ログインTatiana Le miroir couvre tout un pan de mur, du sol au plafond, encadré de dorures rococo qui semblent appartenir à un autre siècle. C'est un miroir ancien, au tain légèrement piqué par endroits, qui donne aux reflets une profondeur mystérieuse, comme si les images qu'il renvoie venaient d'un passé lointain. Je me tiens debout devant lui, seule dans la chambre de Nikolai, et je contemple mon reflet. Je porte une robe du soir en velours grenat, décolletée dans le dos, fendue sur le côté. Le collier de diamants noirs luit sur ma gorge, les boucles d'oreilles assorties scintillent à mes lobes, mes cheveux relevés en chignon dégagent ma nuque. Je suis parée comme une châsse, comme une idole, comme un objet de culte. Mais dans mes yeux, il y a une lueur que je ne reconnais pas. Une lueur de défi, de résistance, ou peut-être d'abandon. Je ne sais plus. Nikolai entre par la porte de la salle de bains. Il sort de la douche, un peignoir
Le contact des diamants est froid, presque brûlant de froideur. Je frissonne quand les pierres se posent sur ma peau, quand les griffes de platine se referment sur ma nuque. Le bijou est lourd, plus lourd que je ne l'aurais imaginé, comme s'il était chargé de tout le poids de ma captivité. Il tombe parfaitement, épousant la courbe de ma gorge, descendant jusqu'à la naissance de ma poitrine. La plus grosse pierre, une larme noire de la taille d'une amande, repose dans le creux entre mes clavicules. — Regarde-toi, murmure Nikolai. Je regarde mon reflet dans le miroir. Les diamants noirs luisent doucement sur ma peau pâle, créant un contraste saisissant. C'est beau. Je suis belle. Et je déteste cette beauté qu'il m'a donnée, cette beauté qui n'est pas la mienne. — Ce collier est le symbole de ton appartenance, dit Nikolai en posant les mains sur mes épaules. Tu le porteras en permanence. Le jour, la nuit, sous la douche, pour dormir, pour jouer du violon, pour faire l'amour. Tu ne l'
Nous restons ainsi longtemps, enchevêtrés sur le tapis devant le feu qui s'éteint. Sa respiration ralentit peu à peu, ses muscles se relâchent, sa main caresse machinalement mes cheveux. Il ne dit rien, et je ne dis rien. Il n'y a rien à dire. Tout a été dit par les corps, par les regards, par les gémissements. Il se retire doucement, roule sur le côté, m'attire contre lui. Sa main descend sur mon ventre, paume à plat, comme pour sentir sa semence en moi, comme pour marquer son territoire jusque dans mes profondeurs les plus intimes. — Tu vois, murmure-t-il. Ce n'était pas si difficile. Tu peux être heureuse avec moi. Il suffit d'accepter. Je ne réponds pas. Je fixe les braises qui rougeoient dans l'âtre, et je me demande si ce que j'ai ressenti tout à l'heure, cette plénitude, cet abandon, cette reddition totale, c'était du bonheur ou de la folie. Je me demande si je suis en train de l'aimer ou en train de me perdre. Et je me rends compte que je ne connais plus la différence. Ta
Il défait mon soutien-gorge, le jette au loin. Sa bouche descend sur ma poitrine, et je ferme les yeux malgré son ordre. Sa langue dessine des cercles autour de mon mamelon, le taquine, l'éveille. Quand il le prend entre ses lèvres, un gémissement m'échappe. Il suce doucement, puis plus fort, jusqu'à ce que la sensation soit à la limite du supportable. Puis il relâche, embrasse la chair tendre, recommence de l'autre côté. — Regarde-moi, répète-t-il en relevant la tête. Je t'ai dit de me regarder. J'ouvre les yeux. Son regard plonge dans le mien, et je ne peux plus détourner les yeux. C'est comme s'il m'avait enchaînée à lui par ce seul regard, comme si ses iris gris étaient des aimants retenant mes prunelles prisonnières. Il finit de me déshabiller, ôtant ma culotte avec une lenteur délibérée, ses doigts caressant mes hanches, mes cuisses, mes mollets au passage. Puis il se redresse, se débarrasse de sa veste, de sa chemise. La lumière du feu sculpte son torse, révèle les muscles
Tatiana Le grand salon est vide. Les domestiques ont disparu, les gardes se sont évaporés, les portes se sont refermées sans bruit. Il n'y a plus que le silence, les dorures des moulures qui luisent doucement dans la lumière du couchant, le parquet en chevrons qui s'étend devant moi comme une mer de bois précieux, et lui. Nikolai se tient au centre exact de la pièce, là où les motifs du parquet convergent en une étoile géométrique. Il a repoussé les fauteuils et les guéridons contre les murs, libérant un espace immense, vide, écrasant. Il porte un costume anthracite, une chemise blanche au col ouvert, pas de cravate. Ses cheveux sont repoussés en arrière, ses yeux gris fixés sur moi avec cette intensité qui me fait trembler de l'intérieur, comme si chaque terminaison nerveuse de mon corps vibrait à une fréquence que lui seul sait produire. — Approche, Tatiana. Sa voix est douce, presque feutrée, mais l'ordre est sans appel. Je traverse le salon, mes talons claquant sur le bois ci
TatianaLes nuits suivantes sont une répétition de la première. Chaque soir, Nikolai m'envoie chercher. Chaque soir, je me déshabille devant lui, soutenant son regard gris. Chaque nuit, il me caresse pendant des heures, me maintient au bord du plaisir, me donne ou me refuse la libération selon son bon vouloir. Chaque matin, je me réveille seule, épuisée, le corps marqué de ses mains et de sa bouche.Je ne dors presque plus. Mes yeux sont cernés, mon teint est pâle, mes mains tremblent. La fatigue est devenue une compagne constante, une brume qui m'enveloppe et brouille les contours du réel. Je joue du violon mécaniquement, sans inspiration. Je mange à peine. Je parle à peine. Je me laisse glisser dans une torpeur qui ressemble à de la résignation.Léonid. Je ne l'ai pas revu seul depuis le baiser dans le couloir de service. Il est to







