Se connecterElle imitait nos dialogues, sans les comprendre. Nous rîmes.La journée passa, rapide, joyeuse. Élodie joua avec ses cadeaux – des poupées, des livres, un tricycle. Louis la regardait, fasciné. Julien prépara le gâteau – un gâteau au chocolat, avec des bougies en forme d’étoiles.– Tu as fait un gâteau ? demandai-je.– J’ai essayé.– Il est beau.– Il est tordu.– Il est fait avec amour. C’est plus important.– Tu es gentille.– Je suis honnête.– C’est la même chose.– Non. C’est différent.Il sourit. Je souris.Le soir, nous allumâmes les bougies. Élodie était sur sa chaise, les yeux brillants. Louis était dans mes bras. Julien tenait l’appareil photo.– Tu fais un vœu, ma chérie, dis-je.– Un vœu ?– Oui. Tu fermes les yeux, tu penses à quelque chose que tu veux, et tu souffles les bougies.– Je veux quoi ?– Ce que tu veux.– Je veux un câlin.– C’est un vœu ?– C’est mon vœu.– Alors souffle.Elle souffla. Les bougies s’éteignirent. Julien prit la photo.– Bravo, ma chérie, dit-i
Il rit. Je ris. Les réactions affluaient. Des milliers de likes, des centaines de partages. La photo faisait le tour des réseaux, doucement, paisiblement. Pas de scandale. Pas de haine. Juste de l’amour. – La boucle est bouclée, dit Julien. – La boucle ? – C’est là où tout a commencé. Le mensonge, le contrat, le gigolo. Et maintenant, c’est là où on montre qu’on est heureux. – Pour de vrai ? – Pour de vrai. – Sans mensonge ? – Sans mensonge. – Sans peur ? – Avec la peur. Mais c’est une bonne peur. – La meilleure ? – La meilleure. Il m’embrassa. Je me blottis contre lui. *** Les jours suivants, les réactions continuèrent. Des milliers de commentaires, des messages privés, des courriers. Des gens nous remerciaient, nous racontaient leurs histoires, nous disaient que notre photo leur avait redonné espoir. – Tu as vu celui-ci ? dit Julien en me tendant son téléphone. Je lus : « Je suis en pleine dépression. Mon mari m’a quittée. Vos photos me rappellent que l’amour existe.
– On devrait prendre une photo, dit Julien. – Une photo ? – Pour se souvenir. De ce jour. De cette table. De ce café. – On a des milliers de photos. – Pas de celle-ci. – Tu veux qu’on demande au serveur ? – Oui. Il appela le serveur – le même que les années précédentes, celui qui nous connaissait, qui nous souriait. – Vous pouvez nous prendre en photo ? demanda Julien. – Bien sûr. Vous voulez où ? – Ici. À notre table. Avec les tasses. – Et le décor ? – Tout. La fenêtre, la rue, les passants. – Comme un souvenir ? – Comme un commencement. Le serveur prit le téléphone de Julien. Il recula, ajusta le cadrage. – Souriez, dit-il. Nous sourîmes. Nos mains étaient sur la table, entrelacées. Nos visages étaient détendus, heureux. Le soleil entrait par la fenêtre, éclairait nos cheveux, nos yeux, nos sourires. – Parfait, dit le serveur. Je vous l’envoie ? – Oui, merci. Il nous rendit le téléphone. Julien regarda la photo. – Elle est belle, dit-il. – On est beaux. – On es
Il sourit. Je souris.– Tu te souviens de ce que tu as pensé, toi ? demandai-je.– J’ai pensé : « Elle est brisée. Elle va être facile. »– Facile ?– Facile à manipuler. Facile à convaincre. Facile à aimer, aussi, mais je ne le savais pas encore.– Et ensuite ?– Ensuite, j’ai compris que tu n’étais facile à rien. Que tu te battais. Que tu doutais. Que tu avançais, malgré tout.– Malgré toi ?– Malgré moi, oui. Mais grâce à moi, aussi.– Tu es modeste.– Je suis sincère.– C’est la même chose.– Non. C’est différent.Il prit ma main. Il la baisa.– Tu es ma femme, Léa.– Tu es mon mari, Julien.– On a vieilli.– Un peu.– On est toujours beaux.– On est toujours amoureux.– C’est plus fort.– C’est plus doux.– C’est plus vrai.– C’est plus nous.Il m’embrassa. Le serveur passa, débarrassa les tasses.– Vous revenez l’année prochaine ? demanda-t-il.– Tous les ans, dis-je.– Jusqu’à la fin de nos vies, dit Julien.– C’est long.– C’est court.– C’est bien.Le serveur sourit. Il s’élo
Le lendemain, Julien me proposa d’aller au café.– Lequel ? demandai-je.– « L’Évidence ». Celui où on s’est rencontrés.– Pourquoi ?– Pour se souvenir.– On n’a pas besoin d’un café pour se souvenir.– J’ai besoin de revoir l’endroit. De m’asseoir à la même table. De commander les mêmes boissons.– Tu es nostalgique.– Je suis amoureux. C’est différent.– C’est la même chose.– Non. C’est différent.Il sourit. Je souris.Nous laissâmes les enfants à Sophie. Nous prîmes la voiture. La rue était calme, le soleil brillait. Le café était toujours là, avec ses tables en marbre, ses serveurs en tablier noir.– La même table ? demanda Julien.– La même.Nous nous assîmes à la table numéro 7, celle du fond, près de la fenêtre. Un serveur s’approcha.– Messieurs-dames ?– Un café noir pour monsieur, un thé vert pour madame, dit Julien.– Vous connaissez nos boissons.– On les connaît par cœur.– Vous êtes des habitués ?– On est des anciens.Le serveur sourit, s’éloigna.– Tu te souviens de
Il parla longtemps.Il raconta ses peurs, ses doutes, ses mensonges. Il raconta comment il avait engagé un gigolo – ou plutôt, comment il s’était fait passer pour un gigolo. Il raconta le contrat, les clauses, la clause numéro sept. « Ne tombez pas amoureuse. »– Je suis tombé amoureux, dit-il. Pas tout de suite. Pas au premier regard. Mais au fil des jours, des nuits, des disputes, des réconciliations.– Comment vous avez su ? demanda une femme.– Je l’ai su quand elle a pleuré dans mes bras. Quand elle m’a parlé de son père, de son abandon, de ses peurs. Je l’ai su quand elle a tenu la main de mon grand-père à l’hôpital. Quand elle a accepté de mentir pour moi, puis de dire la vérité pour nous.– C’est beau, dit une autre.– C’est douloureux, aussi. Parce que l’amour n’est pas un long fleuve tranquille. C’est une tempête, parfois. Une tempête qu’on traverse ensemble.Il raconta les disputes, les séparations, les retrouvailles. Il raconta la naissance d’Élodie, puis celle de Louis. I
Édouard appela le lendemain matin.Julien décrocha, posa le téléphone sur la table pour que j’entende.– Alors, mon petit-fils, c’est vrai ? Vous vous êtes fiancés ?– C’est vrai, Grand-père.– Enfin ! Je commençais à désespérer. Vous avez fixé une date ?– Pas encore. On prend notre temps.– Ne pr
Le lendemain, Julien sortit un écrin de son bureau.Il était petit, carré, en cuir noir. Il le posa sur la table de la cuisine, entre nos tasses de café.– Ouvre, dit-il.Je soulevai le couvercle. Un diamant. Gros, brillant, taillé en solitaire. Il jetait des éclats sous la lumière, des reflets ble
– Ne sois pas désolé. Sois conséquent. Assume ce que tu es : un lâche, un menteur, un type qui a besoin d’écraser les autres pour se sentir grand.– Tu as raison, dit-il, la voix étranglée. J’ai été nul. Mais j’ai changé, en prison.– On ne change pas en prison. On apprend à mieux cacher ses défaut
Thomas continua, encouragé par le silence de Julien.– Tu sais, Léa, elle n’a jamais compté pour moi. C’était une bonne poire. Une fille qu’on épouse parce qu’elle est gentille, parce qu’elle cuisine bien, parce qu’elle ne pose pas de questions. Mais elle ne m’a jamais fait vibrer. Jamais.– Ce ne







