LOGIN2 – Une mission pas comme les autres
La porte du bureau se referma dans un léger claquement. Le silence reprit aussitôt possession de la pièce.
Le directeur de l'agence resta quelques secondes debout, les mains croisées derrière le dos, le regard tourné vers les immenses baies vitrées qui dominaient Johannesburg. Le soleil était désormais bien installé dans le ciel, mais son visage demeurait fermé. Assise en face de lui, Amaya attendait. Elle avait appris depuis longtemps qu'un bon agent ne remplissait jamais le silence inutilement.
Finalement, M. Khumalo se retourna.
- Tu te demandes sûrement pourquoi je t'ai fait venir.
-J'imagine que cette mission est différente des autres.
- Tu as raison.
Il contourna lentement son bureau avant de reprendre place dans son fauteuil.
-Depuis que cette agence existe, nous avons protégé des chefs d'État, des diplomates, des célébrités, des hommes d'affaires et même des familles royales. Certaines missions étaient compliquées. D'autres presque impossibles.
Il ouvrit le dossier posé devant lui.
-Mais celle-ci est différente.
Amaya ne le quitta pas des yeux.
- Pourquoi ?
Le directeur prit une profonde inspiration.
- Parce que notre client est devenu une cible. Pas à cause de sa fortune... mais à cause de ce qu'il représente.
Il fit glisser le dossier vers elle.
-Avant de l'ouvrir, je préfère que tu connaisses les faits.
Elle acquiesça.
- Il y a huit semaines, une voiture a tenté de le percuter de plein fouet alors qu'il quittait une réunion.
Il leva un doigt.
-Deux semaines plus tard, un tireur l'attendait à la sortie d'un gala de charité.
Un deuxième doigt.
- Il y a cinq jours, les freins de son véhicule ont été sabotés.
Il marqua une pause.
- Trois tentatives d'assassinat. Trois échecs.
Le regard d'Amaya resta impassible.
-Et la police ?
- Elle enquête.
-Sans résultat. Rajoute-t-elle
- Exactement.
Il se pencha légèrement en avant.
- Les auteurs disparaissent systématiquement avant l'arrivée des autorités. Ils ne laissent ni empreintes, ni témoins, ni preuves exploitables. Amaya posa une seule question.
- Des suspects ?
- Beaucoup.
- Des coupables ?
- Aucun.
Le directeur referma doucement le dossier.
- Notre client s'appelle Vanel Van Rensburg.
Le nom ne lui disait rien. M. Khumalo sembla s'en apercevoir.
- Tu ne lis pas les magazines économiques.
- Non.
Un léger sourire traversa le visage du directeur.
- Je m'en doutais.
Il poursuivit.
- Vanel est devenu président-directeur général de Van Rensburg Holdings après le décès brutal de son père il y a trois ans.
Il se leva et se dirigea vers une bibliothèque.
-Depuis son arrivée à la tête du groupe, l'entreprise s'est développée à une vitesse impressionnante. Construction, énergie, transport maritime, immobilier... Son influence ne cesse de grandir.
Il revint s'appuyer contre son bureau.
- Beaucoup admirent sa réussite.
Son regard s'assombrit.
- D'autres préféreraient le voir six pieds sous terre.
Le silence s'installa quelques instants. Amaya finit par ouvrir le dossier. La première page contenait plusieurs informations administratives. Elle tourna la feuille suivante. Une photographie. Un homme d'une trentaine d'années. Costume sombre. Regard assuré.Expression difficile à lire. Elle observa quelques secondes la photo avant de poursuivre. Les pages suivantes présentaient les rapports des différentes attaques. Photographies des véhicules. Plans des lieux. Horaires précis.
Dépositions des témoins. Tout avait été soigneusement classé.Elle releva les yeux.- Qui s'occupait de sa sécurité jusqu'à présent ?
Le directeur soupira.
- Plusieurs équipes.
- Que leur est-il arrivé ?
- Rien.
Cette réponse la surprit.
-Rien ?
- Elles ont quitté la mission.
- Toutes ?
- Toutes.
Elle fronça légèrement les sourcils.
- Pourquoi ?
Le directeur esquissa un sourire sans joie.
- Parce que protéger quelqu'un qui refuse d'être protégé est plus difficile que d'affronter des criminels.
Elle referma lentement le dossier.
- Expliquez-moi.
- Vanel déteste qu'on lui dise quoi faire.
Il poursuivit sans attendre.
- Il modifie son emploi du temps au dernier moment. Il quitte parfois une réunion sans prévenir. Il refuse d'annuler certains déplacements malgré les menaces.
- Il met volontairement sa sécurité en danger.
- Exactement.
Amaya resta silencieuse. Le directeur reprit.
- Deux agents ont démissionné après moins d'une semaine.
- Et les autres ?
- Ils ont demandé à être remplacés.
Elle laissa échapper un léger soupir.
- Il n'a donc confiance en personne.
- Je dirais plutôt qu'il pense pouvoir se protéger seul.
Amaya secoua doucement la tête.
- Mauvaise idée.
- Je partage ton avis.
Le directeur reprit place derrière son bureau.
- Si je t'ai choisie, ce n'est pas seulement parce que tu es une excellente garde du corps.
Il la regarda droit dans les yeux.
- C'est parce que tu refuses de te laisser intimider.
Un léger silence suivit.
- Tu n'as jamais quitté une mission.
- Non.
- Tu n'as jamais perdu un client.
- Non plus.
- Et surtout...
Il croisa les mains.
- Tu ne laisses jamais les émotions influencer tes décisions.
Cette fois, Amaya ne répondit pas.
Il connaissait parfaitement son dossier.
- Cette mission sera probablement la plus difficile de ta carrière.
- Je m'en doute.
- Ceux qui veulent tuer Vanel disposent d'argent, de relations et d'une organisation impressionnante. Nous ignorons combien ils sont, mais une chose est certaine...
Il marqua une pause.
- Ils disposent d'informations qu'ils ne devraient pas avoir.
Amaya sentit son attention redoubler.
- Vous pensez qu'il y a une fuite ?
- C'est une possibilité.
- Dans son entourage ?
- Peut-être.
- Dans son entreprise ?
- Peut-être aussi.
Elle réfléchit quelques secondes.
- Ou ailleurs...
Le directeur acquiesça lentement.
- C'est précisément ce que nous devons découvrir.
Il ouvrit un tiroir de son bureau et en sortit un badge magnétique.
- À partir d'aujourd'hui, tu travailleras exclusivement sur cette affaire. Toutes tes autres missions sont annulées.
Elle prit le badge.
- Quand est prévue la première rencontre ?
- Demain matin.
- Où ?
- Au siège de Van Rensburg Holdings.
Elle hocha simplement la tête. Le directeur sourit faiblement.
- J'espère que tu apprécies les caractères difficiles.
- Je ne suis pas payée pour apprécier mes clients.
Cette réponse arracha un léger rire à M. Khumalo.
- C'est exactement ce que je voulais entendre.
Amaya se leva.Elle referma soigneusement le dossier avant de le prendre sous son bras.
- Y a-t-il autre chose ?
Le sourire du directeur disparut aussitôt.
- Oui.
Elle attendit.
- Fais attention.
Ces trois mots n'étaient pas ceux d'un supérieur donnant un ordre. Ils ressemblaient davantage à l'inquiétude d'un homme qui connaissait parfaitement les dangers de cette mission.
- Je ferai mon travail.
- Je n'en doute pas.
Elle salua brièvement son directeur avant de quitter le bureau.Le couloir était toujours aussi silencieux. Tout en marchant vers l'ascenseur, elle rouvrit le dossier. Ses yeux parcoururent la première page.
-Nom : Vanel Van Rensburg.
Elle tourna lentement la suivante.
Une mention, écrite en rouge, occupait presque toute la largeur de la feuille.
-NIVEAU DE MENACE : CRITIQUE.
Pour la première fois depuis le début de l'entretien, elle eut le sentiment que cette mission n'avait absolument rien d'ordinaire. Sans le savoir, elle venait d'accepter une mission qui allait remettre en question chacune des règles qu'elle s'était imposées.
À SUIVRE................
5 – Une fuite quelque partLe restaurant avait été entièrement privatisé pour le déjeuner. À l'extérieur, deux agents de sécurité prirent position près de l'entrée pendant que les autres inspectaient rapidement les alentours. Amaya resta immobile quelques secondes sur le trottoir.Son regard parcourut les immeubles voisins. Les fenêtres. Les toits. Les véhicules stationnés.Tout semblait normal. Pourtant, son instinct refusait de se calmer.- Nous pouvons entrer ? demanda Vanel.Elle reporta son attention sur lui.- Oui.Ils pénétrèrent dans le restaurant. Le responsable des lieux s'avança immédiatement.- Bonjour, monsieur Van Rensburg. Votre table est prête.- Merci.L'homme leur indiqua une salle située au fond de l'établissement, loin des autres clients. Deux hommes étaient déjà installés. Ils se levèrent dès que Vanel s'approcha.- Monsieur Van Rensburg, quel plaisir de vous revoir.- Le plaisir est partagé.Les poignées de main furent rapides. Les présentations commencèrent.- Vo
4- Les règles changentLa matinée s'écoula sans le moindre incident. Depuis son arrivée, Amaya n'avait presque pas quitté Vanel des yeux.Elle ne le suivait pas comme une ombre. Elle observait. Chaque déplacement. Chaque personne qui s'approchait de lui. Chaque porte qui s'ouvrait. Chaque visage inconnu.Son attention ne se relâchait jamais.Vanel, quant à lui, poursuivait sa journée comme si les trois tentatives d'assassinat dont il avait été victime n'avaient jamais existé.Il enchaînait les réunions avec un calme presque déroutant.À plusieurs reprises, des employés frappèrent à la porte de son bureau.- Entrez.Les dossiers s'empilaient sur son bureau. Des contrats. Des rapports financiers. Des projets de construction. Il répondait aux questions avec assurance, prenait des décisions rapidement et ne laissait jamais paraître le moindre doute.Amaya comprit rapidement pourquoi il dirigeait un groupe aussi important. Il savait écouter. Mais surtout, il savait décider.Vers midi, Lindiwe
3 – La première rencontreLe lendemain matin, le ciel était d'un bleu éclatant lorsque la voiture d'Amaya s'engagea dans le quartier des affaires de Johannesburg. Les immeubles de verre dominaient les rues animées, mais un bâtiment attirait immédiatement l'attention.Une immense tour aux façades vitrées où trônait, en lettres d'acier, le nom Van Rensburg Holdings. Amaya ralentit en approchant de l'entrée principale.Avant même de sortir de son véhicule, son regard parcourut les alentours. Deux agents de sécurité étaient postés devant les portes automatiques.Des caméras couvraient chaque angle du parvis.Les visiteurs passaient obligatoirement sous des portiques de détection. À première vue, tout semblait parfaitement sécurisé. À première vue seulement. Elle remarqua qu'une caméra ne couvrait pas complètement un angle près de l'entrée du parking souterrain. Un détail. Le genre de détail qu'elle avait appris à ne jamais ignorer.Elle pénétra dans le hall.Le marbre clair, les immenses lu
2 – Une mission pas comme les autresLa porte du bureau se referma dans un léger claquement. Le silence reprit aussitôt possession de la pièce.Le directeur de l'agence resta quelques secondes debout, les mains croisées derrière le dos, le regard tourné vers les immenses baies vitrées qui dominaient Johannesburg. Le soleil était désormais bien installé dans le ciel, mais son visage demeurait fermé. Assise en face de lui, Amaya attendait. Elle avait appris depuis longtemps qu'un bon agent ne remplissait jamais le silence inutilement.Finalement, M. Khumalo se retourna.- Tu te demandes sûrement pourquoi je t'ai fait venir.-J'imagine que cette mission est différente des autres.- Tu as raison.Il contourna lentement son bureau avant de reprendre place dans son fauteuil.-Depuis que cette agence existe, nous avons protégé des chefs d'État, des diplomates, des célébrités, des hommes d'affaires et même des familles royales. Certaines missions étaient compliquées. D'autres presque impossib
Chapitre 1 ,Une journée comme les autresLe bruit sourd d'un coup de poing résonna dans la salle de sport. Le sac de frappe oscilla violemment avant de revenir vers la jeune femme qui lui asséna un nouveau coup, puis un autre. Son souffle restait parfaitement régulier. Aucune grimace. Aucun signe de fatigue. Il était à peine cinq heures du matin. À cette heure-là, la salle était presque vide, exactement comme elle les aimait. Elle ne venait pas ici pour discuter. Elle ne venait pas pour être remarquée. Elle venait parce que son corps devait rester plus rapide que celui de ses adversaires. Elle changea de rythme, enchaînant les coups avec une précision mécanique. Chaque mouvement semblait répété des milliers de fois. Son poignet pivota, son coude suivit, son genou frappa le sac avec suffisamment de puissance pour faire vibrer la chaîne métallique qui le retenait. Une heure plus tard, elle termina sa séance par quelques étirements.Elle essuya la sueur qui perlait sur son front, attrapa







