LOGINXimena
Je tombe malade après un examen. Une grippe, probablement, mais qui me terrasse. Je le sens venir dès le matin. Une fatigue inhabituelle, une lourdeur dans les membres, une chaleur qui monte dans ma poitrine. Je me traîne jusqu'à l'amphithéâtre, je m'assois à ma place habituelle, et je passe les trois heures de cours à lutter contre la nausée, à frissonner malgré la chaleur, à prier pour que ça passe. Ça ne pValentina et Diego, morts d'inquiétude, finissent par appeler ma mère. Elle débarque à Salamanque, furieuse, paniquée. Elle a fait le voyage en train, elle a couru jusqu'à la résidence, elle a hurlé après Valentina et Diego, elle a exigé de savoir où j'étais. Et quand elle l'a appris, elle est venue. Elle est venue me chercher. Elle me trouve dans la propriété de don Serrano, entourée de ses soins, et je vois dans ses yeux une incompréhension qui se transforme en inquiétude. Elle me voit dans ce lit qui n'est pas le mien, dans cette chambre qui n'est pas la mienne, dans cette maison qui n'est pas la mienne. Elle me voit dans les draps de soie, sous les couvertures de cachemire, avec des fleurs fraîches sur la table de chevet et des livres empilés sur la commode. — Ximena, qu'est-ce que tu fais ici ? Sa voix est tendue, contrôlée, mais je sens la panique dessous. Elle regarde autour d'elle, elle voit
Ximena Je tombe malade après un examen. Une grippe, probablement, mais qui me terrasse. Je le sens venir dès le matin. Une fatigue inhabituelle, une lourdeur dans les membres, une chaleur qui monte dans ma poitrine. Je me traîne jusqu'à l'amphithéâtre, je m'assois à ma place habituelle, et je passe les trois heures de cours à lutter contre la nausée, à frissonner malgré la chaleur, à prier pour que ça passe. Ça ne passe pas. Je ne peux pas me lever. Je ne peux pas manger. Je ne peux pas dormir. Je brûle de fièvre, je tremble de froid, je délire. Je vois des choses qui n'existent pas, j'entends des voix qui ne sont pas là, je prononce des mots qui n'ont pas de sens. Valentina panique. Elle me trouve dans mon lit, trempée de sueur, les yeux vitreux, le corps secoué de tremblements. Elle crie mon nom, elle me secoue, elle me gifle d
Je m'approche, lentement, mes hanches roulant sous le tissu de la robe, mes talons claquant sur le sol, mes seins oscillant à chaque pas. Je m'arrête devant son bureau, et je me penche, mes seins effleurant le bois verni, mon décolleté s'offrant à son regard. Je sens son regard sur ma peau comme une caresse physique. — Tu as vu Isabela aujourd'hui, dis-je. Ce n'est pas une question. C'est une accusation. — Oui. — Elle te touche. Elle te parle. Elle te rit à l'oreille. — C'est une ancienne collègue. — C'est une femme qui te désire. Il ne nie pas. Il ne peut pas nier. Il sait que je l'ai vue, que j'ai vu ses regards, ses touches, ses sourires. Il sait que je ne suis pas stupide. Il se lève, contourne le bureau, s'arrête devant moi. Son regard noir me transperce, mais je ne recule pas. Je le défie. Je so
Ximena Elle arrive à l'université comme une tempête. Isabela. Je la vois dès le premier instant, dès qu'elle franchit les portes de l'amphithéâtre, et quelque chose se glace dans mes veines. Elle est grande, brune, élégante, avec des yeux noirs qui lancent des éclairs et un sourire qui promet des merveilles. Ses cheveux tombent en cascade sur ses épaules, soyeux, parfaits, et sa démarche a la grâce nonchalante de celles qui savent qu'elles sont belles et qu'on les regarde. Isabela. Une ancienne assistante de don Serrano, désormais professeure invitée. Elle a été annoncée la semaine dernière, mais je n'y avais pas prêté attention. Une professeure invitée, parmi tant d'autres. Une conférence, quelques cours, rien de plus. Je n'aurais jamais imaginé... Elle le connaît depuis des années. Je le vois à la façon dont elle s'approche de lui après le cours, à la façon dont elle pose sa main sur son bras, à la façon dont elle se penche vers lui pour lui murmurer quelque chose à l'or
Quelque chose se retourne en moi. Pas de la pitié , non, ce mot est trop petit, trop condescendant pour ce qui circule dans mes veines en cet instant. C'est plus proche de cette sensation quand on tient quelque chose de fragile et qu'on comprend que la seule façon de ne pas le briser est de le serrer plus fort, pas moins. Je m'assois, le drap glissant sur ma peau encore moite. Mes jambes tremblent encore mais je plie les genoux sous moi et je tends la main vers lui. Mes doigts trouvent les siens , ses doigts calleux, ceux qui réparent les moteurs et forgent le métal, qui tremblent maintenant comme ceux d'un enfant devant quelque chose de plus grand que lui. — Viens, murmure-je, et je tire doucement. Il se laisse guider. C'est ça qui me défait , la façon dont il cède, la façon dont ce corps musclé, cette peau brune et chaude, ces mains qui pourraient soulever une enclume se laissent mener par ma main faible. Il s'allonge sur le dos, et le matelas grince sous son poids. Ses cheveu
Quelque chose se serre dans ma poitrine. Pas de la douleur , quelque chose de plus dense, de plus lourd, qui s'installe derrière mon sternum comme une pierre chaude. Je me redresse, m'appuyant sur mon propre coude, et nos visages sont maintenant à la même hauteur. Je peux voir les cils de ses yeux, la cicatrice fine au coin de sa mâchoire, la façon dont ses lèvres sont légèrement entrouvertes. — Continue. — Eres todo lo que siempre quise. Tout ce que j'ai toujours voulu. Todo. Cada parte de ti. Chaque partie de toi. Cada respiración. Chaque respiration. Ma main part d'elle-même, se pose sur sa joue. Sa barbe courte gratte ma paume. Il ferme les yeux une seconde, et quand il les rouvre, ils sont brillants , pas de larmes, pas tout à fait, mais cette lueur vitreuse qui précède le débordement. — No te vayas nunca, dit-il. Ne pars jamais.







