui en vouloir. Elle me dit tout ça avec une voix douce, égale, presque convaincante, et moi je la regarde et je vois ses yeux.Ses yeux sont morts.Je connais ces yeux. Je les ai vus dans le miroir, il y a cinq ans, quand les médecins m'ont annoncé que Sophie était morte. Je les ai vus dans le miroir, pendant deux ans, quand j'étais dans le coma et que je ne pouvais rien faire. Je les ai vus dans le miroir, à l'étranger, quand on m'a réappris à marcher, à parler, à vivre. Alors je sais ce que ces yeux veulent dire. Et je sais qu'Éléna ne va







