MasukCassia
Il est parti.
Alexandre a été appelé en ville. Des affaires urgentes, encore. Il m'a embrassée sur le front avant de partir, un baiser rapide, presque furtif. Ses yeux étaient fatigués, marqués par la nuit blanche.
— Je rentre tard, a-t-il dit. Ne m'attends pas.
— Je t'attendrai quand même.
Il a souri. Un sourire qui n'atteignait pas ses yeux.
Anton est parti avec
Les jours suivants, je deviens une ombre dans la maison. J'observe, j'écoute, je note mentalement chaque détail, chaque comportement suspect, chaque parole qui pourrait être un indice.Nikolas, le chef de la sécurité, est un homme brutal, direct, qui ne cache pas son antipathie pour moi. Il me regarde comme on regarde un parasite, avec un mélange de mépris et de méfiance. Mais est-ce suffisant pour faire de lui une taupe ? Sa haine est trop ouverte, trop visible. Les taupes se cachent dans l'ombre, pas dans la lumière.Elena, la conseillère stratégique, est tout le contraire. Polie, élégante, elle me sourit quand nous nous croisons, me demande poliment comment je vais. Mais ses sourires n'atteignent jamais ses yeux. Elle me jauge, m'évalue, comme si elle cherchait à percer mon masque. Une femme aussi intelligente pourrait facilement jouer un double jeu.Dimitri, le responsable des opérations, est un homme discret, presque effacé. Il parle peu, sourit encore moins. Il passe ses journée
Le silence s'installe entre nous, lourd de implications. Si la taupe découvre que je suis la sœur de Cassandre, que je suis venue ici pour venger sa mort, que je travaille maintenant avec Alexandre pour détruire Nikos, tout est fini. Nikos saura tout. Et il frappera avant que nous ayons pu lever le petit doigt.— Donne-moi les noms, dis-je.Il ouvre un tiroir, en sort une feuille de papier qu'il fait glisser vers moi sur le bureau. Cinq noms, écrits de son écriture anguleuse et précise.Nikolas Petrov - Chef de la sécuritéElena Vasseur - Conseillère stratégiqueAnton Morea
Le silence retombe entre nous. Alexandre caresse doucement mon bras, un geste apaisant, presque inconscient.— C'est une histoire triste, dit-il.— Toutes mes histoires sont tristes. C'est pour ça que je ne les raconte jamais.— Raconte-les-moi quand même. Toutes. Je veux les connaître. Je veux te connaître.— Pourquoi ?— Parce que je t'aime. Et que l'amour, c'est aussi connaître les histoires tristes de l'autre. C'est les porter avec lui pour que le fardeau soit moins lourd.
Il hoche la tête, comme s'il prenait acte de ma réponse. Puis il se penche à nouveau, et cette fois, il n'y a plus de retenue, plus de prudence, plus de distance.Nous faisons l'amour avec la violence de l'orage qui fait rage dehors. Chaque mouvement est une vague qui nous emporte, chaque respiration un coup de tonnerre. Nos corps se cherchent, se trouvent, se perdent, se retrouvent dans une chorégraphie désespérée.Il est en moi, et pour la première fois, ce n'est pas une métaphore. Il est vraiment en moi, physiquement, totalement, absolument. Je le sens dans chaque fibre de mon être, dans chaque battement de mon cœur, dans chaque inspiration. Il est partout. Il est tout.
CassiaL'orage éclate vers minuit. Un de ces orages d'été qui transforment le ciel en champ de bataille, déchiré d'éclairs blancs, secoué par le tonnerre. La pluie frappe les vitres avec une violence presque animale, comme si le monde entier voulait entrer dans cette chambre.Je suis debout devant la fenêtre, à regarder le parc se tordre sous les rafales. Les cyprès du jardin secret ploient comme des roseaux, fouettés par le vent. Quelque part sous cette tempête, la tombe de Cassandre reçoit cette pluie diluvienne, et j'imagine les chrysanthèmes couchés par l'averse, leurs pétales arrachés, emportés vers on ne sait où.
CassiaDeux jours ont passé depuis la nuit du jardin secret. Deux jours étranges, suspendus, où Alexandre et moi n'avons presque pas parlé. Nous nous croisons dans les couloirs, nous échangeons des regards lourds de sens, mais les mots nous manquent. Comme si la tombe de Cassandre avait absorbé toutes nos paroles.Ce matin, je suis dans la bibliothèque, assise dans le grand fauteuil de cuir qui fait face à la cheminée éteinte. Un livre est ouvert sur mes genoux, mais je ne le lis pas. Mes yeux regardent les flammes imaginaires danser dans l'âtre vide.La porte s'ouvre. Anton entre, silencieux comme toujours. Il tient une enveloppe à la main.— Madame, dit-il. J'ai quelque chose pour vous.— Qu'est-ce que c'est ?— Une lettre. De votre sœur.Mon cœur s'arrête. Repart. S'emballe.— Une lettre
CassiaDes regards se collent à moi. Des regards d’hommes, avides, fascinés. Des regards de femmes, jalouses ou admiratives. Je les absorbe. Ce sont des preuves. Je suis encore là. Je peux encore attirer, troubler, exister par moi-même.Léa crie quelque chose à mon oreille, inaudible. Chloé rit, to
CassandreLa porte est close. Le silence de l’écrin blanc et parfait s’épaissit, devient palpable. Il pense m’avoir enfermée ici avec ma rage, qu’elle va tourner en rond, s’user contre les murs lisses. Il pense que la solitude et le luxe vont me travailler, me rendre malléable.Il se trompe.La rag
CassandreEt puis, je le sens.Une présence nouvelle dans l’ombre.Un froid dans la nuque qui n’a rien à voir avec la climatisation.Je ne tourne pas la tête.Je continue à fixer l’objectif, mon visage un masque de marbre.Mais du coin de l’œil,je perçois un mouvement dans le coin sombre, près du ca
CassandreLe studio est un hangar de lumière et d’ombres. Des hauteurs du plafond, des projecteurs pendent comme des guêpes métalliques, éteints pour l’instant. Des rouleaux de fonds en papier, des paravents, des échelles. L’air sent la poussière et le café froid. Une nervosité créative palpable. E







