تسجيل الدخولCe jour-là , la voix de Claire, au téléphone, était vibrante d'excitation contenue.— Un mois complet, Emma ! Tu te rends compte ? L'agence de Shanghai veut me rencontrer en personne, ils parlent d'un partenariat exclusif. C'est le truc le plus important de toute ma carrière.Emma écoutait, le combiné collé à l'oreille, son regard perdu dans le motif du tapis. Les mots de sa mère lui parvenaient à travers une épaisse couche de ouate, déformés, presque irréels.— Un mois, répéta-t-elle machinalement.— Oui, enfin, cinq semaines pour être précise. Ça t'ennuie beaucoup ? Je sais que c'est long, mais Marc m'a assuré que ça ne posait aucun problème. Il a été adorable, comme toujours. Il m'a dit de ne pas m'inquiéter, que vous vous débrouilleriez très bien tous les deux.Adorable. Comme toujours.Emma leva les yeux. Marc était assis dans le fauteuil club, son livre ouvert sur les genoux. Il ne lisait pas. Il la regardait, attendant sa réponse. Ses lèvres esquissaient cette moue légèrement i
La première fois qu'elle voulut sortir seule, ce fut pour une mission simple : rapporter un livre à la bibliothèque municipale, à quinze minutes à pied. Elle mit son manteau, glissa le livre dans son sac.— Tu sors ? demanda-t-il depuis le salon.— Je vais à la bibliothèque. Je reviens dans une heure.Il se leva, attrapa sa veste.— Je t'accompagne.— Ce n'est pas la peine, c'est à côté.— J'ai peur pour toi, dit-il, la voix douce, presque inquiète. Les quartiers ne sont pas sûrs, le soir. Je veux être sûr que tu es en sécurité.Elle le regarda. Il ne plaisantait pas. Il n'était pas en colère. Il était sincèrement, profondément convaincu que sa présence était une protection nécessaire.— Je ne suis pas en sucre, Marc. Je peux traverser une rue toute seule.Il secoua la tête, un sourire triste aux lèvres.— Tu ne comprends pas. J'ai besoin de savoir où tu es. C'est plus fort que moi.Il l'accompagna. Il attendit dans la voiture, moteur éteint, les mains sur le volant, la regardant entr
Le téléphone sonna à 20h07, comme chaque jeudi soir. Emma reconnut la tonalité spécifique de l'application que Marc avait installée, celle qui permettait de voir, en temps réel, le visage de Claire apparaître à l'écran, ses cheveux toujours un peu en désordre après sa journée de travail. Elle décrocha, le cœur déjà serré.— Emma ? Ma chérie, c'est toi ?La voix de Claire était différente, ce soir. Plus aiguë, plus rapide. Une anxiété mal contenue perçait sous les mots.— Oui, maman, je suis là. Tout va bien ?Un silence. Puis Claire se lança, comme on se jette à l'eau.— Écoute, je ne veux pas m'immiscer, mais… avec Marc, ça va mieux ? Vous vous entendez bien ? Tu te sens… à l'aise avec lui ?Emma leva les yeux. Marc était assis en face d'elle, dans le fauteuil club du salon, un verre de whisky à la main. Il ne buvait pas. Il la regardait. Intensément. Fixement. Son visage était immobile, mais ses yeux, ses yeux la fouillaient, la sondaient, attendant sa réponse comme on attend l'issu
Le lendemain de sa crise de jalousie, il était étrangement doux. Emma l'observait préparer le café, ses gestes plus lents, son regard évitant le sien. Il y avait chez lui une gêne diffuse, presque une timidité. Elle connaissait maintenant cette mécanique : la colère explosait, dévastait tout sur son passage, puis il cherchait à réparer. À reconstruire ce qu'il avait lui-même brisé.— J'ai quelque chose pour toi, dit-il enfin, déposant une tasse devant elle.Il sortit de sa poche une boîte blanche, fine, élégante. Un ruban noir l'entourait d'un nœud parfait. Emma la regarda, immobile, avant de défaire le ruban d'un geste lent, presque mécanique.Le dernier iPhone. Modèle récent, flambant neuf, son écran encore protégé d'un film plastique.— Pour me faire pardonner, murmura-t-il. Pour hier. J'ai été... excessif. Je veux que tu aies le meilleur.Il y avait dans sa voix une sincérité qui semblait vraie, ou peut-être simplement merveilleusement jouée. Emma fit glisser le film protecteur. L
Emma rentrait du supermarché, deux sacs en toile pesant au creux de ses coudes. Elle avait marché lentement, prolongeant ce quart d'heure d'air froid et de liberté relative. La bruine perlait sur ses cheveux, sur ses cils. Elle se sentait presque vivante, dehors, dans le bruit de la ville.Dès qu'elle franchit le seuil, elle sut que quelque chose n'allait pas.Le silence était différent. Plus dense. Plus carnassier. La chaleur de la maison l'enveloppa comme une haleine retenue depuis trop longtemps.Il était là. Assis dans le fauteuil du salon, face à la porte d'entrée, immobile. Ses mains tenaient un objet qu'elle reconnut immédiatement, la poitrine soudain comprimée dans un étau de glace.Son ancien téléphone. Celui qu'elle avait cru perdu, oublié dans un carton de livres au fond du placard de l'entrée. Éteint depuis des mois. Mort, pensait-elle.Il était rechargé. Allumé. Violé.Ses doigts, à elle, lâchèrent les sacs qui tombèrent sur le carrelage avec un bruit sourd. Une pomme rou
Claire était repartie tôt ce matin-là pour une mission de plusieurs jours, laissant la maison retomber dans sa vérité silencieuse et distordue.Le facteur glissa le courrier dans la boîte avec un claquement métallique. Emma, qui guettait ce bruit depuis la cuisine, sursauta. Son cœur, toujours aux aguets, fit un bond désordonné. Claire était déjà repartie en mission tôt ce matin, laissant la maison silencieuse, vidée de son fragile vernis de normalité. Parmi les enveloppes banales, une autre, plus épaisse, en papier crème, attira immédiatement son regard. L’en-tête de l’université, discret et prestigieux, était estampillé dans le coin.Ses mains devinrent moites. Elle s’en saisit comme d’une amulette, la serrant contre sa poitrine avant de monter quatre à quatre dans sa chambre, verrouillant la porte derrière elle. L’enveloppe résista un instant sous ses doigts tremblants avant de céder.Nous avons le plaisir de vous informer que votre candidature au Master de Recherche en Littérature







