MasukJe me caresse en silence, le visage enfoui dans l'oreiller pour étouffer mes gémissements, et les souvenirs défilent dans ma tête comme un film pornographique que je me serais projeté à moi-même. Le soir où il m'a prise devant le miroir, m'obligeant à regarder mon propre visage déformé par le plaisir. La nuit où il m'a attachée aux montants du lit avec des cordes de soie, et où il m'a caressée pendant des heures sans jamais me laisser jouir, me maintenant au bord du précipice, suspendue, suppliante. L'après-midi où il m'a convoquée dans son bureau, et où il m'a ordonné de me déshabiller pendant qu'il parlait au téléphone avec un associé, sa voix parfaitement calme, ses yeux rivés sur moi, sa main libre qui me faisait signe de venir m'asseoir sur ses genoux.Et cette valse. Cette valse dans la salle de bal de la datcha, devant tous ses hommes, devant leurs femmes, leurs regards envieux ou scandalisés. Il m'avait fait danser pendant une heure, me serrant de plus en
TatianaL'église de San Rocco est fraîche, silencieuse, pleine du parfum des cierges et de l'encens refroidi. C'est ici que je viens quand j'ai besoin de paix, quand les murs de la pension se referment sur moi comme un étau, quand la voix de Nikolai résonne trop fort dans ma tête. L'église est toujours vide à cette heure-ci, entre le déjeuner et les vêpres, et le vieux curé, Don Alessandro, me laisse entrer sans poser de questions. Il sait que je ne viens pas pour prier, pas vraiment. Il sait que je viens pour le piano.Le piano de l'église est un vieux Pleyel à queue, abîmé par l'humidité et les années, mais son âme est intacte. Les touches sont jaunies, certaines sont fendues, la pédale de droite grince, mais quand je joue, tout disparaît. La nef, les fresques, les statues de saints, tout s'efface, et il ne reste que la musique. La musique et moi. La musique et mes souvenirs.Aujourd'hui, je ne suis pas venue seule. Sacha est assis sur le banc,
TatianaLe soleil toscan entre à flots par la fenêtre ouverte, et je reste un instant immobile devant l'évier, les mains dans l'eau tiède, à regarder les oliviers qui frissonnent sous la brise matinale. Cinq ans. Cinq ans que je vis dans ce village perché au-dessus du monde, cinq ans que j'ai posé mes valises dans cette pension, cinq ans que j'ai coupé mes cheveux. Je les ai coupés moi-même, un soir, devant le petit miroir de ma chambre, avec des ciseaux de couture. Ils tombaient par mèches entières sur le carrelage, ces longs cheveux blonds que Nikolai aimait tant, qu'il enroulait autour de son poing quand il me prenait par-derrière, qu'il caressait le matin après les nuits de velours et de soie. Je les ai coupés, et avec eux j'ai coupé quelque chose en moi. Une attache, une racine, un fantôme. Maintenant ils m'arrivent aux épaules, ondulés, plus foncés, et personne ici ne sait qu'autrefois ils descendaient jusqu'à mes reins comme une cascade de miel.La
Je me relève, malgré la douleur, malgré la fatigue, malgré le désespoir qui me ronge. Je me relève, et je repars. Vers l'ouest. Vers l'Italie. Vers elle. Le chemin est long. Je traverse la Russie à pied, caché dans des trains de marchandises, dormant dans des granges abandonnées, mendiant du pain dans des villages où l'on me regarde avec méfiance et pitié. Je franchis les Carpates à travers les forêts, évitant les routes et les postes de contrôle, vivant de baies sauvages et de poissons pêchés à mains nues. Chaque étape est une épreuve. Chaque kilomètre est une victoire. Et chaque soir, avant de m'endormir, je prononce son nom, comme une prière, comme un serment. Tatiana. Tatiana. Tatiana. J'arrive en Italie au début de l'automne. Les collines toscanes sont dorées sous le soleil couchant, et l'air sent le raisin mûr et le romarin. C'est beau, incroyablement beau, et cette beauté me fait mal. Parce que Tatiana est quelque part,
Léonid L'occasion se présente un soir d'orage. Un orage d'été, violent, soudain, qui s'abat sur la propriété comme une colère divine. Le tonnerre fait trembler les murs de la cellule, les éclairs illuminent la nuit à travers les interstices de la porte, et la pluie s'engouffre par les fissures du plafond, formant des flaques sur le ciment. Les gardes sont nerveux, distraits, pressés de se mettre à l'abri. Et dans cette confusion, une opportunité. Cela fait des mois que je prépare ce moment. Des mois que j'observe, que j'écoute, que j'apprends. J'ai repéré les routines des gardes, les failles du système, les moments de relâchement. J'ai limé mes menottes avec un clou rouillé, trouvé dans une fissure du mur, jusqu'à ce que le métal soit assez fin pour céder sous la pression. Ce soir, avec l'orage qui couvre le bruit, je brise les chaînes d'un coup sec, et je suis libre. Libre. Le mot est trop grand pour ce que je ressens. Je
Tatiana Mon amour, Je ne sais pas si tu liras un jour ces mots. Je ne sais même pas si tu es encore en vie. Mais j'ai besoin de te parler, même à travers le silence, même à travers la distance, même à travers le temps. J'ai besoin de te dire ce que je n'ai pas pu te dire avant de partir, dans la grange, quand tu m'as poussée dans ce camion et que tu m'as ordonné de vivre. Je suis vivante, Léonid. Grâce à toi. Je suis en Italie, dans un petit village perché sur une colline, loin de la neige et du froid et de tout ce qui nous a fait souffrir. Je travaille dans une pension, je fais des ménages, je change des draps. Ce n'est pas une vie de princesse, mais c'est une vie libre. Et chaque matin, quand le soleil se lève sur les cyprès et les oliviers, je pense à toi. Je pense à ton sourire, à tes mains, à ta voix qui me disait de ne pas avoir peur. Je pense à la datcha, au feu dans la cheminée, à la neige q







